Le marché de l’huile d’Argan et son impact sur les ménages et la forêt

Situation de la forêt de l’arganier et du marché de l’huile

L’arganier (Argania spinosa) est endémique au Maroc où il est classé en seconde place en termes de couverture après le chêne-liège. Ses racines profondes jouent un rôle important dans la stabilisation des écosystèmes arides et constituent un obstacle important à l’avancement des déserts. En reconnaissance de sa valeur écologique et économique locale, la région forestière de l’arganier a été déclarée Réserve de Biosphère par l’UNESCO en 1998.

Exploitation de la forêt d’argane

La forêt d’Argan est précieuse pour les autochtones qui utilisent quotidiennement ses divers produits: le bois et le charbon de bois pour le chauffage et la cuisson, le bois pour la menuiserie et la construction, les feuilles et les fruits pour la nourriture du bétail et l’huile pour les utilisations culinaires, cosmétiques et médicinales. En effet, près de 90 % de l’économie rurale de la région d’argan dépend du système agro-forestier de l’arganier.

L’exploitation de la forêt et l’accès aux fruits d’argan est collective dans la plupart des cas. Toutefois, certains ménages ont des arbres d’arganiers privés sur leurs terres. Au cours de la période de récolte des fruits (Mai à Septembre), une partie de la forêt est exploitée individuellement pour la collecte des fruits selon le droit appelé droit d’agdal. L’autre partie de la forêt appelée azroug est exploitée collectivement durant toute l’année que ce soit pour la collecte des fruits, du bois ou le pâturage.

Toutefois, la forêt de l’arganier est confrontée à diverses menaces. En effet, près de la moitié des forêts de l’arganier a disparu au cours du 20ème siècle. Cette forte régression est due à l’exploitation de la forêt, notamment pour la fabrication du charbon de bois de haute qualité, à la forte pression pour le pâturage, la collecte du bois et le gaulage, et plus récemment à la conversion vers la production agricole des cultures d’exportations et la forte demande en immobilier rural.

La production d’huile d’argan

L’huile extraite des fruits de l’arganier présente des propriétés culinaires, cosmétiques et médicinales intéressantes. Grâce à ces propriétés, cette précieuse huile a attiré l’attention de scientifiques, de touristes, d’entrepreneurs et de grandes firmes cosmétiques à travers le monde, ce qui a aboutit à sa forte demande et au développement d’un marché de haute valeur. Durant les années 1990, ce marché de haute valeur de l’huile d’argan a été accompagné par des efforts de développement, notamment des femmes rurales qui sont les plus impliquées dans les activités d’argan, et de conservation à travers la création de coopératives féminines de production de l’huile d’argan à travers la région de l’arganier.

Ces coopératives ont été assistés par des organismes nationaux (Ministère de l’Agriculture, Universités, ODECO, ADS,…) et internationaux (GTZ, UE,…) en vue de l’amélioration des techniques d’extraction, d’emballage, d’étiquetage et de labellisation pour la production d’une huile de haute qualité accessible aux marchés d’exportation.

Le nombre de coopératives féminines de production de l’huile d’argan est passé de quelques unes, comptant quelques centaines de femmes en 1999, à plus de 100 regroupant près de 4000 femmes en 2007. Ces coopératives sont organisées au sein d’unions ou d’associations de coopératives féminines de production d’argane (UCFA) ou au sein de groupements d’intérêts économiques (GIE).

En Janvier 2008, l’Association Marocaine pour l’Identification Géographique d’Huile d’Argane (AMIGHA) a été crée à l’initiative du Conseil Régional du Souss Massa Drâa. Cette association regroupant tous les partenaires de la filière de l’huile d’argan a pour mission de faire reconnaître et de mettre en œuvre l’Indication Géographique Protégée (IGP) de l’huile d’argan dans le cadre de la loi 25/06 relatives aux signes distinctifs d’origine et de qualité (SDOQ).

La production d’argan varie largement d’une année à l’autre, notamment en fonction des fluctuations des précipitations. Il n’existe pas de chiffres officiels relatifs à la production de fruits d’argan. Historiquement, une partie de fruits d’argan est collectée manuellement entre Mai et Septembre l’autre partie est collectée indirectement par les chèvres. Actuellement, avec l’évolution de la valeur des fruits d’argan et les exigences de qualité, la majeure partie des fruits est collectée manuellement puisque les graines collectées à travers les chèvres sont de moindre qualité.