L’élevage caprin dans la vallée d’Aït Bouguemaz

Le Maroc possède quatre grandes chaînes de montagne qui couvrent 21% du territoire national, soit près de 150.000 Km2. La montagne concerne 10 régions sur les 16 que compte le pays et 31 provinces sur 71. Elle concerne aussi 600 communes rurales sur 1.298 et 63 municipalités sur 249. Ces zones abritent 30% de la population nationale et ont un rôle fondamental au niveau régional et national. Elles sont importantes pour leurs rôles de conservation des ressources génétiques et de maintien de l’équilibre hydrique global du pays.

Aujourd’hui, le Maroc est appelé à adopter des mesures intégrées de mise à niveau des productions agricoles y compris celle des zones de montagne où l’agriculture et l’élevage occupent une grande place. La production animale y joue un rôle vital dans la formation des revenus, l’absorption de la main d’œuvre et la couverture des besoins des populations locales en viandes rouges et en sous-produits.

Le présent bulletin a pour objectif de documenter la situation actuelle de l’élevage caprin dans la zone montagneuse, en pleine mutation, d’Aït Bouguemaz et de proposer des voies d’améliorations. L’étude est un diagnostic basé sur des ateliers et des questionnaires individuels. Elle a été réalisée dans le cadre du projet de Dévelop-pement Rural Intégré centré sur la Petite et Moyenne Hydraulique (DRI-PMH), en collaboration avec la DPA d’Azilal.

La vallée d’Aït Bouguemaz

La vallée Aït Bouguemaz est constituée de deux sous vallées, celle d’Asif n’Aït Hkim et d’Asif n’Aït Rbat. Les deux Oueds se rejoignent à Tabant pour former l’Asif n’Aït Bouguemaz proprement dit.

La vallée des Aït Bouguemaz, qui fait partie de la caïdat de Tabant, province d’Azilal, englobe 29 villages. Elle se situe à 76 km au sud-est d’Azilal et à 160 km au sud de Béni Mellal. Limitée au Nord par l’Ighil N’Aït Ourat, par Jbel Tizal à l’Ouest, par massif d’Azourki à l’est (3.667 m) et par les crêtes rectilignes de Waougoulzar et de l’Igoudamen au Sud (3.763 m). La vallée s’étend sur plus de 30 km avec une largeur qui varie de 100 à 600 m.

Le territoire de la Commune Rurale de Tabant s’étend sur une superficie totale de 400 km2 dont la forêt occupe 10.188 ha, soit 25,5%. La superficie agricole (SAU) couvre 2.656 ha, soit 6,6% et les parcours 6.200 ha, soit 15,5%. En 1994, la Commune Rurale de Tabant compte 1.663 ménages avec 11.598 habitants. Quand à la population active, elle s’élève à 5.308 habitants.

Les sols de la région sont constitués essentiellement d’argile rouge moyenne ou légères et limoneuses. La nature du sous-sol du périmètre est à dominance basaltique. On y rencontre également des couches de calcaire. La pente des terres est faible. Les extrémités de la vallée, en bordure des montagnes nues, sont soumises à une forte érosion résultant du ruissellement des pluies. Les parties avals, quand à elles, sont sujettes à de fortes inondations.

Le climat de la région est aride à hiver froid se caractérisant par des chutes de neige accompagnées parfois de forts vents froids et à été très sec. La température maximale est de 40° à 45°C (juillet-août) et la minimale est de 2° à 6°C (décembre à février). La saison pluvieuse est relativement longue (d’octobre à avril) avec une moyenne annuelle de 700 mm.

En ce qui concerne la végétation naturelle, elle couvre les versants au dessus de l’étage cultivé. Les principales formations sont représentées par les forêts claires et des matorrals plus ou moins dégradés, dominés par le genévrier et le chêne vert. Ce dernier couvre la plus vaste superficie forestière, en particulier sur les versants de la haute vallée.

L’économie de la vallée est essentiellement basée sur une économie de subsistance, un élevage extensif voire de transhumance, une agriculture centrée sur la production de céréales (orge, blé dur, maïs, sorgho, seigle etc…) et secondairement de la luzerne destinée à l’élevage bovins.

A partir des années 1980, la vallée commence à se développer à l’aide de projets d’assez grande envergure (le projet Haut Atlas Central de 1983 à 1991; le désenclavement de la vallée est accompli avec l’achèvement de route Aït Mhamed-Aït Bouguemaz en 2001 et le réseau électrique en 2002, le projet DRI-PMH).

Le développement de la vallée a été marqué par une évolution dans le domaine agricole (y compris l’élevage) et le tourisme et ce par l’introduction de nouvelles espèces dans la région telles que le blé tendre, le maïs, la luzerne, le pommier, la pomme de terre, alors que des espèces plus “rustiques” (seigle, mil, millet) tendent à disparaître. Dans le domaine d’élevage, on note principalement le déclin de la transhumance, voire de l’élevage sur parcours. La préférence des éleveurs des ovins va de plus en plus vers les races sédentaires telle que la race D’man et le remplacement quasi total de la race locale bovine par le produit de croisement entre celle-ci et les races Pie noire ou Holstein. Par contre, l’élevage caprin extensif et traditionnel, basé sur l’apport des parcours et la forêt, n’a subi aucune amélioration de sa population locale.

Le secteur du tourisme a crée une ambiance très active dans la région par la construction de gîtes. Les artisans s’activent autour de ces gîtes avec création d’emploi pour les jeunes en métier de guides et de muletiers d’accompagnateurs.