Gestion du Bayoud du palmier dattier dans les oasis marocaines

Gestion du Bayoud du palmier dattier dans les oasis marocaines

A. ESSARIOUI1, H. BEN-AMAR1, S. KHOULASSA1, R. MEZIANI1, A. AMAMOU2, F. MOKRINI3

1 Centre Régional de la Recherche Agronomique, Errachidia
2 Centre Régional de la Recherche Agronomique, Settat
3 Centre Régional de la Recherche Agronomique, Agadir

Résumé

Le «Bayoud», fusariose vasculaire du palmier dattier, est une maladie séculaire sévissant dans les oasis marocaines. L’importance stratégique de la phoeniciculture dans l’agriculture oasienne amorce son intensification par la création de nouveaux projets d’investissement sur des terrains potentiellement indemnes du Bayoud, mais proches de zones contaminées. La réussite de ces investissements requiert des mesures drastiques de prophylaxie et d’exclusion de l’agent pathogène. Dans ce travail, nous résumons les principaux acquis de recherche pouvant étayer cet effort. Nous faisons une analyse de la situation épidémiologique du Bayoud au Maroc et nous apportons une vision de gestion intégrée basée sur la détection précoce, la cartographie, et la résistance génétique pour limiter l’expansion de la maladie et sécuriser les investissements dans les nouvelles aires d’extension de culture du palmier dattier.

Mots-clés: Palmier dattier, Bayoud, détection précoce, cartographie, résistance génétique.

Management of date palm Bayoud disease in Moroccan oases

Abstract

«Bayoud», a vascular wilt disease, has become for more than a century a serious threat to date palm in Moroccan oases. The strategic importance of date palm cultivation to oasis agriculture drives the intensification of date production through new investment projects on soils that are potentially healthy, but very close to infested areas. The success of these investments requires drastic prophylactic and pathogen exclusion measures. In this work, we summarize the main research results to underpin this effort. We analyze the epidemiological situation of Bayoud disease in Morocco and we bring insight to integrated management based on early detection, cartography, and genetic resistance to wall-off the disease and secure the investments in the new date palm growing areas.

Keywords: Date palm, Bayoud, early detection, cartography, genetic resistance.

INTRODUCTION

Le palmier dattier (Phoenix dactylifera L.) est une angiosperme pérenne dont la culture se localise principalement dans l’hémisphère nord du globe entre les parallèles 9° et 33° (Toutain, 1967; Munier, 1973). C’est une espèce monocotylédone dioïque (inflorescences mâles et femelles portées par des individus séparés) et diploïde (2n=36), bien que certaines variétés soient polyploïdes. Taxonomiquement, le dattier est classé dans le groupe des spadiciformes, l’ordre des palmacées (arecaceae), la sous-famille des coryphoïdées, et la tribu des phoénicées.

Dans l’immensité hostile du désert marocain, le palmier dattier a été depuis des temps l’échine qui supporte la vie dans un climat cruel. La palmeraie marocaine, auparavant constituée principalement de plantations traditionnelles le long des oueds et autour de points d’eau éparpillés du Sud-est au Sud-ouest, connaît actuellement une nouvelle dynamique. Pour atteindre ses objectifs de modernisation du secteur phoenicicole et d’intensification de la production dattière, l’état subventionne la création de nouvelles plantations. Grâce à cette politique, des milliers d’hectares de palmiers dattiers ont été plantés et de grands projets modernes ont vu le jour dans des zones à l’extérieur, mais proche, des oasis traditionnelles.

La protection contre le risque d’attaque par la maladie du Bayoud constitue un premier pas vers la réussite de ces investissements. Le Bayoud est une trachéomycose (maladie vasculaire) destructive et mortelle causée par le champignon tellurique Fusarium oxysporum f. sp. albedinis (Foa). Le Foa vit dans le sol et s’attaque par les racines aux palmiers de tout âge. Après une période plus ou moins longue le cœur de l’arbre fini par flancher causant sa mort. Depuis son apparition vers la fin du 19ème siècle (Djerbi, 1988), la maladie sévit dans toutes les principales oasis marocaines y causant des pertes économiquement considérables et une érosion génétique ayant fait disparaître un certain nombre de génotypes de qualité. Nos investigations sur le terrain montrent que le Bayoud est très répandu dans les palmeraies de Drâa, ziz, Tata et Figuig. La maladie existe aussi dans des oasis de moindre importance, comme celles d’Akka, Fom Elhisn, Fom Zguid, Taghajijte et Guelmim. Dans toutes ces contrées, des arbres moribonds et d’autre atones jonchant le sol sont le résultat de dégâts infligés par la maladie des années durant. Les causes qui ont mené à cette situation déplorable sont multiples, notamment:

  • La période relativement longue qui s’est étalée entre l’apparition de la maladie (fin 19ème siècle) et l’identification scientifique de l’agent causal (Malençon, 1934). La cause et les moyens de dissémination du pathogène ayant été ignorés, les précautions nécessaires pour freiner la progression de la maladie ne pouvaient être prises.
  • La pratique de l’irrigation gravitaire, basée généralement sur l’inondation des parcelles par les eaux de crues durant les périodes pluvieuses. À cause de cette méthode d’irrigation, l’eau est considérée comme le vecteur principal de distribution de la maladie à grande échelle en entraînant des particules de sols contaminés vers des zones indemnes.
  • Les échanges entre agriculteurs de matériel végétal de qualité (rejets de variétés sensibles comme la Mejhoul, Boufeggous etc.), mais contaminé.

Devant l’incurabilité de la maladie, un important corpus de recherche et d’études ont été menées au Maroc pour la mise au point d’un paquet technique en mesure de limiter son impact. Les travaux de recherche ont visé le renforcement de tous les maillons dans la chaîne de lutte pour une gestion efficace de la maladie. Nous présentons ici l’état de l’art et les principaux acquis de recherche en matière de lutte contre le Bayoud. Ensuite, nous analysons le risque de dissémination du Foa de zones infestées vers d’autres encore indemnes. Enfin, nous proposons une vision intégrative de plusieurs outils scientifiques et techniques (détection précoce, cartographie et résistance variétale) pour contenir la maladie dans les zones déjà infestées et prévenir son expansion vers les plantations indemnes nouvellement installées.

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