Fertilisation des rosacées fruitières

Exemples de diagnostic de conduite de fertilisation en verger de pommier

Dans cette partie nous présentons une synthèse d’un diagnostic de la conduite de la fertilisation, du pommier dans certains vergers marocains, réalisé en utilisant comme outils d’appréciation les analyses du sol et de feuilles.

Verger Oulmès
Analyses du sol

Le sol est riche en éléments fins variant entre 53 et 86%. Les carbonates et le calcaire actif sont à l’état de traces. La teneur du sol en calcium est de l’ordre de 800 mg/l correspondant à des teneurs moyennement faibles. Le pH est acide et la conductivité électrique est faible.

Le taux de matière organique est moyen dans le premier horizon à faible dans le deuxième horizon. Le taux de potassium échangeable est moyen en surface et faible en profondeur. Les niveaux du phosphore assimilable et du phosphore de réserve sont très faibles aussi bien en surface qu’en profondeur (tableau A).

Analyses foliaires

Les taux d’azote et du potassium dans les feuilles sont normaux pour toutes les variétés du pommier, alors que celui du phosphore est satisfaisant. Le rapport N/P de 16,5 est bon (14 £ N/P£17), alors que le rapport K2O/MgO est faible (< à 4). Les teneurs foliaires d’azote satisfaisantes malgré les faibles quantités d’engrais minéraux azotés apportés sur certaines parcelles s’expliqueraient par le taux satisfaisant de la matière organique dans le sol.

Pour le phosphore, les analyses ont révélé des teneurs satisfaisantes au niveau des feuilles, malgré des niveaux faibles dans le sol. En sol acide, relativement pourvu en matière organique, les risques d’immobilisation du phosphore sont moins importants ce qui le rend facilement utilisable par les racines de l’arbre.

Pour le potassium, la richesse des feuilles même en présence d’un sol ayant un taux moyennement faible en K échangeable peut s’expliquer par le fait qu’en sol acide, l’assimilation des anions NO3- est favorisée plus que les cations NH4+. Cette situation aurait amélioré l’absorption des cations K+ en raison de la synergie existante entre K+ et NO3. Comme nous sommes en présence d’un sol où il y a moins de calcium, le potassium serait mieux absorbé que dans le cas d’un sol ayant un excès en cet élément (tableau B).

Verger Meknès
Analyses du sol

Le taux des éléments fins est très élevé dans le premier horizon. Les taux de calcaire total et de calcaire actif sont très élevés notamment en profondeur. Le niveau de calcium est excessivement élevé aussi bien en surface qu’en profondeur. Le taux du potassium est très bon en surface et satisfaisant en profondeur. Le niveau du phosphore, variable d’une parcelle à une autre, est plus important en surface. Celui du phosphore dit en réserve est satisfaisant voire même très élevé. La teneur de la matière organique est satisfaisante notamment au niveau du premier horizon (tableau C).

Analyses des feuilles

Le niveau d’azote est bon pour avec 2,28 % de matière sèche, celui du phosphore est faible, alors que celui du potassium est satisfaisant. Le taux du calcium est normal et celui du magnésium est très élevé. Le rapport N/P est faible alors que K2O/MgO est élevé.

Les taux élevés de calcaire en profondeur risquent de provoquer la chlorose d’où l’intérêt de maintenir les racines au niveau du premier horizon ayant une teneur faible en calcaire qui est riche en potasse et en matière organique. Celle-ci expliquerait les niveaux satisfaisants de l’azote dans les feuilles malgré la faiblesse des doses d’engrais azotés apportés.

Pour le phosphore, il n’y a pas de corrélation entre la richesse du sol en cet élément et son taux dans les feuilles. Les teneurs satisfaisantes des feuilles en potasse sont dues au niveau très satisfaisant du potassium échangeable dans le sol résultant de l’épandage en surface de doses relativement élevées de potasse. Ainsi, en présence de quantités importantes de potasse dans le sol, son absorption se fait dans de bonnes conditions même en présence de teneurs élevées de calcium et de magnésium (tableau B).

Conclusion

Les analyses de sol et de feuilles nous ont permis d’évaluer les fumures pratiquées dans certains vergers du pommier. A cet effet, les teneurs en azote des feuilles, normales dans tous les vergers, sont à attribuer au niveau satisfaisant du sol en matière organique et aux doses d’engrais minéraux épandus dans les parcelles. Pour le potassium, nous avons noté l’influence de la nature du sol sur l’absorption de cet élément.

(1) En sol acide pauvre en calcaire, même en présence d’un taux relativement faible en potassium échangeable dans le sol, la teneur des feuilles en potassium est normale et les rendements sont satisfaisants.

(2) En sol argilo-calcaire à pH élevé, la présence de calcaire, voire du magnésium, en grande quantité gênerait l’alimentation potassique des arbres. Toutefois, avec des teneurs élevées du sol en potasse, l’assimilation de cet élément se fait normalement.

Quant au phosphore, nous avons constaté l’absence de corrélation entre la richesse du sol et la teneur des feuilles en cet élément. Toutefois, même avec des niveaux faibles du phosphore dans le sol on arrive à obtenir des rendements satisfaisants notamment en sol acide.
Les doses d’engrais azotés apportées pourraient être réduites notamment dans le cas de sols bien pourvus en matière organique tout en veillant à maintenir le niveau de celle-ci. Pour le potassium, il serait judicieux d’augmenter les doses apportées au sol ou de préférence faire des apports foliaires répétés de nitrate de potasse pour éviter l’effet antagoniste du calcium et du magnésium notamment dans des sols riches en ces deux éléments.

Prof. Ahmed MAHHOU
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat
a.mahhou@gmail.com