Fertilisation des rosacées fruitières

La nutrition durable des cultures fruitières nécessite la compréhension des relations entre la croissance végétale et le bilan des éléments fertilisants.

Le rendement réalisé par une culture fruitière varie selon le milieu et la stratégie de culture. Le rendement cible peut être utilisé pour évaluer la quantité d’éléments fertilisants susceptibles d’être exportés du verger avec la récolte.

Les arbres fruitiers ont des besoins en éléments fertilisants majeurs: l’azote (N), le phosphore (P), le potassium (K), le calcium (Ca) et le magnésium (Mg) et en oligo-éléments: le manganèse (Mn), le fer (Fe), le cuivre (Cu), le zinc (Zn), le bore (B) et le molybdène (Mo).

D’autres éléments tels que le sodium (Na), le silicium (Si), le cobalt (Co) et le nickel (Ni) sont également des éléments utiles à la croissance végétale.

Estimation des besoins des rosacées

Les besoins en éléments fertilisants des arbres fruitiers sont difficiles à établir car dans les plantes pérennes on se heurte à des difficultés liées à la pérennité du plant, l’hétérogénéité individuelle et le grand volume des arbres.

Les arrachages d’arbres cultivés dans des vergers et l’analyse de leurs différents organes ont servi pour longtemps de référence à l’appréciation de la quantité d’éléments absorbés par les arbres cultivés en verger.

Le prélèvement d’éléments fertilisants correspond à la quantité d’éléments fertilisants qui quitte la parcelle avec la récolte sans les résidus végétaux et dépend donc du niveau de rendement.

Les teneurs en éléments fertilisants des différents organes des pommiers sont présentés au tableau 1. Le prélèvement permet d’évaluer le besoin (norme), puis le besoin corrigé (norme corrigée), et enfin, la quantité d’éléments fertilisants à apporter via la fumure.

Les besoins réels des arbres fruitiers en éléments minéraux correspondraient donc à la somme des quantités d’éléments prélevés par les fruits et de ceux immobilisés par le bois.

Il s’agit là d’une surestimation car au moins une partie des éléments stockés sont réutilisables. En effet, certains organes (feuilles, bois de taille) sont restitués au sol et par conséquent ne constituent pas une exportation hors verger. Par ailleurs, l’appréciation des besoins basée sur l’exportation seule ne suffit pas car d’autres facteurs entrent en jeu et influencent la quantité d’éléments minéraux prélevée par l’arbre. Parmi ces facteurs on peut citer la richesse et le potentiel alimentaire du sol, le mode d’apport des engrais, la nature des engrais, les conditions de développement et de croissance (climat et sol), l’importance et la distribution du système racinaire, l’âge, la variété, le porte-greffe, le système de taille et le rendement.

En dépit de ces difficultés, des valeurs peuvent servir de référence en matière de dose. Un hectare de pomme de Golden Delicious âgée de 30 ans et produisant 40 t de fruits exporte en moyenne 100 kg d’N, 35 kg P2O5 et 150 kg de K2O. Un hectare de Reinette de Canada adulte, ayant un rendement de 25 t exporte 80 Kg d’N, 20 kg de P2O5 et 90 kg de K2O.

De même, la consommation en éléments minéraux d’une culture hydroponique du pommier Golden Delicious greffée sur MM106 âgé de 6 ans et produisant 40 t/ha est de 95 Kg d’N, 40 kg de P2O5 et 120 kg de K2O (Tableau 2).

Les quantités prélevées en éléments fertilisants varient selon la variété et l’espèce. A cet égard, les espèces à noyau sont plus exigeantes en potasse que celles à pépins (Tableau 3).

Malgré la différence des méthodes utilisées, les données précitées paraissent semblables et donnent une idée sur ce que peuvent être les prélèvements en éléments N, P et K, considérés comme proportionnels aux rendements. Cependant, si ces résultats, établis en fonction d’une situation donnée, peuvent servir de repère ils ne peuvent en aucun cas être généralisés.

Par ailleurs, et afin de tenir compte des pertes et du coefficient d’utilisation des engrais, le type du sol et la nature de l’engrais, les doses d’engrais à apporter aux arbres comme fumure annuelle d’entretien doivent être supérieures aux exportations totales. En effet, le potentiel d’assimilation d’une espèce fruitière et la disponibilité des éléments fertilisants dans le sol peuvent être perturbés par les antagonismes, la concurrence entre éléments nutritifs pour les points d’échange ionique des composants argileux du sol, le pH du sol et la fixation biologique des éléments fertilisants sur la matière organique.