Le métayage dans l’agriculture irriguée de la plaine du Tadla: logiques des contrats et rémunérations des associés

Principaux résultats

Typologie des exploitations ayant adopté le faire valoir indirect

Parmi les 3 200 exploitations adhérentes aux 12 coopératives retenues, 530 ont déclaré adopter un mode de FVI, ce qui représente un taux moyen d’environ 16,6 %. Cette valeur semble inférieure à ce qui a été rapporté dans d’autres travaux réalisés dans la région du Tadla. La différence pourrait résulter du choix d’exploitations exclusivement à partir d’une population pratiquant l’élevage bovin. Toutefois, la proportion observée témoigne de l’importance du FVI comme mode de production répandu dans la zone et qui mériterait d’être considéré à sa juste valeur dans les approches de développement de l’agriculture au Tadla.

Le traitement en ACP des données a révélé que 8 des 98 individus se distinguaient du reste, constituant un type d’exploitations à part. Ces individus ont été placés dans une première classe. Après cela, une deuxième ACP a été appliquée sur les 90 individus restants. Les trois premiers axes factoriels de cette ACP rapportent près de 50 % de la variabilité totale. L’axe 1 exprime l’importance de la part du preneur par rapport aux produits bovins (lait et croît). L’axe 2 illustre l’importance des productions végétales destinées à la vente (foin de luzerne et arboriculture) et l’importance de la participation des membres de la famille au travail. L’axe 3 est lié à l’importance de la sole fourragère et les apports du preneur dans le poste de l’alimentation animale.

La CAH a ensuite révélé l’existence de trois classes d’exploitations, outre les 8 individus préalablement mis à l’écart: la première classe renferme 20 individus, la deuxième seulement 4 observations et la troisième regroupe 66 individus. Comme cette troisième classe représente à elle seule près des deux tiers de la population de départ, une deuxième ACP sur ses individus s’est imposée. Quatre sous-classes en ont été distinguées: la première regroupe 20 individus, la deuxième en compte 37, la troisième 4 et la quatrième est composée de 5 exploitations.
Au final, l’analyse statistique multidimensionnelle des données aboutit à quatre classes d’exploitations ayant des contrats de FVI distincts, dont la quatrième comporte 4 sous-classes.

L’interprétation de cette classification ressort des groupes homogènes dont les principales caractéristiques structurelles et les termes de contrat de FVI décisifs sont les suivants:

Classe 1: Vaches à haute productivité laitière et parts du preneur au tiers

Elle regroupe 8 exploitations avec une moyenne de 69 % de la SAU consacrés aux fourrages. L’eau d’irrigation est originaire du réseau géré par l’ORMVAT ou de puits. Le nombre d’arbres varie de 200 à 300 et les vaches dominent le cheptel avec 82 % des UGB totales. Près de 15 kg de lait par vache sont livrés quotidiennement à la coopérative. Le preneur s’acquitte de 33 % des achats de concentrés. Les parts du preneur au lait et au croît ainsi qu’aux ventes d’excédents de luzerne (foin) sont de 33 %.

Classe 2: Diversification culturale et part réduite du preneur aux fourrages

Elle est constituée par des exploitations dont 56 % de la SAU sont occupés par des cultures fourragères. L’origine de l’eau d’irrigation est à la fois le réseau géré par l’ORMVAT et les puits. Le nombre d’arbres varie de 1 à 100 et les vaches représentent près de 63 % des UGB totales. La participation du preneur à l’alimentation animale est de 33 %, ainsi que sa part au croît, tandis que sa part au lait livré est de 50 %. Quand à la part du preneur aux fourrages fauchés, elle n’est que de 14 %. La quantité moyenne de lait livré par vache et par jour était de 6,5 kg.

Classe 3: Parts du preneur en croît animal et en lait très élevées

Elle comporte des exploitations dont un peu moins de la moitié (46 %) de la SAU est occupé par des cultures fourragères. L’eau d’irrigation provient du réseau d’irrigation ainsi que des puits. Le nombre d’arbres varie de 100 à 200. Les vaches représentent à peu près 70 % des UGB totales. La livraison moyenne de lait par vache est de 8,4 kg par jour. La contribution du preneur aux achats de concentrés est de 33 %, tandis que sa part au lait livré est de 100 % (une fois déduites les dépenses pour les achats de concentrés). Le preneur prélève aussi 50 % du croît animal et 12,5 % des ventes de foin de luzerne.

Classe 4: Faible productivité laitière et spécialisation fourragère réduite

Elle regroupe près des deux tiers des exploitations concernées par l’enquête transversale. Elles comportent toutes moins de 100 arbres. De par l’importance des effectifs qu’elle compte, cette classe a été soumise à une partition en quatre sous classes.

Sous-classe 4.1: Sole fourragère réduite

Elle comprend les exploitations dont à peine 40 % de l’assolement sont occupés par les cultures fourragères. L’eau d’irrigation provient uniquement du réseau collectif (pas de puits). La quantité moyenne de lait livré par vache était de 5,7 kg par jour. La participation du preneur à l’alimentation animale est de 33 %. De même, la part au croît est de 33 %. Quant aux parts du preneur sur le lait et les fourrages, elles sont respectivement de 50 et 14 % (1/7).

Sous-classe 4.2: Vaches à faible productivité laitière

Elle inclut des exploitations dont 47 % de la SAU sont occupés par des cultures fourragères. Le réseau d’irrigation collectif et les puits garantissent l’irrigation. 63 % des UGB totales sont représentées par des vaches, qui ne produisaient chacune en moyenne que 4,2 kg de lait par jour. La part du preneur à l’alimentation animale est de 33 %. Ses parts au croît, au lait livré (après en avoir déduit les frais inhérents aux achats d’aliments auprès de la coopérative de collecte) et aux excédents de fourrages (foin de luzerne en été) sont respectivement de 33, 50 et 14 %.

Sous-classe 4.3: Faibles parts et apports du preneur

Elle regroupe les exploitations dont 44 % de la SAU sont emblavés par des fourrages. L’eau d’irrigation provient du réseau collectif et de puits. 61 % des UGB totales sont représentées par des vaches, produisant chacune 4,5 kg de lait en moyenne par jour. Le preneur ne participe pas du tout aux frais d’alimentation animale. Ses parts respectives au croît animal, au lait (une fois défalquées les charges inhérentes aux achats de concentrés) et aux ventes de foin de luzerne sont de 25, 50 et 25 %.

Sous-classe 4.4: Part élevée du preneur en fourrages

Elle est formée par des exploitations dont 54 % de la SAU sont occupés par les cultures fourragères. Les puits et le réseau collectif fournissent l’eau d’irrigation. Les vaches constituent 61 % des UGB totales. La quantité de lait livrée par vache est de 7,3 kg par jour. La participation du preneur à l’alimentation animale est de 33 %. Les parts respectives du preneur au croît, au lait livré (une fois les achats de concentrés déduits) et aux excédents de fourrages fauchés sont de 33, 50 et 33 %.

L’analyse d’un «cas types» illustratif de chaque classe a permis d’analyser les termes des différents contrats entre preneurs et propriétaires associés dans le cadre du FVI dans la plaine irriguée du Tadla. Une synthèse générale des principaux contrats distingués et de leurs répercussions sur les performances des exploitations est présentée ci-après.

Caractéristiques des structurelles des «cas types»

La superficie agricole utile (SAU) est en moyenne égale à 5,3 ha, ce qui illustre la réalité de la structure foncière des exploitations agricoles du périmètre irrigué du Tadla, où plus de 80 % des effectifs reposent sur une surface arable de moins de 5 ha.

L’effectif du cheptel est aux alentours de 10 bovins, sauf pour le premier «cas type» qui se démarque nettement des autres avec 34 animaux. Quant aux ovins, vu qu’ils ne sont présents que dans deux «cas types» et qu’ils constituent une faible part des UGB totales, ils ne feront pas l’objet d’une analyse poussée, même s’ils sont inexorablement inclus dans les contrats établis (le preneur s’octroyant une part du croît et de la laine).

Les contrats en vigueur sont exclusivement de type oral. En général, les contrats ne durent que 2 à 3 années, puisque la majorité des preneurs assurent avoir une mobilité élevée et s’être déjà affairés dans plusieurs autres exploitations. Les preneurs sont généralement originaires de zones limitrophes de la plaine irriguée du Tadla (régions des Rehamna, d’Azilal, de Boujâad, etc.). Ils se déplacent avec l’ensemble des membres de leurs familles, d’exploitation en exploitation selon les opportunités de contrats qu’ils arrivent à négocier au début de chaque campagne agricole. L’étude montre que tous les contrats sont globaux concernant toutes les activités de l’exploitation agricole, mais établis avec des termes précis pour chacune des spéculations : les fourrages (luzerne surtout et accessoirement bersim et maïs), les cultures de rente (céréales, betterave sucrière et arbres) et l’élevage.