L’élevage caprin à viande au Maroc: opportunités et perspectives

Au cours des quatre dernières décennies, les effectifs de caprins à l’échelle mondiale ne cessent d’augmenter d’une manière stable et confirmée. Selon les statistiques de la FAO, les effectifs de caprins dans le monde ont augmenté de 144% entre 1970 et 2010, soit un taux d’accroissement annuel de 3,5%. Au Maroc et durant la même période, les effectifs caprins ont régressé de 33%, soit un taux annuel négatif de 0,8%.

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En 2010, le Maroc compte 5,6 millions de têtes caprines élevées principalement dans les petites exploitations des zones montagneuses enclavées à climat et relief difficiles. Quant à la répartition géographique de ce cheptel, le Haut-Atlas vient en tête avec 40% des effectifs, suivi par le Nord du pays avec 25%, le Moyen-Atlas avec 20% et l’Anti-Atlas avec 5%. Selon les statistiques disponibles (RGA 1996), le Maroc compte 301 900 éleveurs de caprins. La contribution des caprins à la production nationale annuelle en viande rouge est estimée à 23 000 tonnes en moyenne.

A l’exception du Nord du pays où la chèvre laitière est importante, le caprin à viande occupe la place de choix dans les milieux montagnards atlasiques. Ainsi, il représente la principale activité économique, la source majeure de protéines animales et de revenus pour la population. Aussi, cet élevage constitue, dans la plupart des situations, l’unique option capable de valoriser les conditions difficiles des parcours à relief accidenté et végétation coriace typique des montagnes marocaines.

Le présent bulletin résume l’étude du caprin local à viande comme levier de développement communautaire, réalisée dans la commune rurale Aït Bazza (Province de Boulemane) au cours de la période 2007-2010. Les composantes majeures de recherche menées ont concerné la caractérisation des élevages, la commercialisation, le suivi des performances, l’étude des carcasses, l’analyse des acides gras et l’analyse microbiologique et des tests de dégustation des échantillons de viande de chevreau de la zone d’étude. Parallèlement à ces activités de recherche, un certain nombre de formations, de voyages d’études, de visites et d’échanges a été aussi réalisé.

Compte tenu de la diversité des acquis et des connaissances générées lors de cette expérience, deux bulletins sont prévus. Le premier bulletin traitera essentiellement des aspects socio-économiques portant sur le système d’élevages caprins, la commercialisation et le potentiel gustatif de la viande du chevreau de la zone d’étude. Le second bulletin sera centré sur les aspects techniques, notamment le suivi des performances, l’étude des carcasses, l’analyse des acides gras et l’analyse bactériologique des viandes de chevreau.

Ainsi, le principal objectif de ce bulletin est de a) présenter l’approche globale adoptée, b) caractériser le système d’élevage caprin à viande, ses opportunités de commercialisation et son potentiel gustatif, et c) brosser les perspectives futures de la viande caprine à travers l’examen des opportunités inexploitées pouvant contribuer à la valorisation du secteur.

Approche globale adoptée

Au Maroc, les travaux de recherche réalisés sur l’élevage caprin sont soit exclusivement d’ordre technique avec peu ou pas de considération des aspects socio-économiques, environnementaux, institutionnels et organisationnels, parmi d’autres, soit d’ordre socio-économique avec peu ou pas d’attention aux déterminants techniques fondamentaux de l’élevage caprin.

Les exigences requises par les différentes disciplines scientifiques sont certainement nécessaires mais ne doivent nullement être inutilement adoptées au détriment des approches multidisciplinaires permettant de mieux circonscrire, mieux analyser et mieux comprendre un secteur donné. L’approche multidisciplinaire est parfois la seule à éclairer les secteurs complexes, multidimensionnels et peu connus tels que c’est le cas du caprin à viande.
Comparé aux élevages bovin et ovin, l’élevage caprin s’avère le moins étudié, le moins connu et le moins soutenu dans les politiques publiques du pays. Paradoxalement, l’élevage caprin est essentiellement pratiqué dans les environnements montagnards difficiles et les communautés défavorisées ayant grand besoin d’être étudiés et développés pour surmonter leur cloisonnement et leur précarité et asseoir leur intégration. C’est dans ces milieux où les fonctions économiques, sociales et culturelles de l’élevage caprin sont les plus cruciales. La commune rurale d’Aït Bazza a été choisie pour explorer les bases solides éventuelles pour faire du caprin une force motrice permettant la création d’une dynamique de développement communautaire à l’instar du modèle de chevreau de l’arganier et son acheminement vers la labellisation en tant que produit de terroir.