Les pertes en grains à la récolte mécanique des céréales

La production céréalière dépend d’une multitude de facteurs allant de la qualité des intrants, passant par la conduite technique et la récolte. Le procédé de récolte est déterminant aussi bien pour la quantité que pour la qualité obtenues au bout du processus de production.

Les pertes occasionnées lors de cette opération sont un gaspillage que le producteur ne peut pas se permettre du moment que la graine est prête et qu’il ne reste qu’à la mettre à l’abri, là où d’autres risques la guettent lors d’un stockage à plus ou moins longue durée.

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Au Maroc, la récolte mécanique des céréales est malheureusement réputée pour les importantes pertes qu’elle occasionne (jusqu’à 20%). Pour donner un exemple, sur une année moyenne (50 millions de quintaux) et avec un niveau de pertes de 12%, si nous parvenions à réduire les pertes à 2% seulement, nous gagnerons près de 5 millions de quintaux, soit la production de 550 000 ha.

Mais pour réduire ces pertes à un niveau acceptable (2%), il convient tout d’abord d’en comprendre les causes, d’avoir les moyens de les quantifier et de s’intéresser ensuite à la façon de les réduire à des niveaux tolérables.

Origines des pertes à la récolte mécanisée des céréales

Les sources des pertes de grain sont nombreuses:

Pertes naturelles

Effets des intempéries, excès de maturité, choix variétal, moineaux et insectes. A titre d’exemple, l’orge est connue pour être plus sensible à l’égrenage sur pieds. Il a aussi été montré que certaines variétés sont plus sensibles que d’autres.

Pertes à la coupe

Position et vitesse du rabatteur, position de la barre de coupe, vitesse d’avancement de la machine sont les principales causes de pertes à la coupe. Les cas de figures les plus courants sont: le rabatteur touche la tige à une hauteur trop basse par rapport à l’épi. Sous l’effet du choc et le grand porte-à-faux occasionné par l’épi, conjugué à un état de dessiccation relativement avancée, la tige cède.

La vitesse de rotation élevée du rabatteur peut être la cause de tiges arrachées et projetées vers l’avant ou qui s’enroulent sur le rabatteur. Les pertes dues à la verse sont difficiles à diminuer. Seuls les releveurs d’épis peuvent aider dans une certaine mesure. La solution idéale est de veiller à l’éviter durant la conduite de la culture (bien raisonner et fractionner l’apport en engrais de couverture, en particulier en année pluvieuse).

Les pertes à la coupe peuvent également provenir des tiges de petites tailles (manque d’eau ou sol pauvre) qui ne peuvent pas être coupées à cause de leur faible hauteur. Ceci est accentué par l’état de la surface du sol (mal nivelé, présence de pierres, de mauvaises herbes, de doums ou de jujubier).

Des pertes peuvent résulter d’une conjugaison de ces différentes situations, le conducteur a du mal à trouver un compromis entre les différents réglages faute de cultures homogènes et régulières. D’où l’intérêt de soigner les opérations culturales précédentes (travail du sol, semis et contrôle des adventices).

Pertes au battage

Intensité du battage, état du batteur et du contre-batteur sont les causes des pertes au battage. Des céréales ayant une humidité inférieure seront plus faciles à battre. L’intensité de battage dépend de la vitesse du batteur et de l’écartement batteur/contre-batteur. Une déformation des battes ou du contre-batteur peut être la source de pertes difficiles à maîtriser à travers les réglages. Il est donc impératif de réparer les défaillances en cause.

Pertes à la séparation grain-paille

Encrassement des grilles des secoueurs, vitesse d’oscillation insuffisante, etc. Cette situation peut se produire dans le cas où le régime moteur est faible et que la culture est infestée d’adventices.

Pertes au nettoyage de grain

L’encrassement des grilles est courant dans les cultures trop infestées de mauvaises herbes et surtout vertes (pour cause de pluies tardives) et lorsque la ventilation est insuffisante. En revanche, une ventilation trop forte rend les grilles dégagées mais peut entraîner des pertes de grains à l’arrière de la machine, en particulier de grains échaudés par une sécheresse de fin de cycle.

Les agriculteurs omettent souvent de compter les grains cassés parmi les pertes à la récolte mécanisée. Certes, le retard de la récolte peut en être la cause initiale, mais la cause imputée à la machine réside dans une vitesse élevée du batteur ou une grille inférieure trop fermée ou inadaptée. Dans le premier cas, ces pertes sont comptées sur le battage et dans le deuxième, elles sont considérées comme des pertes de nettoyage.