Analyse fonctionnelle de la chaîne de valeur d’Argane de la province de Tiznit: Cartographie des maillons et des acteurs

RÉSULTATS ET DISCUSSIONS

La filière d’argane est complexe. Ses multiples ramifications peuvent engendrer de nombreuses incompréhensions et relever ainsi des préjugés. Elle est composée d’une grande variété d’acteurs (locaux, nationaux ou étrangers) ayant des objectifs et intérêts spécifiques. Elle a également plusieurs dimensions eu égard aux acteurs qui animent sa production et sa commercialisation. Il est donc impossible d’entrevoir la filière argane d’un seul prisme. Pour mesurer son ampleur, il est tout d’abord impératif de définir sa chaîne de valeur.

Maillons de la chaîne de valeur de l’argane

La chaîne de valeur de l’argane se décompose en trois maillons essentiels à savoir: la production, la transformation et la commercialisation.

La production

La production des fruits de l’arganier et produits dérivés peut varier très fortement d’une saison à l’autre. C’est l’une des grandes difficultés pour les acteurs locaux, en particulier les coopératives, qui sont souvent dans l’incapacité de prévoir leur niveau de production. En outre, les activités de production dépendent fortement des stratégies de gestion des ressources de l’arganeraie. Ceci, d’autant plus que, la superficie et la densité de l’arganeraie se réduisent progressivement en raison de plusieurs facteurs (Achour et al., 2013), entre autres, l’aridité du climat, la récolte de la plupart des fruits, l’expansion de la mise en culture irriguée des forêts d’arganiers dans les plaines, la surexploitation par les troupeaux du sous-bois de l’arganeraie, etc. Ainsi, l’enjeu de la production est crucial aussi bien pour la filière que pour l’économie locale.

La transformation

D’un point de vue technique, l’huile d’argane est extraite de l’amande, contenue dans le fruit de l’arganier. En fonction du mode d’extraction, le rendement varie entre 35 et 55 % (Charrouf, 1999). Traditionnellement, la préparation de l’huile passe par six principales étapes à savoir: le dépulpage des fruits secs, le broyage ou concassage des coques, la torréfaction, l’écrasement des amandes, le malaxage et le pressage de la pâte.

La première étape, effectuée par les femmes de la région, consiste à séparer la pulpe de la noix. Ce même procédé peut être effectué par les caprins qui contribuent au dépulpage en consommant le fruit de l’argane pour en rejeter la noix. Cette étape est réalisée entre juillet et septembre. Les noix ainsi obtenues sont concassées et mises à sécher avant le concassage.

Le concassage est la phase la plus pénible et s’effectue généralement à l’aide de deux pierres,« une plate qui sert de support et une allongée qui fait office de marteau (Charrouf et Guillaume, 2007) ». Les amandes sont ensuite torréfiées à feu doux dans des récipients traditionnels jusqu’à ce qu’elles brunissent. La torréfaction est nécessaire pour le développement du goût, de la couleur, et du parfum de l’huile extraite. Ces amandes torréfiées sont ensuite écrasées à l’aide d’une meule en pierre. La pâte extraite est ainsi collectée dans un récipient en poterie pour le malaxage. Celui-ci se fait manuellement avec l’ajout de petite quantité d’eau tiède pour avoir une pâte visqueuse nommé «Tazguemmoute». La dernière étape, quant à elle, consiste à libérer l’huile en pressant manuellement la pâte obtenue.

Cette méthode traditionnelle nécessite plus de 14 heures de travail pour obtenir un litre d’huile. Elle pose en fait des problèmes sanitaires; dans certains cas, l’eau ajoutée à la pâte est récupérée des pluies et l’huile est directement versée dans des bouteilles en plastique usagées (Charrouf et Guillaume, 2007).

C’est pourquoi les populations locales, principalement les femmes, ont commencé à s’organiser en coopératives afin de pouvoir disposer de meilleurs moyens de production de l’huile d’argane et de réaliser les opérations de production dans les meilleures conditions.

En conséquent, le procédé d’obtention de l’huile au sein des coopératives devient plus simple. En ce sens, le dépulpage se fait à l’aide d’une machine mécanique, la torréfaction se fait par le biais des torréfacteurs à gaz et le malaxage par les presses mécaniques. Ceci s’est traduit par une augmentation du rendement à l’extraction d’environ 20 %.  En effet, «dans certains cas, le rendement d’extraction a été augmenté de 50 % par rapport à la méthode artisanale (Charrouf, 1999)». Par ailleurs, les techniques de transformation dépendent des acteurs et de l’utilisation finale de l’huile (cosmétique ou alimentaire).

La commercialisation

Les circuits de commercialisation des deux types d’huiles d’argane sont distincts puisqu’elles sont destinées à deux marchés différents. Actuellement, l’argane est devenu un terme de marketing fondamental associé à des marques de produits cosmétiques ou alimentaires de renommée, qui n’hésitent pas à le mettre en avant dans leurs campagnes promotionnelles, ce qui a impacté positivement les exportations. La figure 1 détaille le circuit de commercialisation de l’huile d’argane.

Les coopératives sont les principaux acteurs de commercialisation de l’huile d’argane. Pour améliorer leurs ventes, les coopératives se sont progressivement regroupées en groupement d’intérêt économique (GIE).

Acteurs de la filière

Bien qu’ils partagent la même ressource, les intérêts des acteurs de la filière argane sont dichotomiques, voire conflictuels. Certains acteurs bénéficient plus que d’autres de la commercialisation de ces produits. A ce niveau, il est jugée primordial de mettre en évidence les enjeux et défis spécifiques à chaque acteur.

Les producteurs

Les premiers acteurs de fabrication de l’huile d’argane sont les femmes de la zone de production. Plus précisément, « la récolte des fruits est exclusivement réservée aux femmes berbères (Faouzi et Martin, 2014) », généralement organisées en famille ou en coopérative. Leur intérêt est avant tout d’assurer le bien-être de leurs familles vivant dans un milieu caractérisé par la pauvreté et la précarité. De ce fait, l’arganeraie participe au maintien des populations au sein des campagnes et, par conséquent, à la lutte contre l’exode rural.

Les entreprises privées

Ces opérateurs positionnés en aval de la chaîne de valeur, n’ont pas les mêmes préoccupations en matière du développement durable, du soutien social et économique aux populations locales et de la préservation de la forêt d’arganiers. Avec l’augmentation de la demande d’huile d’argane et, par conséquent, la hausse de son prix de vente, les laboratoires, les entreprises privées et les intermédiaires ne cessent de s’intéresser à cette filière. Leur objectif est simple: réaliser la meilleure marge. Pour eux, le retour sur investissement est la clé de la réussite de leurs activités dans le secteur. Ainsi, ces acteurs sont minoritaires en nombre, mais accaparent la majorité des bénéfices de la commercialisation de l’huile d’argane.

Les institutions publiques et semi-publiques (ANDZOA, AMIGHA, FIMARGANEE, ANCA…)

Face aux diverses pressions économiques, environnementales et sociales, les autorités ont progressivement mis en place les institutions nécessaires pour protéger les produits issus de l’arganier. L’une de ces actions concerne l’attribution d’une indication géographique (IGP) « argane » visant à protéger la propriété culturelle et environnementale de l’huile d’argane au sein du territoire de Souss-Massa. En plus, l’administration soutien l’agro-industrie de la région, notamment en empêchant la délocalisation de la filière argane en dehors de la zone de production, via l’amélioration de la traçabilité des produits et la lutte active contre les fraudes et contrefaçons liées à ce secteur.

Organisation et fonctionnement de la chaîne de valeur

L’analyse organisationnelle et fonctionnelle de la chaîne de valeur de l’argane dans la province de Tiznit, se réfère à l’identification des principaux acteurs qui y interviennent, leurs fonctions et les rapports qu’ils entretiennent entre eux. Ceci est dans le but de mettre en place et de valoriser les produits de l’arganier (huile d’argane cosmétique et alimentaire), et les faire parvenir jusqu’aux consommateurs finaux.

Dans le cadre de la présente étude, les chaînes de valeur de ces deux produits seront considérées comme identiques, du fait que leurs modes d’organisation et les acteurs qui y opèrent sont les mêmes. En outre, cette chaîne de valeur est tournée essentiellement vers le marché local et dont les produits sont écoulés sur le marché domestique.

Par ailleurs, il est à préciser l’existence de trois principaux groupes d’activités de la chaîne de valeur de l’argane, où interviennent plusieurs acteurs avec des stratégies diverses et des interactions pouvant aller des plus simples aux plus complexes.

Source sur Revue Marocaine des Sciences Agronomique et Vétérinaires et ficher PDF
https://www.agrimaroc.org