Stratégie de gestion et coût d’utilisation du tracteur aux Domaines Agricoles du Gharb

Conclusions

La donnée commune la plus remarquable entre le parc tracteurs, objet de la présente étude, et le parc général des petits agriculteurs, est le caractère vétuste du matériel. Ceci dénote la grande difficulté de mise à niveau dont souffre le matériel agricole au Maroc, y compris chez les grandes sociétés.

Des éléments objectifs dont la faible rentabilité générale de l’agriculture, aggravée par de longues périodes de sècheresse sans recettes significatives, permettent en partie d’expliquer ce fait.

D’autre part, aux Domaines Agricoles, on est en outre en présence d’un système d’investissement consolidé entre régions, où souvent tracteurs et autres matériels importants (irrigation, transport, conditionnement, autre matériel agricole,…) interfèrent ensemble et compliquent le choix des priorités. Du fait d’un besoin resté durant longtemps supérieur à la capacité de financement de l’entreprise, il en a résulté aujourd’hui un parc globalement vétuste, même si la situation est en train d’évoluer. D’où la stratégie mise en place en vue de faire perdurer le tracteur le plus longtemps possible.

Comme en témoigne la présence dans le parc étudié de modèles tels le John Deere 3140 et le MF 1134 des années 80, techniquement parlant, on peut prolonger la vie d’un tracteur autant qu’on veut, sous réserve de disposer de pièces de rechange et d’un atelier efficace.

A l’Atelier Central du Gharb, il y a eu même des cas de remise en état d’engins considérés à première vue irréparables, grâce à des transformations originales sur les ensembles hydrauliques ou mécaniques.

Ces réalisations étant notées, il ne faudrait surtout pas les interpréter comme un indice de performance en vue d’accréditer dans les esprits qu’un vieux parc est plus indiqué qu’un parc neuf.

Avoir modifié avec succès des systèmes hydrauliques entiers, des boites de vitesses compliquées, ou adapté des pompes à eau de petit camion à des fruitiers pour presque rien (pour ne citer que ces exemples), ont été effectivement de réels exploits en matière de réparation, mais c’était aussi un exercice insidieux pour un atelier dont la mission est plutôt de répondre au besoin quotidien des fermes et non de s’investir dans des innovations de génie mécanique.

Sur le plan économique, un coût d’utilisation faible (comme c’est le cas dans la présente étude), n’est pas non plus une démonstration ferme qu’un vieux parc est plus rentable qu’un parc neuf. Il faudrait pour opérer une comparaison objective à ce niveau, additionner tous les manques à gagner pour causes de pannes fréquentes (pour avoir raté une exportation d’oranges au bon moment, un semis à temps,…), de la mauvaise qualité des travaux,… et les introduire dans la formule de calcul.

Un vieux matériel peut aussi cacher d’autres problèmes d’inefficacité qui ne sont pas toujours perceptibles par l’emploi d’indicateurs de performance comptable de fin de campagne. Même s’il est encore en état de marche, un parc dont une bonne partie des tracteurs sont souvent en panne de fonctions vitales n’est pas un parc efficace si à chaque fois, pour réaliser un épandage, il faut faire le tour de plusieurs engins avant d’en avoir trouvé un dont le relevage ou la prise de force sont encore fonctionnels.

L’autre inconvénient dont on parle peu, sont les tracas qu’exige un système de suivi de proximité pour la maîtrise de la réparation de parc vétuste comme le travail de nuit, les imprévus de fin de semaines,…. En présence d’un vieux parc, il est impossible d’établir un calendrier des réparations et encore moins d’en respecter les échéances, en raison du nombre important d’imprévus qui ‘tombent’ chaque semaine.

En présence d’un vieux parc, il faudrait savoir également, que le chef de ferme a naturellement un penchant à porter l’essentiel des travaux sur les engins neufs, ce qui entraîne une usure plus rapide et un déséquilibre plus accentué encore, du rapport tracteurs neufs/parc total.

En plus des enseignements chiffrés, de cette étude, l’un de nous (Aït Houssa), a suivi directement ce matériel en qualité de Gérant des Domaines du Gharb de 1996 à 2004. Il conclut, au terme de cette expérience, que les limites objectives pour amortir un tracteur dans le contexte du Maroc, ne sont pas fondamentalement différentes des normes en vigueur dans les autres régions du monde. Un amortissement sur 10 ans (ou 10.000 à 12.000 h), reste une période raisonnable. Au delà, on bascule dans la spirale invivable des réparations caractéristique du vieux parc constamment menacé par la panne (à peine une panne réparée, une autre est déjà en germe).

Autrement dit pour un effectif d’une cinquantaine de tracteurs, comme celui du Groupe des Domaines Agricoles du Gharb, il faut en principe 5 à 6 engins neufs par an pour maintenir un équilibre correct du parc, sachant que les années difficiles, il n’y aurait pas de commande.

AIT HOUSSA A.(1), QAOUS K.(2), EL MIDAOUI M.(1)
(1)Département d’Agronomie, ENA de Meknès
(2)Ingénieur stagiaire, DAG, Sidi Slimane-Maroc