La culture de riz et ses principaux problèmes phytosanitaires dans la région du Gharb

LE RIZ AU MAROC

Au Maroc, la consommation de riz est considérée comme l’une des plus basses au monde (1,2 kg de riz par habitant), ce qui représente une contrainte majeure pour le développement de la production de riz dans le pays (FAO, 2003). La production rizicole du Gharb estime le rendement moyen brut de l’ordre de 77,7 qx/ha correspondant à une superficie récoltée de 4999 ha (ORMVAG, 2013). En 2004, une étude réalisée sur le Gharb a montré que le secteur a réalisé un chiffre d’affaires de 200 millions de Dh, considéré trop faible par rapport au potentiel réel qui était de 600 millions de Dh. Le Plan Maroc Vert (PMV) vise l’exploitation de 9.000 ha à l’horizon 2020 (L’économiste, 2016).

L’ORMVAG (2013) a constaté certaines contraintes d’ordre technique, économiques et organisationnelles restent à lever ou, du moins, atténuer leurs effets pour une vraie mise à niveau de cette filière dans le cadre du Plan Agricole Régional.

D’après Lage (1997), les problèmes phytosanitaires qui pourraient freiner la production sont la présence de la pyriculariose, de l’helminthosporiose et des mauvaises herbes (Echinochloa crus-Galli, Panicum spp, Cyperus spp. et Typha spp.).

Filière rizicole du Gharb au Maroc

La filière riz revêt une importance socio-économique capitale dans la région de Gharb. Cette filière génère environ 1,5 millions de journées de travail annuellement dont environ 350 000 journées de travail en aval. Le Gharb compte environ 2100 riziculteurs.
Actuellement la superficie aménagée pour cette culture s’élève à 12 000 ha (Figure 1), mais les réalisations fluctuent d’une année à l’autre en raison essentiellement des possibilités de commercialisation du riz par les rizeries. La superficie moyenne emblavée pour les cinq dernières années s’élève à 5240 ha. Les zones de couleur vert représentent la superficie emblavée.

Sur la base des pratiques moyennes des riziculteurs, le Tableau 2 présente le coût de production moyen d’un hectare de riz. Il en ressort que les postes de charge les plus importants sont l’eau d’irrigation et la main d’œuvre. Mais il faut noter que le prix d’un mètre cube d’eau d’irrigation ne dépasse guère 0,37 Dh y compris la taxe de pompage, les droits de l’Agence du Bassin Hydraulique de Sebou et la TVA. Une diminution des charges est possible à des niveaux acceptables moyennant la reprise du nivellement (économie d’eau) et la maîtrise du désherbage chimique.

Évolution de la culture du riz dans le Gharb

D’après Tajani et al., (1997), la culture du riz a été introduite dans la région du Gharb au nord-ouest du Maroc en 1949. La superficie moyenne emblavée a oscillé entre 6209 ha en 2009 et 2524 ha en 2011.

Le rendement moyen enregistré entre 1996 et 2004 est de l’ordre de 54 qx/ha, tandis que celui enregistré entre 2004 et 2010 s’élève à quasi 73 qx/ha, soit une augmentation du rendement moyen de l’ordre de 35 % en 6 ans ce qui pourrait être considéré comme substantielle et met en évidence l’importance de la marge d’amélioration de la productivité et la rentabilité de cette culture sachant que ces niveaux de performance dépassent ceux de certains pays rizicoles et montrent en même temps le potentiel important de la région pour cette culture. La production maximale durant cette période a atteint 530 000 qx qui a été enregistrée durant l’année 1996 grâce à la superficie emblavée (plus de 9300 ha emblavées).

Mais depuis la mise en œuvre du Plan Maroc Vert et devant la nécessité de mettre à niveau cette importante filière au niveau régional, le gouvernement marocain s’est engagé à lui apporter l’appui requis dans le cadre d’un Contrat Programme le liant à une interprofession. La mise sur pieds d’une interprofession était la condition sine qua non de l’adoption du dit Contrat Programme.

Caractéristiques pédoclimatiques de la région du Gharb et impact sur la culture du riz
Le Maroc occidental présente des climats très variés, depuis l’étage bioclimatique aride jusqu’à l’étage bioclimatique sub-humide. Les principaux facteurs qui régissent la répartition des climats sont la continentalité et la latitude (Zidane et al., 2010).

Température et humidité

La température optimale pour le développement et la croissance du riz se situe entre 25 et 35°C avec des spécificités selon le stade phénologique (l’optimum pour le tallage est situé entre 25 et 31°C et 30 à 33°C pour l’épiaison). D’après l’ORMVAG (2013), des températures inférieures à 10°C ou supérieures à 45°C sont inappropriées pour le riz. Dans le Gharb les conditions thermiques en fin de printemps et le long de l’été sont adéquates pour cette culture.

Selon Tajani et al., (1997), la quantité de pluie annuelle est très variable, la pluviométrie annuelle moyenne varie entre 450 et 600 mm avec une concentration de 90 % entre octobre et avril. La température moyenne quotidienne varie de 11°C en hiver à 27°C en été. Le temps est favorable à la culture du riz de la mi-avril à la fin septembre. Cependant, le riz est généralement semé de juin à juillet en raison du manque de disponibilité en eau avant cette date.

Les sols

La quasi-totalité des types de sols bien structurés sauf ceux trop drainant (perméables) ou trop compacts. Dans le Gharb les tirs (vertisols) et les sols merjas (vertisols hydromorphes et hydromorphes) conviennent parfaitement à la riziculture (FAO, 2003). Leur teneur en calcaire total varie entre 0 et 49 % (Miège, 1951). Leur teneur en matières organiques oscille entre 0,74 et 2,88 % et leur pH est généralement basique, rarement franchement basique et rarement légèrement acide (6,75-8,57) (Zidane et al., 2010). De plus, la teneur de NaCl a varié entre 0,2 g/l et 1,7 g/l dans l’eau superficielle et entre 0,25 g/l et 3 g/l dans l’eau interstitielle (El Bildi et al., 2006).

Le riz au Maroc est conduit d’une façon intensive et mécanisée. Il est cultivé dans des clos aménagés pour assurer l’irrigation par submersion. Cette culture a permis une valorisation des terres hydromorphes de la région du Gharb (Lage, 1997).

Les techniques de production du riz au Gharb

Le travail du sol et la période de semis

Le travail du sol débute au mois de Mai et dépend de la disponibilité du matériel et des conditions climatiques. Le sol doit être légèrement sec. Cette tâche est coordonnée par l’ORMVAG et financée par le Plan Maroc Vert (PMV). Avant que le travail ait lieu, un riziculteur dépose un cahier des charges au niveau de l’ORMVAG. Ce cahier est confirmé par le président de Coopérative des Riziculteurs.

Le travail de sol est effectué par la Société de Travaux Agricoles Marocains (STAM). Le labour de profondeur est de 14 à 15 cm et effectué à l’aide du stubble plow à un seul passage. Ensuite, deux passages du covercrop pour initier le nivellement et planage du sol. Ce dernier est complété en utilisant une surfaceuse ou planche car l’opération nivellement est importante pour toutes les opérations à suivre.

Le riz est semé à la main ou à la machine sur des champs secs; de nombreux agriculteurs sèment du riz, après l’avoir trempé dans l’eau, sur des champs submergés. Le sol est labouré 1 à 2 fois. Il est semé entre 140 et 200 kg/ha (Tajani et al.,1997).

Principales variétés

Les principales variétés utilisées dans la plaine du Gharb sont Elio, Megassa et Thaiperla pour les variétés du riz rond et Thaibonet, Lido, Arba et Puntal pour les variétés du riz long. D’après Chataigner, (1997) la variété la plus cultivée est Elio qui occupe 80 % de la superficie rizicole.

Selon FAO (2003), les génotypes de riz à grains courts sont les plus cultivés au Maroc en raison de leur résistance aux maladies, par rapport aux génotypes à long grain. Ces derniers sont en maturation précoce et ont une bonne capacité de rendement, mais nécessitent une bonne gestion de l’irrigation et un bon nivellement des terres.

Besoins en éléments fertilisants

La pratique courante dans cette région est l’application de l’engrais de fond juste après le travail du sol. Le phosphate de diammonium (DAP) à la dose de 3 qx/ha est appliqué soit manuellement (à la volée) soit par l’épandeur d’engrais.

En ce qui concerne l’application de l’engrais de couverture, l’urée à la dose de 10 qx/ha est repartie en 2 ou 3 apports durant la croissance de la culture en jours après semis (jas). Le rendement des céréales dépend de l’apport d’azote. Il est recommandé de maintenir au moins 15 jours entre des apports (Tajani et al., 1997).

Cependant, l’apport en excès d’engrais azoté entraîne souvent la pollution de l’environnement, la verse et les maladies surtout la pyriculariose du riz (Pyricularia oryzae), d’où une répartition judicieuse de cet engrais est jugée nécessaire.

Technique d’irrigation

Au Maroc, la culture est toujours faite par submersion, qui peut commencer même avant l’ensemencement et dès la préparation du sol. Le nivellement des terres est très important pour obtenir une submersion uniforme des parcelles recevant le riz.

Selon FAO, (2003) la disponibilité de l’eau est le facteur le plus limitant dans les rizières du Gharb. Les faibles précipitations (450-530 mm) entraînent un stockage de l’eau dans les barrages, limitant ainsi l’augmentation de la superficie du riz. Au cours de son cycle, 4 à 5 remplissages et vidanges sont obligatoire pour que le pied reste submergé. La première vidange s’effectue après la levée et le remplissage de 2 à 3 cm est nécessaire après deux jours.

La figure 2 montre aussi que la consommation durant les cinq dernières années (entre 2008 et 2012) est restée comprise entre 11 700 et 14 200 m3/ha, soit une moyenne arithmétique non pondérée équivalente à 12 950 m3/ha correspondant à 2059 m3/ha de moins par rapport à 2006 pour un rendement moyen équivalent. Cependant, le plus frappant au cours de la campagne 2011 est la faible consommation d’eau d’irrigation dont la moyenne a été ramenée à moins de 11 800 m3/ha, soit 3233 m3/ha de moins par rapport à la consommation moyenne de 2006.

Le principal avantage de ce système d’irrigation est la grande taille du bassin (2-2,5 ha), qui est l’un des plus importants au monde, qui nécessite l’entretien du nivellement des terres et un débit élevé d’approvisionnement en eau (45 l/ s) pour assurer une bonne efficacité d’irrigation.

Commercialisation

Le riz est un produit sous contrat entre le producteur et la rizerie. Cette dernière accorde aux riziculteurs, à crédit remboursable à la récolte, les facteurs suivants: les semences, les engrais et les avances pour le paiement de la main d’œuvre. La production réceptionnée est payée par les rizeries selon un barème d’agréage aux prix moyens allant de 280 à 380 Dh/q (ORMVAG, 2013). Ces volets relatifs au prix et au système d’agréage constituent un problème majeur entre les rizeries et les producteurs. Ces derniers accusent les usines de pratiquer des taux de défalcation trop élevés sur l’humidité et les impuretés.

LES PROBLÈMES PHYTOSANITAIRES DU RIZ

Dans la production de riz, les mauvaises herbes, les animaux nuisibles et les agents pathogènes, en particulier la pyriculariose du riz (Pyricularia oryzae) et l’helminthosporiose du riz (Helminthosporium oryzae), sont régulièrement d’une grande importance économique. Oerke (2006) a estimé les pertes potentielles de ces nuisibles à 37, 25 et 13 %, respectivement. Les prospections dans les rizières au Maroc ont permis (Tajani et al., 2001) d’identifier ces maladies fongiques dominantes mais leurs effets sur le rendement n’y sont pas connus.

Les principales maladies fongiques: La pyriculariose et l’helminthosporiose

La pyriculariose du riz

La pyriculariose de riz est répartie dans environ 85 pays dans tous les continents où la culture du riz est cultivée, tant dans les conditions de rizières que de hautes terres. C’est l’une des maladies les plus dévastatrices du riz (Oryza sativa L.) dans des conditions favorables (Miah et al., 2017; Ou, 1985). En plus du riz, Pyricularia oryzae infecte également d’autres cultures importantes sur le plan agronomique, telles que l’orge, le blé et le millet (Valent et al., 1991).

Agent causal

L’agent pathogène de la pyriculariose du riz a été connu comme Pyricularia oryzae Cavara en 1892, mais il est impossible de le distinguer de Pyricularia grisea, qui provoque des taches grasses sur d’autres graminées (Agrios, 2005). Le genre Pyricularia décrite pour la première fois en 1880 était Pyricularia grisea (Cooke) Sacc., le nom donné à l’anamorphe des isolats de digitaire. Selon Chauhan et al., (2017), Magnaporthe grisea (Hebert Barr) est le téléomorphe de la pyriculariose, un champignon ascomycète filamenteux et appartient à la famille des Magnaporthaceae. Le champignon produit plusieurs toxines, par exemple pyricularine et α-picolinique, qui semblent contribuer au développement de la pyriculariose du riz (Agrios, 2005)

Le cycle de la pyriculariose du riz

L’épidémiologie pyriculariose du riz est polycyclique selon les conditions météorologiques favorables. Selon Hamer et al., (1988), le processus d’infection par Pyricularia oryzae peut être résumé en cinq étapes de base: (1) la formation et dispersion des conidies, (2) la fixation d’une conidie sur une surface hôte, (3) la formation d’appressorium, (4) la pénétration de l’appressorium; et (5) la croissance des hyphes invasifs (Figure 3).
La pyriculariose du riz se caractérise par une caractéristique commune, la production de conidies pyriformes à trois cellules (Ou, 1985). Le pathogène passe des saisons sous forme de mycélium et conidie sur la paille de riz infectée et les graines, et éventuellement sur les hôtes de mauvaises herbes.

Le champignon produit et libère des conidies pendant des périodes de haute humidité relative (c’est-à-dire 90 % ou plus) et une température comprise entre 28-30°C (Kato, 2001; Miah et al., 2017). Lorsque les feuilles de riz ou les surfaces de la tige sont humides, les conidies germent et le tube germinatif produit un appressorium à travers lequel le champignon pénètre dans les surfaces végétales ou pénètre à travers les stomates (Agrios, 2005; Miah et al., 2017; Wilson et Talbot, 2009). Les conidies, disséminées par le vent, peuvent produire des symptômes dans les 4-5 jours d’infection et par le vent (Agrios, 2005; Chauhan et al., 2017; Kato, 2001).

Une seule lésion folle peut générer 20 000 conidies et un épillet de riz infectée peut produire jusqu’à 60 000 conidies dans une nuit (Kato, 2001; Wilson et Talbot, 2009) pour maintenir le cycle d’infection de la pyriculariose des feuilles. Il est également courant que l’incidence d’environ 5 % ou plus d’une infection par pyriculariose de feuilles peut entraîner une incidence de coups sur la même culture

Symptômes

Les symptômes initiaux apparaissent comme des lésions ou des taches blanches à gris-vert, avec des bordures vert foncé. La pyriculariose du riz peut infecter la plupart des organes de riz à l’exception du système racinaire (Lanoiselet, 2008).

Les graines infectées sont une source d’inoculum primaire. Les graines infectés mortes pourraient servir d’inoculum primaire lorsqu’elles sont placées sur le champ pendant le développement des semis (Hubert et al., 2015; Long et al., 2000). Si l’infection de la panicule se produit tôt, les grains ne se remplissent pas et la panicule reste érigée. Si la panicule est infectée tardivement, les graines deviennent partiellement remplies et, en raison du poids des grains, la base de la panicule se casse et la panicule baisse (Agrios, 2005).

L’helminthosporiose du riz

La maladie des taches brunes semble être plus sur le riz pluvial où le riz est cultivé dans des sols pauvres couplé avec des pluies irrégulières ou l’approvisionnement en eau et les déséquilibres nutritionnels, en particulier l’azote et le potassium disponible (Chauhan et al., 2017).
La maladie a été signalée dans tous les pays producteurs de riz (Ou, 1985). La maladie est plus sévère dans le riz semé directement. La maladie est d’une grande importance dans plusieurs pays et a été rapportée comme causant d’énormes pertes de rendement en grains (jusqu’à 90 %) (Sunder et al., 2014).

Agent causal

L’helminthosporiose du riz a été décrite pour la première fois par Breda de Hann en 1900 comme Bipolaris oryzae (anciennement Helminthosporium oryzae) (Téléomorphe: Cochliobolus miyabeanus) (Sunder et al., 2014). Cet agent pathogène s’appelait Drechslera oryzae en 1966. L’agent pathogène Bipolaris oryzae se réfère à la germination bipolaire des spores. Les tailles des conidiophores et des conidies varient respectivement de 68 à 688 × 4-20 μm et de 15-170 × 7-26 μm dans différents pays (Ou, 1985).

La symptomatologie et les conditions favorables

La maladie apparaît sur les coléoptiles, la gaine foliaire et le limbe foliaire sous forme de taches brunes à centre gris ou blanchâtre, de forme cylindrique ou ovale (Chauhan et al., 2017). Sur les glumes, des taches noires ou brunes foncées sont produites, ce qui entraîne des graines décolorées et ratatinées.

La température optimale pour la croissance et la germination des conidies est respectivement de 27-30°C et 25-30°C. Une inoculation réussie par des conidies nécessite une humidité relative supérieure à 89 % à 25°C et l›infection est favorisée par la présence d›eau sur la surface foliaire. Les conidies germent à une gamme de pH de 2,6-10,9 (Ou, 1985).

Le pathogène provoque également des lésions brunes à brun foncé sur la panicule. Ces lésions s’étendent généralement vers le bas sous la gaine, ce qui entraîne une forte pourriture humide (Figure 6) et l’apparition d’une croissance mycélienne grisâtre (Sunder et al., 2005).

Le cycle de l’helminthosporiose du riz

L’inoculum primaire est normalement initié par la graine infectée sous forme de lésions nécrotiques sur coléoptile et la gaine des premières feuilles. Les lésions subséquentes sur les feuilles résultent d’une infection secondaire par des spores aérogènes produites sur des lésions primaires (Ou, 1985).

Les adventices: Les principales adventices du riz

Il existe différents agroécosystèmes dans lesquels le riz est cultivé, c’est-à-dire des terres irriguées, des basses terres peu profondes, des terres moyennes, des eaux profondes et des hautes terres. Dans ces différents écosystèmes, différents types d’espèces de mauvaises herbes sont observés (Singh et al., 2008).

Selon la FAO (2003), les espèces des adventices du riz les plus répandues dans la région méditerranéenne appartiennent aux Poaceae et aux Cyperaceae. Echinochloa crus-galli (L.) P. Beauv et Cyperus difformis L parmi les annuelles et Scirpus maritimus L. et Scirpus rotundus parmi les plantes vivaces. Parmi les plantes adventices, les plus communes dans le Gharb sont les Panicum (P. repens L. obtusifolium Del.), les Typha (T. latifolia L., T. angustifolia L., T. marsii Bat.), les joncs, les Scirpus (S. maritimus L. S. frutescens Laub., S. lacustris), les Cyperus (C. aristatus R. C. distachyos AH., C. flavescens L…) et Echinochloa spp (Miège, 1951).

La famille des Poaceae

La famille des Poaceae est la famille qui a plus d’espèces des mauvaises herbes et aussi comprend plusieurs espèces des cultures importantes qui nourrissent les humains (Zimdahl, 2007). Les Poaceae et les Cyperaceae représentent 27 % des problèmes de mauvaises herbes au monde (Holm et al., 1977).

Le panic rampant (Panicum repens L.)

Le genre Panicum possède des graines dures qui conservent pendant de longues années. Elles ressemblent étonnamment à la culture du riz et ne s’en distinguent que difficilement avec une grande facilité germinative. Panicum repens est l’une des espèces adventices les plus nuisibles dans la plaine du Gharb au Maroc (Tajani et al., 1997).

Le panic des marais (Echinochloa crus-galli)

Les espèces du genre Echinochloa constituent une des mauvaises herbes de pelouse les plus importantes et répandues dans le riz dans le monde entier (Holm et al., 1977). Echinochloa crus-galli (L.) Beauv. est parmi les mauvaises herbes les plus nocives du monde en raison de sa biologie supérieure et de sa grande adaptation écologique (Bajwa et al., 2015; Caton, 2010). Cette mauvaise herbe est un danger permanent pour la culture du riz dans la plaine du Gharb avec un degré d’infestation très élevé (Bouhache et al., 1983). Selon Bajwa et al., (2015), Echinochloa crus-galli a un fort potentiel allélopathique, ce qui favorise la concurrence des ressources pour causer des pertes de rendement. Au Maroc, les pertes de rendement en riz vont de 30 à 100 % sous de fortes infestations (FAO, 2003).

La famille de Cyperaceae

Les espèces de cette famille sont propagées par les graines et par les rhizomes. Les plantes vivaces Cyperus rotundus et C. esculentus sont fréquemment rencontrées sur des zones hydromorphes (Rodenburg et Johnson, 2009). Les tubercules et les graines peuvent rester inactifs pour survivre aux inondations périodiques ou aux saisons sèches. Ces espèces peuvent se multiplier rapidement à travers des tubercules qui peuvent être fortement accélérées par le travail du sol (Johnson et al., 2004).

Les ravageurs animaux: Les ravageurs les plus importants

Les principaux ravageurs vertébrés de riz restent les rongeurs et les oiseaux. Les dommages causés par les rats sont répandus dans les régions rizicoles du monde (Moody, 1990). Miège (1951) ajoute que les rats aussi peuvent causer d’importants dégâts sur le riz, de la pépinière à la récolte. Selon Oerke (2006), environ 25 % de la production mondiale de riz est perdue à cause des animaux nuisibles. Les oiseaux granivores, principalement le Quelea à bec rouge, Quelea quelea (de Mey et al., 2012), subsistent sur les cultures céréalières en Afrique et causent des dégâts considérables. De Grazio (1978) explique que les principaux granivores des céréales (riz et blé) et du tournesol au Maroc sont le moineau domestique (Passer domesticus) et le moineau espagnol (Passer hispaniolensis).

LA PROTECTION INTÉGRÉE DU RIZ DANS LE MONDE

Gestion intégrée des principales maladies fongiques

Plusieurs stratégies de gestion ont été proposées et évaluées pour minimiser l’incidence de la pyriculariose. Les pratiques culturales, la résistance des plantes hôtes et l’utilisation de fongicides synthétiques sont les trois stratégies adoptées pour lutter contre cette maladie (Ghazanfar et al., 2009).

Pratiques culturales

Le riz doit être semé à une densité optimale avec une bonne gestion du sol. Une utilisation équilibrée des engrais et une irrigation adaptée contribuent à la résolution de différents problèmes phytosanitaires (Lamrani et al., 2012). La culture intercalaire de variétés de riz augmente l’efficacité de la lutte contre la pyriculariose en réduisant la probabilité de son occurrence (Han et al., 2016). L’apport réduit d’azoté (Matsuyama, 1975) est la méthode de lutte la plus employée contre la pyriculariose de riz.

Au Maroc, la plupart des variétés de riz cultivées sont sensibles à plusieurs espèces fongiques (Lamrani et al., 2012). Les variétés Elio et Thaibonnet sont actuellement les variétés les plus cultivées par les riziculteurs marocains et elles ont un bon niveau de résistance partielle à la pyriculariose du riz (El Guilli et al., 2000).

Lutte biologique

Cette méthode de lutte n’est pas très adaptée à la riziculture dans le monde due à ses coûts, son efficacité et les conditions climatiques au champ. Des souches bactériennes comprenant Bacillus circulans, B. subtilis, B. megaterium et Pseudomonas fluorescens réduisent significativement la sévérité de la pyriculariose du riz par rapport au témoin, mais leurs efficacités restent inférieurs à celle obtenue avec un traitement fongicide (Padasht et al., 2004). Les antagonistes antifongiques sont également capables d’arrêter la croissance des hyphes de différents pathogènes fongiques. Le traitement de semences et la pulvérisation foliaire par Trichoderma harzianum ont démontré une réduction significative de la sévérité de la pyriculariose du riz (Khalili et al., 2012).

Lutte chimique

La lutte chimique contre la pyriculariose du riz

Pour limiter les pertes dues à ces champignons pathogènes, la lutte chimique demeure la méthode la plus efficace à effet immédiat. Selon Tajani et al., (2001), les applications des fongicides lors des premiers stades végétatifs (stades 5 feuilles et 7 feuilles) peuvent réduire considérablement les pertes en rendement. Le fongicide dont la matière active est le Tebuconazole contrôle les maladies foliaires en plein champ. Il peut donc être préconisé comme produit efficace contre les attaques de la pyriculariose au Maroc.

Parmi les fongicides utilisés avec succès contre la pyriculariose du riz, se trouve le Tricyclazole. Ce fongicide est très actif vis-à-vis de Pyricularia oryzae et Helminthosporium oryzae. Le tricyclazole permet de combattre la pyriculariose. L’application de ce fongicide systémique sur les semences, en pulvérisation foliaire ou sur le sol de la pépinière et en trempage des racines, donne des résultats efficaces et durables. Les semences traitées par le tricyclazole présentent un taux de germination élevé et donnent naissance à des plantules plus vigoureuses (Geetha et Sivaprakasam,1993). L’application du fongicide BEAM 75 WP (matière active; Tricyclazole 750 g/kg) lors des conditions favorables à l’apparition de la pyriculariose (Pyricularia oryzae) diminuera le dégât. Ce traitement s’effectue aux parties aériennes à la dose de 0,3 kg/ha (Lamrani et al., 2012). Le délai avant récolte (DAR) recommandé est de 15 jours (ONSSA, 2017).

La lutte chimique contre l’helminthosporiose du riz

L’utilisation des fongicides systémiques comme Propiconazole est également efficace contre la maladie (ONSSA, 2017).

Gestion intégrée des adventices dans les rizières

Pratiques culturales

L’établissement des cultures est un facteur clé dans la détermination des résultats des interactions entre mauvaises herbes et cultures et des mesures préventives de gestion des mauvaises herbes. L’établissement des cultures peut être amélioré grâce au labour du sol, au nivellement des terres, à l’utilisation de semences propres et certifiées, et à la gestion des nutriments en temps opportun. De telles pratiques de gestion intégrée de la culture du riz peuvent réduire les problèmes d’herbe dans les rizières des terres humides et ont montré qu’elles augmentaient leur productivité de 4 à 25 % selon le niveau de contrôle de l’eau (Becker et Johnson, 1999). Cependant, l’application d’azote sans gestion appropriée des mauvaises herbes améliore la vigueur et la capacité compétitive des mauvaises herbes (FAO, 2003). Selon Miézan et al., (1997), comparé au semis direct, le repiquage permet d’économiser les semences, de réduire la période que le champ sera occupé, et plus important, il offre à la culture un avantage. D’après Gitsopoulos et Froud‐Williams, (2004) pour la lutte contre E. crus-galli, l’inondation est une méthode recommandée de lutte contre les mauvaises herbes dans les rizières en raison de conditions anaérobies.

Désherbage mécanique et manuel

À condition que la main-d’œuvre requise soit disponible, le désherbage manuel reste une méthode efficace pour empêcher aux adventices de produire des semences. Le désherbage manuel est l’intervention la plus pratiquée contre les mauvaises herbes sur les petites fermes de riz en Afrique.

Le contrôle mécanique des mauvaises herbes peut être appliqué en tant qu’intervention dans la culture et comme mesure préventive dans le cadre de la préparation de la terre de pré-saison ou du travail du sol sec sur la saison sèche. Le travail du sol dans le travail du sol sec est souvent trop superficiel pour enterrer les graines de mauvaises herbes ou pour contrôler les espèces pérennes (Miézan et al., 1997), en particulier lorsque la mécanisation est limitée.

Lutte chimique

Les herbicides sont des méthodes de contrôle importantes dans les bas-fonds et dans les rizières (Miézan et al., 1997). L’utilisation d’herbicides est économiquement attrayante puisqu’il nécessite moins de temps de désherbage et permet aux riziculteurs d’utiliser des méthodes de plantation à l’aide du temps et du travail, telles que l’ensemencement direct.

Dans des rizières du Gharb, les herbicides CLINCHER (Cyhalofop butyl 200 g/l), RAINBOW (Penoxsulame, 25 g/l) et FESTIVAL (Oxadiazon 250 g/l ) à raison de 0,8 à 1 l/ha sont les principaux herbicides utilisés (ONSSA, 2017). D’après Gitsopoulos et Froud‐Williams (2004), les mauvaises herbes inondées pourraient être plus susceptibles et mieux contrôlées lorsqu’elles sont également traitées avec de l’oxadiargyl par rapport à la production de riz dans l’agriculture méditerranéenne. Ces auteurs suggèrent la dose de 75 g a.i./ha sur le riz à semis sec et de 25 g a.i./ha sur le riz prégermé.

Une bonne maîtrise de l’eau dans la riziculture de bas fond est essentielle en vue d’une utilisation efficiente des herbicides. L’association d’un herbicide de prélevée ajouté à une gestion efficace de l’eau peut conduire à lutter efficacement contre les adventices tout au long de la saison (Ampong-Nyarko, 1996). Dans les sols a inondation incontrôlés, à l’instar des zones hydromorphes et les bas fond non aménagés, l’efficacité des herbicides peut toutefois s’avérer être très faible (Akobundu, 1987).

Des applications en cuve mixte d’anilofos et de pendiméthaline ont été essayées pour réduire la dose de pendiméthaline car elle est beaucoup plus coûteuse que l’anilofos (Tableau 7). La pendiméthaline à la moitié de la dose recommandée en association avec l’anilofos à 400 g/ha a donné un résultat équivalent à la dose recommandée de pendiméthaline (1,0 kg ha-1). Ce mélange a pour avantage de contrôler ces adventices et d’augmenter ainsi le rendement.

Les herbicides sont probablement plus utiles dans les zones où la main-d’œuvre est rare. En vue d’une utilisation efficiente et sécurisée des herbicides, le produit approprié, l’équipement d’application et les taux d’application sont importants (Zimdahl, 2007).

La gestion intégrée des adventices pourrait associer des mesures préventives avec interventions (Figure 9), et des approches à court et à long terme en vue de réduire durablement les pertes de rendement induites par les adventices. Cela peut contribuer à la réduction des achats d’intrants et à la durabilité de la gestion des adventices.

Méthodes de contrôle des animaux nuisibles

Les agriculteurs indiquent que l’efficacité des méthodes traditionnelles est insuffisante, ce qui suggère que la surveillance et le contrôle des populations contre les invasions massives sont plus urgents que l’amélioration de l’efficacité moyenne des mesures curatives (de Mey et al., 2012). Au cours du stade laiteux de la production de riz, les oiseaux sont entraînés loin des fermes de riz pendant la journée (Ejiogu et Okoli, 2012). La protection directe implique l’utilisation de l’épouvantail, de la fronde et du canon pour effrayer les oiseaux granivores sont de différentes formes de bruits traditionnels.

L’application de répulsifs chimiques tels que Thiram, est effectuée pour repousser les canards et les oiseaux granivores qui endommagent les graines au moment du semis et à maturité (Ejiogu et Okoli, 2012).

CONCLUSION

Le riz est l’aliment de base de près de la moitié de la population mondiale, ce qui en fait une culture d’un grand intérêt. Sa production est confrontée à plusieurs contraintes biotiques. En effet, les adventices, les ravageurs vertébrés et les agents pathogènes impactent négativement son rendement.

La pyriculariose et l’helminthosporiose sont les deux maladies fongiques les plus redoutables du riz et les fongicides à base de triazole sont efficaces pour réduire leur sévérité.

La gestion des nutriments en temps opportun et les inondations régulières pour la riziculture irriguée peuvent réduire les problèmes des maladies et des adventices.

La lutte biologique contre les ravageurs vertébrés n’est pas prise en considération à cause de sa complexité.

Compte tenu de la mauvaise combinaison de ces différentes méthodes de lutte pratiquées par les riziculteurs, il est recommandé de renforcer les pratiques culturales et de surveiller le développement des organismes nuisibles afin de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires pour la protection de la culture de riz et minimiser ainsi leurs effets indésirables sur l’environnement.

Par A. MOININA, M. BOULIF, R. LAHLALI 

Département de Protection des Plantes et de l’Environnement, École Nationale d’Agriculture de Meknès

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