Mise au point de formules d’engrais de fond: Application à la betterave sucrière dans les Doukkala

Principe de la méthode

Dans les régions où l’expérimentation au champ est absente ou très fragmentaire, la fertilisation de fond (et par conséquent l’engrais correspondant), peut être calibrée sur les données réelles de terrain, en s’inspirant du concept de matrice de référence déjà utilisé par ailleurs, pour traiter d’autres problèmes agronomiques tels que le calibrage de la fertilité des sols.

Au sens de cette matrice, le réseau expérimental de référence est remplacé par un réseau d’agriculteurs de référence, choisis parmi ceux déjà parvenus aux objectifs poursuivis par la fertilisation.

Tout agriculteur dont on vérifie que les bons résultats ne sont pas le fait du type de sol ou de microclimats particuliers, mais la conséquence d’une meilleure conduite technique, peut faire partie de ce réseau. Et toute fumure de fond dont on vérifie qu’elle remplit les conditions d’une fertilisation raisonnée, est une fumure de référence utilisable pour ce calibrage.

En d’autres termes, outre les objectifs classiques de productivité, de qualité et de revenu, la fumure doit respecter:

  •  la durabilité du système (pas de gestion minière par epuisement du capital fertilité);
  •  l’environnement (pas de pollution des aquifères par des excès d’engrais).

Au Maroc, on n’est pas en situation de surproduction en produits agricoles. La haute productivité demeure un objectif stratégique du pays afin de combler en partie son déficit alimentaire. Le calibrage de l’engrais de fond ne peut être réalisé autour d’habitudes de fumure recherchant un emploi limité de fertilisants, mais par rapport aux pratiques d’agriculteurs d’avant garde, faisant jouer l’usage intensif de l’engrais (et autres techniques) pour maximiser le bénéfice, à travers la recherche d’excellents rendements dans un esprit de respect de la qualité de l’environnement et de la durabilité du système.

Équations fondamentales

Cas d’un sol à l’équilibre

Supposons que les agriculteurs membres du réseau de référence défini ci-dessus, réalisent chaque année, leurs objectifs de productivité élevée, de qualité et de revenu, avec une fumure juste équivalente aux absorptions de la culture en azote (N), en phosphore (P) et en potassium (K).

Si tel est le cas, la fumure respecte bien la double exigence de durabilité du système et de l’environnement. Elle peut donc être utilisée directement comme base pour la recherche de la formule d’engrais de fond. Pour en déterminer les termes:

  •  Considérons l’azote comme base de calcul des équilibres comme cela est d’usage;
  •  Appelons X0, Y0 et Z0, les absorptions de référence en N, P et K ci-dessus;
  •  Considérons le cas général d’un engrais ternaire NPK;
  •  Retenons l’hypothèse qu’une partie seulement de l’azote est apportée sous forme d’engrais de fond et appelons qX0 cette fraction (avec q<<1, par exemple q= 1/3);
  •  Considérons que la totalité du phosphore et de potasse est apportée sous forme d’engrais de fond.

 Désignons par A la concentration en azote de l’engrais recherché.

D’après cet ensemble d’hypothèses, il est évident que:

  •  le plus grand multiple commun de l’engrais de fond à fabriquer correspond à la fumure totale de fond elle même, soit: qX0 – Y0 – Z0 (1)
  •  le plus petit diviseur commun de l’engrais de fond à fabriquer correspond à l’équilibre de base obtenu en rapportant les 3 éléments à l’azote, ce qui donne:

D’autre part, on sait que l’engrais ternaire à fabriquer est forcément un sous multiple de (1) ou un multiple de (2), soit:

Lors de la fabrication, que ce soit par voie de synthèse ou par simple mélange mécanique on sait que les produits de base utilisés ne sont jamais des molécules NPK purs, mais des sels contenant d’autres éléments accompagnateurs (H dans NH3, H et O dans NH4NO3 et H3PO4, Cl dans KCl, S et O dans K2SO4…). Les mises à mille ont donc des limites dont certaines sont des limites naturelles, dont les plus évidentes sont:

La valeur de A se déduit directement de cette dernière inégalité:

L étant la limite supérieure de la somme N+P+K (ou N+P2O5+K2O pour rester conforme au mode d’expression usuel), en % de la masse de l’engrais, qu’on ne peut pas dépasser dans un atelier de synthèse ou de fabrication de bulk blending, compte tenu des problèmes technologiques liés au procédé lui même, à la composition des produits de base, ou aux contraintes d’évolution de la qualité de l’engrais après fabrication.

Au Maroc, l’engrais ternaire le plus riche présent sur le marché est le 14-28-14C (NPK = 56 %), fabriqué par l’OCP et destiné théoriquement aux céréales. Dans les grands pays agricoles européens comme la France, on peut citer le 17-17-17C préconisé pour la betterave à sucre.