Mise au point de formules d’engrais de fond: Application à la betterave sucrière dans les Doukkala

Au Maroc, l’absence de réseaux d’essais d’envergure est la contrainte majeure au progrès sur les grandes formules d’engrais de fond par voie expérimentale. L’objectif de cet article est de proposer une nouvelle méthode pour  contourner cette difficulté.

Au lieu d’être mis au point à partir d’un réseau expérimental de référence, l’engrais de fond est tiré des fumures d’un réseau d’agriculteurs de référence choisis parmi ceux déjà parvenus aux objectifs poursuivis par une fertilisation raisonnée, au sens large de l’acception agronomique actuelle de ce terme.

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Autrement dit, outre les objectifs classiques de productivité, de qualité et de revenu, pour faire partie de ce réseau de calibrage, l’agriculteur doit  respecter: la durabilité du système (pas de gestion minière en produisant aux dépens du sol jusqu’à épuisement total de son capital de fertilité); l’environnement (pas de pollution des aquifères par des excès graves d’engrais).

La méthode est ensuite illustrée en rappelant l’application qui en avait été faite dans les années 87, au cas particulier de la betterave à sucre dans les Doukkala. Dans ce périmètre de la côte Atlantique caractérisé par des sols globalement riches en P et pauvres en K, une eau d’irrigation salée (EC = 1.45 mmhos/cm), la formule retenue était du 8-10-26S, quelque peu ajustée expérimentalement en l’an 2000 pour devenir du  9-10-30S.

Introduction

D’habitude, pour mettre au point des formules d’engrais de fond, c’est l’expérimentation au champ qui est utilisée. L’approche consiste à mettre en place un réseau d’essais organisé selon le principe fondamental du respect de la double variabilité liée à l’effet milieu et à l’effet année. En d’autres termes, les essais doivent être:

  •  suffisamment nombreux pour représenter l’hétérogénéité agro-pédologique du milieu concerné par le projet;
  •  répétés durant un nombre minimum d’années afin d’intégrer la variabilité liée au climat, particulièrement en zones d’agriculture pluviale.

Selon les cas, les essais peuvent être de types simples (dose croissante de N, P et K), plurifactoriels (NxP; NxK; PxK; NxPxK), multi-locaux annuels, de moyenne ou de longue durée.

La recommandation pour la fabrication de la formule d’engrais est ensuite tirée après synthèse approfondie des courbes (parfois des surfaces) de réponse, obtenues en utilisant les outils agronomiques et statistiques appropriés. L’engrais proposé est le plus souvent un ternaire N-P-K. Mais dans certaines circonstances, il peut être un binaire sans potasse N-P-0 (pour sols riches en K), un binaire sans phosphore N-0-K (pour sols riches en P) ou encore un binaire sans azote 0-N-P (pour sols où un apport de N au semis n’est pas jugé nécessaire).

Dans les pays en développement, les budgets alloués à la recherche ne sont pas toujours compatibles avec les coûts élevés de mise en place et d’entretien de réseaux d’essais performants. C’est l’une des raisons pour lesquelles il n’y a pas eu de progrès substantiel sur les grandes formules d’engrais de fond au Maroc, depuis plus d’un quart de siècle.

Le but de ce bulletin est de proposer une nouvelle approche pour mettre au point des formules d’engrais de fond alliant enquête agronomique au champ, chez des agriculteurs de référence, analyses de terre, de plantes et éventuellement des eaux d’irrigation.