L’oignon

L’oignon

Plante et importance de la culture au Maroc

L’oignon (Allium cepa), est une plante bisannuelle de la famille des Alliacées. Il est originaire de l’Asie du Sud. La partie consommée est le bulbe. L’oignon figure parmi les principales cultures maraîchères dans plusieurs continents; en effet la production mondiale actuelle est d’environ 16 millions de tonnes de bulbes pour une superficie annuelle, de l’ordre de 1,5 millions d’hectares.

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Depuis 1984 et jusqu’à présent, les superficies marocaines réservées au maraîchage de saison s’élève à 180-200 mille ha, avec environ 10 % occupés par la culture d’oignon qui se situe ainsi après la pomme de terre (24%) et le melon-pastèque (21%) et devant la tomate (8%) et la carotte (5%). La production nationale totale en bulbes est de 300.000 à 400.000 tonnes/an soit un rendement moyen variant entre 18 et 21 T/ha.

La valeur nutritive du légume est élevée (Protéines 1,4%, Lipides 0,2%, Glucides 10%, Hydrates de carbone 4 à 18%, énergie 40 à 49 calories/100 g PF, vitamines B1, B2, C). Les utilisations médicinales de l’oignon sont nombreuses: c’est un appétitif et facilitant la digestion, un aliment énergétique et de soutien, un anti-diabétique, un antiseptique et vermifuge, facteur tonique (vasodilatation des artères sanguines), diurétique et anti-rhumatismal puissant.

Exigences édapho-climatiques de la culture

La bulbaison est amorcée lorsque la photopériode dépasse un seuil critique (fonction de la variété) de 10 à 13 heures/jour pour les cultivars à jour court et 14 heures/jour pour les variétés à jour long. La montée à graine “bolting”, correspondant à l’émission d’hampe florale, se fait en général sur bulbe de taille moyenne dépassant 20 à 25 mm, à des températures relativement basses (moins de 10°C). Un bulbe en phase juvénile (diamètre <17 mm) ne peut monter à fleur même sous des températures très froides. Les variétés à “jour long” répondent relativement avec rapidité à la montée en graine, sous le froid (4 à 10°C), par rapport aux cultivars à “jour court”. Le bulbe entre en dormance à des températures basses (-1 à 4°C) ou élevées (> 20°C). Une humidité relative de l’air élevée (>70%) favorise l’enracinement du bulbe récolté et réduit ainsi sa qualité. L’optimale de germination a lieu à une température de l’air entre 23° et 27°C (initiation du processus entre 2 et 3°C). L’optimum de croissance se situe entre 20 et 24°C de l’air (minimum: 8°C; maximum: 30°C) et entre 10 à 30° C du sol. La culture résiste au froid jusqu’à -5 à -10°C pour le feuillage et au seuil de -15°C pour le bulbe. La vernalisation ou la levée de dormance, suivie d’une montée en graine, est provoquée par les basses températures (4 à 10°C) durant une longue période (4 à 8 semaines).

La plante est très exigeante en lumière surtout au stade “plantule”. La bulbaison nécessite normalement un minimum de 10 heures de lumière par jour (caractère variétal). Une humidité de l’air excessive (> 70% HR) peut entraîner une recrudescence de maladies cryptogamiques redoutables (mildiou). La germination est moins exigeante en eau que la croissance; en effet 75% des graines peuvent émerger dans un milieu très sec (humidité du sol proche du point de flétrissement). L’optimum se situe au voisinage de la capacité au champ du sol. La culture n’est pas exigeante en sols, à l’exception d’une texture argileuse pauvre en humus (contraintes d’adhésivité et de plasticité des argiles), alors que les sols sablo-limoneux bien fertilisés favorisent la précocité en plus de l’amélioration de la productivité. Le pH convenable est proche de la neutralité (6,5 à 7,8). La salinité maximale tolérable est de 1,2 mmhos/cm.

Variétés, semis, plantation et travail de sol

Les variétés connues au Maroc sont la rouge des Doukkala et la jaune de Valence. Il faut faire attention au choix des variétés en évitant d’importer des variétés de jours longs qui nécessitent plus de 15-16 heures pour leur bulbaison; cette durée de jour n’est pas commune au Maroc; il faut plutôt choisir des variétés dont la photopériode critique est faible. Puisque l’oignon est une plante de jour long pour sa bulbaison, il suffit de dépasser la longueur de jour critique pour que le bulbe se forme, sinon, on n’aura que de la végétation. La faculté germinative des graines se perd facilement si l’emballage des semences n’est pas hermétique. Il ne faut acheter que la semence d’une maison connue, avec l’emballage propre de la maison et de la variété. Le semis se fait en pépinière. Le substrat peut être constitué en terreau (60%) + tourbe (10%), en sable d’oued (15%) et en terre de jachère (15%), à raison environ de 20 l de mélange/m². La dose de semis est de 12,5 g/m². On procède ensuite à la confection des planches de semis. On couvre ces planches par le substrat fabriqué. Le peuplement adopté est de 200-250 mille pieds/ha. Après deux à 3 mois en pépinière, les plantules sont soigneusement arrachées (après humectation copieuse du sol) et sont transportées sur la parcelle destinée à la plantation. Cette parcelle doit être bien préparée (labourée, nivelée, roulée et billonnée). La plantation est effectuée aux arrangements de 60 cm x 3 cm. On peut confectionner des cuvettes à 4 ou 5 lignes, écartées de 30 cm. On laisse 3 à 7 cm entre plantes sur la ligne. On laisse également des passages de 50-60 cm entre cuvettes. Le travail de sol doit être profond afin de faciliter le grossissement des bulbes. Les lignes doivent être assez espacées entre elles afin de pouvoir faire le buttage. Le billonnage est ainsi préféré à la cuvette.

Irrigation

En général, la culture demande une bonne répartition des apports d’eau: (1) les variétés précoces exigent un volume d’eau total de l’ordre de 400 mm/cycle productif; (2) les variétés tardives en ont besoin d’environ 600 mm/cycle. L’irrigation peut être pilotée par le bac classe A; on prend comme coefficient cultural 0,5-0,8 durant la période de transplantation-début grossissement du bulbe; 1 pour la période de grossissement du bulbe et on arrête l’irrigation durant la période proche de la maturité-récolte.

Fertilisation

La formule de fond est de 80-70-150 kg/ha, respectivement de N, P2O5 et K2O. La formule globale est de 250-100-350 kg/ha. La différence étant la fumure de couverture. L’azote peut être apporté sous forme d’ammonitrate, P sous forme de supertriple et K sous forme de sulfate de potasse. On conseille la localisation manuelle des engrais au milieu de la raie. On peut faire jusqu’à 5 fractionnements de N et de K. L’apport de soufre est important pour l’oignon de conservation. L’élément S aide à la bonne conservation des bulbes.

Lutte phytosanitaire

Les principaux ennemis de la culture sont les thrips, la mineuse, les vers gris et blanc, le mildiou, les nématodes, les désordres physiologiques (bulbe creux, brunissement apical). On traite avec différentes matières actives selon l’anomalie. On utilise souvent le Mancozebe (0,4 à 1 g/m²), l’Hymexazol (4 cc/m²), au Ripost (Oxadixyl + Mancozèbe + Cymoxanil, 3,7 Kg/ha), le Manèbe (1,17 Kg/ha), Benomyl (300 g/ha), Methyl Parathion (530 g/ha), Pyrimicarbe (1,53 Kg/ha), Dicofol (1,35 l/ha) et PELT 44 (m.a Methylthiophanate 1,5 l/ha). Ces traitements peuvent être préventifs (le mieux) ou curatifs (en cas d’infestation).

Récolte et conservation

Avant la récolte de l’oignon de conservation (gros bulbes de couleur), on applique un désherbant et un inhibiteur de germination et de croissance sur le feuillage afin de provoquer la sénescence des feuilles. On arrête l’irrigation un mois avant l’arrachage des plants et on procède au ressuyage des bulbes en exposant les plants arrachés au soleil pendant un à deux mois (on laisse les plantes arrachées à leur place le long du billon). Il faut prendre soin de ces bulbes en les retournant. Afin de pouvoir conditionner les bulbes en buttes, il faut les laisser munis de leurs feuilles. Les meilleures conditions de conservation sont: (1) 0°C et 95% HR ou (2) plus de 30°C et atmosphère sèche (jamais entre 7 et 28°C, à une forte humidité relative).