Mise au point de formules d’engrais de fond: Application à la betterave sucrière dans les Doukkala

Performances et limites de la méthode

Les Doukkala ont été l’un des rares périmètres irrigués, où la fertilisation sur betterave a fait l’objet d’une expérimentation soutenue après la vulgarisation de la nouvelle formule d’engrais de fond en 1987, avec un premier programme d’essais financé par les Sucreries de la région de 1990 à 1994, relayé par un second financé par la Banque Mondiale (Projet de Soutien au Développement Agricole, de 1997 à 2000).

Une concordance remarquable est apparue entre les résultats de la présente méthode et la méthode expérimentale qui fait appel à la réponse à NPK au champ:

  • dose optimale moyenne d’azote fixée en 1987 à 270 U/ha contre 200 à 300 U/ha au terme de dix années d’essais.
  • réponse positive probable à K prévue dans 66 % des sols (Figure 2) contre réponse effective dans 62 % dans les essais;
  •  réponse peu probable à P contre non réponse dans 9 essais sur 10; quoi que la norme utilisée en 1987 pour interpréter le P Olsen soit un peu élevée pour avoir été empruntée aux agrumes, faute de mieux: 20 ppm contre 12 ppm établis par voie expérimentale.

Pour l’engrais de fond qui nous intéresse ici, la formule moyenne préconisée pour le périmètre au terme de ces expérimentations a été pratiquement la même, soit:

8 qx/ha de 8,75-10-30S
pour un rendement de 80 t/ha

En l’an 2000, le CTRB a cependant constaté que l’enfouissement obligatoire des «verts», pris comme hypothèse en 1987, pour diminuer la potasse dans l’engrais de fond, était un objectif difficile à tenir. Confronté à une insuffisance cruciale de rentabilité de son activité, souvent l’agriculteur préfère vendre ces sous produits, ce qui lui permet d’améliorer son revenu de 2000 à 3000 Dh/ha. D’où une nouvelle recommandation plus modérée de n’enfouir qu’une partie des feuilles et collets, quitte à majorer la fumure d’un complément de 2qx/ha de sulfate de potasse en couverture.

L’autre moyen pratique d’évaluer l’apport de la méthode sur le terrain est fourni par la figure 3, qui montre le rétablissement spectaculaire constaté sur la richesse en sucre dans le périmètre (branche ascendante de la courbe), après la vulgarisation de la nouvelle formule d’engrais de fond en 1987.

Même si ce résultat ne peut être interprété comme une corrélation de cause à effet, on ne peut s’empêcher de le relier au changement apporté à l’engrais de fond, en particulier à l’amélioration de la dose de potasse, dont l’impact positif sur la qualité a été démontré expérimentalement par la suite au champ à grande échelle.

Le cas de l’azote de couverture

Dans les Doukkala, comme dans beaucoup d’autres périmètres irrigués au Maroc, l’eau de la nappe est utilisée en l’état à la fois comme eau potable, de contact alimentaire, de lavage, d’irrigation,…Par conséquent, l’excès d’azote est non seulement un gaspillage de ressources mais une source de pollution diffuse des aquifères.

Aujourd’hui, on sait que des rendements objectifs de 14 t/ha de sucre extractible, sont réalisables avec seulement 200-300 U/ha d’azote (et non 400 ou 500 U/ha utilisés auparavant), à la condition près d’apporter une forte dose de potasse.

Des progrès encore meilleurs sur la dose d’azote ne sont pas impossibles, en diminuant davantage les risques de pertes par lixiviation. D’importants sujets de recherche, élémentaires d’apparence, en relation directe avec ces risques de lixiviation, n’ont pas été abordés jusqu’ici dans les Doukkala, tels celui d’éviter de faire coïncider l’application de l’azote avec les épisodes très pluvieux, de localiser l’engrais à un endroit précis autour de la racine, ou encore de savoir -dans le gravitaire ou l’aspersion mal contrôlée- si c’est l’azote qui doit être appliqué avant l’eau, ou l’eau avant l’azote.

D’après une réunion toute récente de mise au point sur la betterave dans les Doukkala, des cas de non conformité avec les nouvelles directives sur l’azote semblent encore subsister dans le périmètre. Mais il n’y a pas eu d’étude pour déterminer s’ils sont liés à des problèmes objectifs non encore résolus par la recherche où à l’inefficacité du programme de vulgarisation mis en place.

Quoi qu’il en soit, une solution définitive à l’usage abusif d’azote, n’est réellement possible, que si cet élément est traité comme un fertilisant et non comme une panacée aux effets pervers du non respect des autres techniques culturales.

Du fait de son caractère mélassigène, l’azote ne peut être utilisé de façon malveillante pour corriger le déficit du peuplement comme on en recommande pour rattraper le faible peuplement pieds d’un blé, ni comme correcteur de champs de betterave fortement affaiblis par la concurrence des mauvaises herbes, faute de n’avoir pas été désherbé à temps.

L’azote n’est pas non plus la solution à la mauvaise conduite de l’irrigation (chaque fois que le feuillage jaunit par suite d’un excès d’eau, on rajoute l’azote pour faire reverdir la plante).

D’où la nécessité d’une maîtrise d’ensemble du schéma directeur de conduite de la betterave afin de réduire le rôle de l’azote à celui d’un simple fertilisant, y compris chez la catégorie des retardataires, des récidivistes, voire des irréductibles.