Le croisement au service de la production ovine

L’augmentation de la productivité des ovins peut être accomplie en agissant sur ses différentes composantes, dont la croissance des agneaux et la prolificité des brebis. Celles-ci peuvent être améliorées génétiquement par sélection ou par croisement. Cette deuxième méthode semble plus intéressante car elle donne des résultats rapides et peut être utilisée au niveau de l’exploitation.

Principe

Le croisement est l’accouplement d’un mâle et d’une femelle de races différentes. L’objectif du croisement est l’amélioration des performances des animaux en profitant de la complémentarité entre les races et des effets d’hétérosis.

L’hétérosis est la supériorité des animaux croisés par rapport à la moyenne des races parentales. On distingue l’hétérosis individuel (supériorité de l’individu croisé) et l’hétérosis maternel (supériorité due à l’utilisation de mères croisées). L’hétérosis varie d’un croisement à l’autre. Plus les races croisées sont génétiquement distantes, plus l’hétérosis est élevé. Il varie également d’un caractère à l’autre.

L’hétérosis est plus élevé pour les caractères de reproduction et d’adaptation (viabilité) que pour les caractères de production ou de qualité (Tableau 1) (voir fichier pdf). Plusieurs types de croisements sont connus: croisement d’absorption, croisement terminal (industriel ou à étage), croisement alternatif, etc.

Dans ce bulletin, on se limitera aux croisements les plus utilisés pour l’amélioration de la productivité chez les ovins, à savoir le croisement terminal (industriel ou à étage) et le croisement de métissage.

Croisement terminal

Le croisement terminal est l’accouplement de deux ou de trois races différentes pour la production des agneaux qui sont tous destinés à la boucherie. Il est communément appelé croisement industriel lorsqu’il inclut deux races et croisement à double étage lorsqu’il inclut trois races.

Croisement industriel

Le croisement industriel ou commercial consiste à croiser des béliers de races à viande à des brebis de races locales. Les produits sont tous destinés à la boucherie. Dans ce croisement, le bélier apporte sa vitesse de croissance rapide, sa bonne conformation et son excellente qualité de carcasse, alors que la brebis apporte essentiellement sa rusticité, sa bonne résistance aux maladies et sa production laitière. Ce qui permet de produire des agneaux de boucherie de très bonne qualité.

Plusieurs races à viande sont disponibles au Maroc pour le croisement industriel. Il s’agit des races Ile de France, Mérinos Précoce, Lacaune viande, Caussenard du Lot, Noir de Velay, Berrichon du Cher et Suffolk. Toutefois, les plus utilisées par les éleveurs sont les races Ile de France et Mérinos Précoce et, dans une moindre mesure, la race Lacaune. Les autres races sont très peu utilisées. Les races locales utilisées comme support femelle sont Timahdite, Béni Guil, Sardi, Boujaâd et D’man. Cependant, c’est la race Timahdite qui est la plus utilisée pour le croisement industriel.

À partir d’un essai de croisement industriel entre les béliers de races Ile de France, Mérinos Précoce et Suffolk et les brebis de races locales Timahdite, Béni Guil et Sardi, qui a duré trois ans, les principales conclusions qui ont pu être tirées sont les suivantes (Boujenane et al., 1996a,b et 1998):

  • Les brebis de races locales impliquées dans le croisement industriel ont réalisé une productivité supérieure à celle des brebis conduites en race pure.
  • La production laitière des brebis de races locales est suffisante pour l’alimentation correcte de leurs agneaux pendant le 1er mois de lactation. Toutefois, il est impératif de supplémenter les agneaux croisés à partir du 2ème mois.
  • Les agneaux issus du croisement industriel ont réalisé des performances à l’engraissement et des caractéristiques de carcasses supérieures à celles des agneaux de races pures.
  • Parmi les races à viande étudiées, la race Ile de France a donné les meilleures productions en croisement avec les trois races locales.

La majorité des croisements industriels qui sont adoptés à l’échelle nationale utilisent comme support femelle des brebis de races Timahdite, Béni Guil, Sardi et Boujaâd. Les brebis de race D’man sont rarement utilisées. En effet, ces dernières ont une taille de portée à la naissance qui varie de 1 à 7 agneaux par agnelage, avec 34,6% de simples, 45,5% de doubles, 16,1% de triples et 4,7% de quadruples et plus (Boujenane, 1996).

Lorsque les brebis de race D’man sont utilisées dans un croisement industriel, leur taille de portée à la naissance reste toujours élevée car c’est un caractère de la brebis qui n’est pas influencée par la race du bélier. Ce qui fait que les agneaux nés sont chétifs et petits et souvent non viables. Ceux qui arrivent à vivre ont des poids faibles et une mauvaise conformation malgré qu’ils soient issus de béliers de races à viande. Leur prix sur le marché n’est pas très encourageant pour les éleveurs.

Ainsi, pour tirer profit de la haute prolificité et des autres caractères de reproduction de la race D’man (l’âge à la puberté précoce et la longue saison sexuelle), il serait utile de l’utiliser en croisement avec les autres races locales pour produire des brebis croisées possédant des niveaux différents du sang D’man et par conséquent des taux de prolificité variables qui conviendraient à chaque type de conduite. Ces brebis croisées peuvent être utilisées dans un croisement à double étage et dans des systèmes d’agnelages accélérés.