Plan National Oléicole: Les axes d’intervention et le plan d’action 1998-2010

Diagnostic du secteur

INTRODUCTION

L’olivier constitue la principale espèce fruitière plantée au Maroc, avec environ 500.000 ha. Cette espèce est présente à travers l’ensemble du territoire national en raison de ses capacités d’adaptation à tous les étages bioclimatiques, allant des zones de montagne aux zones arides et sahariennes. Elle assure, de ce fait, des fonctions multiples de lutte contre l’érosion, de valorisation des terres agricoles et de fixation des populations dans les zones marginales.

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Pour ces considérations, l’oléiculture nationale assure une activité agricole intense permettant de générer plus de 11 Millions de journées de travail par an, soit l’équivalent de 55.000 emplois permanents, et de garantir l’approvisionnement d’unités industrielles et traditionnelles de trituration d’olives (respectivement 260 et 16.000), d’une part, et d’une cinquantaine de conserveries d’olive, d’autre part.

De surcroît, la production d’huile d’olive (48.000 T) contribue à combler en partie notre déficit en matière d’huiles alimentaires et à réduire par conséquent notre dépendance vis à vis du marché extérieur (environ 330.000 T d’équivalent huiles de graines ont été importées en 1996 pour une valeur de 1,8 Milliard de Dirhams).

DIAGNOSTIC DU SECTEUR

En dépit des potentialités que recèle le secteur, le diagnostic de la situation actuelle montre que les niveaux de production réalisés sont encore très modestes et ne valorisent que partiellement les atouts dont dispose notre pays en la matière. En effet, les rendements moyens actuels ne représentent que 12% en bour et 26% en irrigué des rendements potentiels obtenus au niveau des stations expérimentales, comme illustré par le tableau 1.

Cette situation résulte des effets négatifs engendrés par des contraintes liées aux incertitudes des conditions climatiques, à la complexité des statuts juridiques des terres agricoles, à la dispersion et à l’irrégularité des plantations, au matériel génétique peu performant et aux pratiques culturales peu évoluées.

Contraintes climatiques

La faiblesse des hauteurs pluviométriques enregistrées au niveau de certaines zones oléicoles conjuguée à l’irrégularité inter et intra-annuelle de ces précipitations et à la fréquence élevée du Chergui compromettent l’amélioration de la productivité de l’olivier en zones bour. En zones irriguées, le caractère aléatoire des disponibilités hydriques et la concurrence d’autres cultures font que l’olivier ne reçoit pas les doses d’irrigation requises.

Statut juridique et structures foncières

L’exiguïté prononcée des exploitations (75% des exploitations ont une superficie inférieure à 5 ha) et le morcellement des plantations (6 parcelles en moyenne par exploitation) limitent souvent tout effort visant l’intensification de la culture.

Matériel génétique et diversité variétale

L’oliveraie nationale est constituée pour plus de 96%, par la variété population Picholine marocaine qui, malgré son pouvoir d’adaptation et sa double finalité (production d’huile et de conserves d’olive), présente certains inconvénients, notamment une grande sensibilité à certaines maladies, un fort indice d’alternance de la production et une faible teneur en huile d’olive (18% contre 26 à 30% pour les variétés à huile).

Pratiques culturales

Le caractère polyvalent des exploitations et l’absence de régions spécialisées en oléiculture font que l’olivier est considéré comme une culture en dérobé et par conséquent ne bénéficie pas des interventions appropriées. De plus, la prédominance des plantations irrégulières et la présence des cultures intercalaires ne permettent pas la réalisation des travaux d’entretien dans de bonnes conditions.

Cette situation se trouve aggravée par l’insuffisance des résultats de recherches adaptés aux différentes zones oléicoles et la persistance de contraintes relevées au niveau du transfert de technologie en raison de la faiblesse des actions d’encadrement et de vulgarisation.

Techniques de récolte

La persistance de la pratique du gaulage, technique dominante pour la récolte des olives, est à l’origine de la dépréciation quantitative et qualitative de la production et de la réduction du potentiel productif des arbres.

Collecte et transformation des olives

L’enclavement et l’éloignement des zones de production et l’absence d’organisations professionnelles sont à l’origine des problèmes rencontrés en matière de collecte des olives, d’approvisionnement des unités de transformation en matière première et de technologies d’élaboration des huiles d’olive et des olives de table.

Par ailleurs, la vétusté des équipements des unités industrielles de transformation et la technologie rudimentaire pratiquée au niveau des maâsras engendrent des pertes importantes aussi bien quantitatives que qualitatives, étant donné que 80% de la production oléicole nationale est constituée d’huiles d’olive lampantes qui sont, selon les normes internationales, impropres à la consommation.

Il convient de signaler, à cet égard, l’action menée par l’Etat au début des années 80 avec la construction des centres de collecte d’olive et qui n’a pu atteindre les objectifs escomptés en matière d’intégration de la filière et ce, pour des raisons de financement.

Analyse économique et financière de la filière oléicole

L’étude économique et financière de la filière oléicole fait ressortir les conclusions suivantes:

  • L’analyse financière de la culture oléicole montre qu’elle est rentable, avec un niveau de rentabilité moindre pour la conduite de l’olivier en bour (TRI de 17,55% en irrigué contre 13,08 % en bour).
  • L’analyse de sensibilité sur les prix de vente des olives montre que la culture oléicole conduite en bour est plus sensible à la variation du prix de vente que dans le cas de la conduite en irrigué (le taux de variation des TRI par rapport au cas de base est de -20% en irrigué et -24% en bour).
  • Le seuil de rentabilité financière se situe à un prix de vente des olives de l’ordre de 2,65 Dh/Kg au niveau de la zone irriguée, et 2,93 Dh/Kg au niveau de la zone bour.
  • L’analyse économique de la culture oléicole montre qu’elle est rentable dans les deux zones étudiées et que l’écart de rentabilité entre les deux zones est plus atténué (TRE de 15,32% en irrigué contre 14,33 % en bour).
  • Contrairement au résultat de l’analyse financière, la simulation sur les prix de vente des olives montre que la culture oléicole conduite en bour est économiquement moins sensible que celle conduite en irrigué (le taux de variation des TRE par rapport au cas de base est de -24% en irrigué et -19% en bour).
  • Le seuil de rentabilité économique se situe à un prix de vente des olives de l’ordre de 2,70 Dh/Kg au niveau de la zone irriguée et 2,56 Dh/Kg au niveau de la zone bour.