Eléments d’aide au raisonnement de l’échantillonnage du sol en parcelle agricole

Modalités d’exploitation des résultats d’échantillonnage

La qualité de cette exploitation est en rapport direct avec la performance atteinte par le système utilisé, elle même fonction de l’état d’avancement des recherches sur la fertilisation (au sens large du terme), d’abord à l’échelon national, puis international. D’une manière générale, en matière de modalités d’exploitation des échantillonnages de sol, la recherche scientifique est très en retard sur le besoin de la pratique, même si les agronomes donnent l’impression d’être globalement satisfaits des méthodes sommaires en vigueur.

Pour l’agronome interprétateur (et aussi l’agronome concepteur), l’une des interrogations pertinentes, une fois devant l’ordinateur, est de savoir si la saisie des deux échantillons prélevés (sol et sous sol) est obligatoire pour l’interprétation, en particulier en présence de culture à enracinement profond évoluant dans un profil où la fertilité des divers horizons est un vrai continuum. Même si on sait que l’horizon de surface est plus important au plan nutrition, mais du fait qu’il faut des chiffres, la question est de savoir quel coefficient de pondération réel doit-on lui attribuer?

Le problème se complique encore davantage lorsqu’on considère un bulbe de fertigation avec compartimentation de type 3 x 3 (3 prélèvements latéraux et 3 en profondeur). Une matrice de 9 coefficients différentiels a besoin alors d’être renseignée.

Au Maroc, faute d’éléments de recherche, voici les procédures conventionnelles proposées pour gérer les échantillonnages:

Echantillonnages réalisés en terrain à pédogenèse homogène

Pour un terrain homogène de grande culture, seul l’échantillon de surface est exploité pour l’interprétation, le sous sol n’intervient comme appoint que si l’horizon de surface seul, risque de fausser le diagnostic (horizon sableux pauvre reposant sur un horizon sous jacent fertile, susceptible d’intervenir efficacement dans l’alimentation des cultures).

Pour les vergers d’agrumes et de rosacées fruitières, lorsque le prélèvement est fait horizon par horizon, la richesse est en principe pondérée en fonction de l’épaisseur de l’horizon. Mais là le sujet est moins problématique dans la mesure où c’est le résultats de l’analyse de la feuille (réalisée en principe tous les ans), et non l’analyse de sol qui détermine la décision d’engrais.

Echantillonnages réalisés en terrain à pédogenèse hétérogène

Pour traiter l’échantillonnage d’une grande parcelle hétérogène, la ligne de conduite proposée fait intervenir la possibilité ou non de réaliser un zonage opérationnel, le niveau d’intensification du système de culture et l’intérêt porté à la productivité par rapport aux risques sur l’environnement.

Si les zones échantillonnées sont des zones d’iso teneurs suffisamment grandes pour faire l’objet d’une fertilisation appropriée, celles-ci doivent être traitées comme des sous parcelles. Bien sur, encore faut-il que leur forme géométrique ne soit pas trop biscornue si l’on envisage un épandage mécanique.

Inversement, si l’hétérogénéité se présente en mosaïque, alors l’interprétation doit être nuancée en fonction du compromis recherché entre productivité et risques sur l’environnement:

  • calcul aligné sur le minimum observé, si l’agronome interprétateur privilégie la recherche de la productivité maximale au détriment de l’impact sur l’environnement (excès d’engrais avec risque de pollution, en certains points du milieu, sciemment accepté);
  • calcul aligné sur des critères de dispersion plus modérés comme la moyenne ou la médiane, si l’agronome interprétateur intègre la notion de risque sur l’environnement ou si on est en présence d’un système extensif peu exigeant, pour cause d’aridité, ne justifiant pas la sur-fertilisation partielle du terrain.

Aït Houssa A1., Benbella M.1, Badraoui M.2
1Ecole Nationale d’Agriculture de Meknès
2Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II