Eléments d’aide au raisonnement de l’échantillonnage du sol en parcelle agricole

Périodicité

Pour décider de la périodicité des analyses, il faut faire la distinction entre le groupe de paramètres de fertilité à évolution lente, à moyen ou à long terme, et les paramètres susceptibles d’évolution rapide à une échelle de temps très courte. A moins de les modifier par des apports massifs exogènes de matière (rajout de sable, de chaux, de fumier…), des caractéristiques du sol comme la granulométrie, la capacité d’échange cationique, le calcaire total, le calcaire actif, …évoluent très peu ou pas à une échelle agronomique (de l’ordre d’une ou plusieurs décennies) et n’ont pas besoin d’être déterminées à chaque fois.

Dans les sols suffisamment tamponnés avec des bilans (Apports-Exportations) en éléments minéraux équilibrés et dans les zones arides à productivité faible et aléatoire, P et K n’évoluent pas beaucoup non plus à moyen terme (moins de 5 ans).

Les états de fertilités sont par contre susceptibles d’évolutions plus rapides pour certains éléments comme l’azote en sols sableux peu tamponnés, et en conditions de systèmes de cultures intensifs avec des bilans d’éléments minéraux constamment déséquilibrés (enrichissement ou épuisement permanent). C’est ce qui avait été constaté dans le périmètre irrigué des Doukkala par suite d’utilisation d’engrais de type N-2P-K (14-28-14C, 13-26-13) riches en phosphore et pauvre en potassium. Après 30 ans, il a été constaté que les sols se sont fortement enrichis en P et appauvris en K.

La fertilité du sol vis à vis du P, K, Mg, Ca, est susceptible de changement brutal en cas d’apport massif pour des objectifs de redressement rapide. De même que des changements à courte échéance sont possibles pour des minéraux nocifs comme le chlore (Cl) ou le sodium (Na) en cas d’irrigation avec de l’eau très salée, en particulier en sol lourd et en l’absence de pluie ou d’une gestion appropriée de lixiviation des sels (lessivage).
C’est pour l’azote minéral que d’importantes variations quantitatives dans le sol sont possibles, à des échelles très courtes de temps (de l’ordre de la journée, voire moins), même en l’absence de fertilisation.

D’une manière générale, hormis les prélèvements ponctuels dévoués à des contrôles des états hydriques, d’azote minéral, de salinité,… l’échantillonnage en vue d’une analyse générale destinée à la grande culture et à l’arboriculture fruitière de plein champ, n’est refait que tous les 4 ou 5 ans (3 ans en sol sableux). En zones arides à évolution très lente, il peut même être porté à 8 ou 10 ans.

Les cas particuliers et les cas spéciaux

Dans les terrains en pente, l’échantillonnage classique n’est pas la meilleure procédure pour élaborer le conseil de fumure. Le potassium par exemple y est réparti de façon dégressive suivant des lignes d’iso-teneurs (d’égales teneurs) perpendiculaires à la pente: plus on remonte la pente, moins il y a de K dans le sol.

Ceci suggère qu’un échantillonnage adéquat doit faire intervenir, soit un prélèvement en bas de pente avec utilisation de modèles pour estimer la valeur de K pour le reste de la parcelle, soit un prélèvement séparé bande par bande de façon perpendiculaire à la pente (bas, milieu, haut).

La procédure classique avec un seul échantillon composite n’est pas non plus adaptée en cas de très grande parcelle hétérogène (50-100 ha), même s’il s’agit d’une même culture. Elle doit être remplacée par plusieurs échantillons composites prélevés par zone homogène de terrain.

Il existe aussi des cas spéciaux de gestion de fertilisants où d’exploitation de sols où des procédures spéciales sont indispensables pour obtenir un échantillonnage efficace. Dans les systèmes arboricoles et maraîchers, souvent les apports de fumier et d’engrais sont effectués par bande le long des lignes de semis ou de plantation. Ce qui, à terme, crée des niveaux de fertilité par bande très contrastés et oblige au moment de l’échantillonnage, pour mieux caractériser la fertilité, de prélever séparément sur la ligne et entre les lignes. L’interprétation peut ensuite en être effectuée en attribuant un coefficient de pondération à chaque bande, à la manière des méthodes de calcul proposées pour les agrumes, ou de traiter chaque bande à part.

En arboriculture équipée en micro-irrigation, l’échantillonnage du sol doit être effectué dans le bulbe en tenant compte du rayon (r) humecté; souvent il arrive de prélever au centre, à mi-distance r/2 et sur la périphérie.

Si dans la parcelle coexistent arboriculture fruitière conduite en goutte à goutte, sous frondaison, et culture annuelle en agriculture pluviale entre lignes, objectivement l’échantillonnage doit être de type double (l’un dans le bulbe pour les arbres et l’autre entre lignes pour la culture annuelle) et pas forcément réalisé au même moment.

Si les plantations sont réalisées sur butte, il est plus raisonnable, du fait des perturbations causées au sol par les engins de terrassement, de n’effectuer l’échantillonnage qu’une fois la butte définitivement stabilisée.