L’élevage caprin dans la vallée d’Aït Bouguemaz

Conduite alimentaire des troupeaux

Calendrier alimentaire

Le calendrier alimentaire des troupeaux caprin dans la vallée des Aït Bouguemaz se base exclusivement sur les ressources forestières. En effet, la forêt est pâturée presque toute l’année. Les animaux pâturent sur la strate herbacée, suffisamment disponible de mars à septembre.

La forêt apporte également des branches d’arbre et d’arbustes qui sont utilisées d’octobre à février, lorsque la durée du jour est courte. Cette période coïncide avec d’importantes chutes de neige et les troupeaux sont dans ce cas nourris à la chevrerie de branches d’arbres découpées. Ceci se traduit par une chute importante de poids des adultes et des jeunes. Afin de sauvegarder les jeunes chevreaux issus des naissances mazouzi (octobre et septembre), dont la période coïncide avec de mauvaises conditions alimentaires, un très faible apport alimentaire sous forme de grain d’orge auto-produit est distribué à raison de 20 g/jour/chevreau. Des produits tels que le maïs grain et le son sont parfois apportés aux jeunes. Cependant, les éleveurs affirment que des problèmes d’ingestibilité peuvent se produire suite à la non maîtrise des normes de suplémentation. On note à ce niveau que les naissances issues de mise bas principales de mars ne reçoivent aucune supplémentation.

L’exploitation agricole ne contribue pas à l’alimentation des caprins. Par ailleurs, les chaumes en vaine pâture (2 à 3 semaines après la moisson) et la paille ne sont utilisées que par les ovins. En plus, l’orge est réservée aux équidés, aux bovins et aux ovins alors que les caprins ne bénéficient d’aucun type de supplémentation. De même, les résidus après récolte de la vesce et de la lentille ne sont distribués qu’aux ovins. Une très faible quantité de ces produits est distribuée en cas où le troupeau reste en stabulation à cause de la neige.

Les troupeaux caprins situés dans la vallée suivent la même conduite alimentaire; sauf pendant la période hivernale où les animaux pâturent sur les parcours avoisinants pour pouvoir retourner au coucher de soleil. L’ébranchage du chêne vert est fréquemment pratiqué à partir du mois de novembre jusqu’en février pour assurer l’alimentation pendant les longues nuits d’hivers.

La main d’œuvre réservée à l’élevage caprin pour le gardiennage des troupeaux sur les parcours forestiers est généralement familiale. Parfois, les troupeaux de deux éleveurs ou plus sont mélangés et gardés à tour de rôle par les propriétaires pendant une durée d’une à deux semaines.

Dans les élevages en montagne, où les ovins sont associés au cheptel caprin d’octobre à février, la transhumance vers le sud est une pratique courante. Cependant, on constate que cette pratique ne concerne que le troupeau ovin du fait de l’absence de végétation forestière et la disponibilité de la végétation herbacée dans ces régions à climat plus doux durant la période hivernale.

Rations complémentaires distribuées aux adultes de reproduction

L’apport de la complémentation énergétique aux adultes de reproduction pendant la lutte, en fin de gestation ou en début de lactation, est non appliqué quelque soit la sévérité des circonstances alimentaires ou environnementales. Ceci justifie le faible taux de fertilité, de prolificité et la faible croissance des jeunes dont le poids ne dépasse pas 10 kg à 9 mois d’âge.

Rations des animaux d’embouche

L’alimentation des animaux destinés à la vente repose sur les seuls apports des parcours forestiers. En effet, les éleveurs estiment que ces apports sont suffisants pour subvenir aux besoins et peuvent même assurer l’engraissement des animaux, en particulier durant la période de mars à septembre. Quelque soit l’âge des animaux à vendre (9 mois ou de 24 mois), aucun apport alimentaire supplémentaire n’est apporté avant la vente. Cette conduite résulte en un faible poids des chevreaux vendus à l’âge de 24 mois (18 à 20 kg).

L’approvisionnement en aliments

L’orge, le foin de luzerne, le maïs grain et la paille sont principalement produits sur l’exploitation, plus particulièrement celles de la vallée où il y a possibilité d’irrigation. En montagne, on assiste également à la production de l’orge en bour et de la vesce grain. La production de ces aliments est insuffisante pour couvrir les besoins du troupeau bovin et ovin toute l’année. Les éleveurs procèdent à l’acquisition des aliments sur le marché local de Tabant ou des souks hebdomadaires, en particulier l’aliment composé, et parfois l’orge. Toutefois, le troupeau caprin ne bénéficie d’aucun apport en ces aliments, sauf pour la faible quantité d’orge qui est distribuée durant la période de soudure pour les jeunes chevreaux nés en octobre.

Pour les élevages caprins de montagne, une grande difficulté pour s’approvisionner en aliments de bétail est constatée à cause de l’enclavement et de la faible infrastructure routière.

La santé animale

Aucun éleveur caprin ne fait appel aux traitements vétérinaires, qu’ils soient curatifs ou préventifs. Les programmes de prophylaxies qui comportent la vaccination contre l’enterotoxemie et le traitement anti-parsitaire, sont surtout apportés aux bovins et aux ovins. Ce fait explique en partie le taux de mortalité élevé des produits enregistré dans les élevages caprins de montagne qui atteint 40%. Ce taux élevé peut également être attribué à la non pratique d’une supplémentation ciblée aux besoins croissant des chèvres en phases de fin de gestation et de début lactation, surtout pour les mises bas secondaires. Cette supplémentation assure une bonne croissance fœtale d’une part et également une bonne production laitière et par conséquent une bonne croissance des chevreaux allaitants.

D’après les discussions avec les éleveurs, les principales maladies affectant le troupeau caprin, sont la phtiriase, l’infestation par la teigne et la gale.

Les performances zootechniques

La production laitière est généralement destinée à l’autoconsommation et à l’allaitement des chevreaux. Celle-ci peut être estimée pour les meilleures femelles à moins de 0,7 litre/ chèvre/jour dans le cas des mises bas de mars. Au delà de cette période de mise bas, une production inférieure à ce niveau est couramment constatée.