L’élevage caprin dans la vallée d’Aït Bouguemaz

Principales contraintes de l’élevage caprin

L’élevage caprin se heurte à plusieurs contraintes qui réduisent sa productivité, limitent son développement et mettent en péril sa pérennité. Sur la base des discussions avec les éleveurs et de l’analyse des informations prospectées, les contraintes les plus importantes sont présentées ci-après.

Contraintes directes
L’alimentation des troupeaux quasiment basée sur les parcours

La dépendance quasi-totale de l’élevage caprin vis-à-vis des parcours qualifie le calendrier alimentaire de système faiblement diversifié basé exclusivement sur le parcours forestier et hors forêt sans aucun apport de supplémentation, même en période de déficit alimentaire. La productivité de ces parcours est très variable compte tenu des aléas climatiques. On relève une période de soudure d’octobre à février où la production herbacée des parcours est quasiment absente et la production ligneuse des espaces forestiers est faible. Ces problèmes s’accentuent par l’incapacité des éleveurs à apporter une supplémentation pendant cette période, vue la faible production de l’orge grain liée à la SAU limitée, et à l’approvisionnement irrégulier des marchés, les prix trop élevés des aliments concentrés et aussi le faible revenu des éleveurs de caprins. Par ailleurs, vu l’impossibilité d’augmenter la surface des cultures fourragères dans la vallée, les fourrages actuellement produits sont réservés à l’alimentation des ovins et des bovins. S’ajoute à cela le déséquilibre nutritionnel, puisque les aliments protéiques et les sources de minéraux et de vitamines ne sont pas apportés. L’orge, qui est apportée en période de neige à de très faibles quantités, constitue la principale ration des chevreaux pendant plus de 3 mois et reste insuffisante pour satisfaire les besoins de jeunes en croissance.

La mortalité des jeunes élevée

Le taux de mortalité élevé des chevreaux issus des mises bas d’octobre est soulevé comme problème majeur par les éleveurs caprins. Cette situation est attribuée d’une part à l’excès de froid qui suit cette période de naissance, accompagné d’une faible disponibilité de l’offre fourragère sur parcours ou d’apport en aliments concentrés, et d’autre part à l’inexistence de programmes de prophylaxie propres à cette espèce.

La production laitière insuffisante

La faible production laitière des chèvres locales n’assure pas une bonne croissance des chevreaux, même en cas de naissance simple. En effet, la productivité pondérale des chevreaux d’embouche à l’âge de 10 et 24 mois est faible, soit respectivement 10 et 18 kg de poids vif. La faible production laitière, qui est liée au type génétique, est aussi influencée par le facteur alimentaire qui fait défaut au niveau des élevages caprins d’Aït Bouguemaz, surtout en période de lactation.

De faibles performances numériques

Une faiblesse de fertilité et de prolificité liée à l’absence d’une conduite alimentaire appropriée avant les saillies et en fin de gestation. En effet, le manque d’une supplémentation en concentré des femelles reproductrices et des boucs pour améliorer leur aptitude reproductrice est en partie la cause du faible taux de fertilité et de prolificité des femelles.

La Consanguinité élevée

Un taux de consanguinité important a été remarquée suite à l’utilisation de reproducteurs mâles qui sont toujours choisis au sein du propre troupeau; ce qui se traduit par une détérioration des performances génétiques du troupeau. L’utilisation d’un bouc externe pour introduire de nouveaux gènes dans le troupeau est rarement rencontrée. Par ailleurs, les reproducteurs mâles ne sont réformés qu’après plusieurs générations.

Un taux de réforme des adultes faible

Généralement, la réforme se pratique à un âge très avancé. Ceci se répercute négativement sur la productivité du troupeau.

L’âge précoce à la première reproduction

A partir de 6 mois d’âge et suite à la présence des boucs et des jeunes mâles pubères en permanence dans le troupeau, de jeunes chevrettes entrent en reproduction alors que ni leur poids ni leur physiologie ne le permettent. Cette situation, qui se traduit souvent par des avortements et des mortalités post-partum, réduit la productivité du troupeau.

Contraintes indirectes
Main d’œuvre

La non-disponibilité de la main d’œuvre pour l’élevage caprin est soulevée par les éleveurs comme un problème majeur mettant en péril la pérennité de cet élevage, surtout celui conduit en haute altitude. La main d’œuvre familiale qui assurait le gardiennage des troupeaux est en grande partie attirée par les embauches dans le service militaire ou le tourisme.

Contraintes liées à l’insuffisance de l’encadrement technique des élevages

La faible diversification des cultures fourragères (principalement à l’orge), la difficulté d’approvisionnement en aliments de bétail, l’inaccessibilité de la majorité des exploitations en période pluvieuse sont à ce niveau les principales contraintes de l’élevage caprin.

L’enclavement est une contrainte majeure dans les hautes altitudes où le caprin prédomine. Dans ces zones, le réseau routier est rudimentaire et l’accès n’est possible qu’à dos de mulet. Pour cette raison, le choix de la production de viande caprine constitue à court et à moyen terme la voie la plus appropriée pour la valorisation de l’élevage caprin dans ces zones.

Suite à l’absence d’encadrement sanitaire des troupeaux caprins dans la majeure partie de la zone, en particulier dans les zones enclavées, les éleveurs déclarent la présence élevée des maladies parasitaires et infectieuses.