La mouche blanche et le virus des feuilles en cuillère de la tomate (TYLCV)

La lutte chimique

Les produits chimiques qui ont une action de contact, agissent sur la cuticule de l’insecte ou éventuellement sur son système intérieur. Dans ce cas, la mouche blanche doit entrer en contact avec l’insecticide. Ce genre d’insecticide nécessite une couverture totale touchant les endroits préférées (face inférieure des feuilles du bas). Actuellement, la plupart des insecticides utilisés contre la mouche blanche appartiennent à cette catégorie, avec un effet sur les larves et les adultes mais pratiquement sans effet sur les œufs et les pupes.

Un insecticide systémique est absorbé par la plante, véhiculé vers les feuilles et absorbé par les mouches blanches qui sucent la sève. Un insecticide avec un bon pouvoir systémique est distribué d’une manière régulière à travers toute la plante. Par conséquent, il sera ingéré par la mouche blanche se nourrissant de la sève des feuilles, qu’elles se trouvent sur la strate haute ou basse. Certains insecticides systémiques sont plus efficaces quand ils sont appliqués à un stade jeune de la plante. Le transfert aux jeunes feuilles est plus facile et permet de protéger contre les infestations précoces par la mouche blanche.

L’échec des applications insecticides n’est pas nécessairement lié à la qualité du produit ou à un problème de résistance. Il est probable qu’il soit lié à la techni-que d’application, à la période de traitement ou à d’autres facteurs.

Bon nombre de producteurs cherchent une solution miracle lorsqu’il s’agit de combattre les mouches blanches dans leurs cultures sous serre: ils utilisent toute la panoplie d’insecticides possible et ils pensent que le problème est réglé. Malheureusement, la question n’est pas aussi simple. Comme toute autre substance toxique qu’on utilise, les pesticides ne devraient être utilisés qu’en dernier ressort et très prudemment.

Quand les produits chimiques sont utilisés, il est important de respecter la dose, le mode d’action et le stade de l’insecte visé, l’effet secondaire du produit, la période opportune du traitement, la compatibilité du produit avec le mélange utilisé, la qualité de votre matériel de traitement et le sérieux des opérateurs. Enfin, n’oubliez pas d’alterner des insecticides avec différents modes d’action. Bemisia peut vite devenir résistante aux quelques matières actives homologuées au Maroc.

Attention aux problèmes de résistance aux insecticides et aux résidus de pesticides

Depuis la récente introduction du TYLC au Maroc, la réaction de panique des producteurs a favorisé la multiplication des traitements insecticides contre la mouche blanche. Ces derniers, ont parfois dépassé une application insecticide tous les deux jours pendant au moins les deux premiers mois de la culture. Ce n’est certainement pas une bonne nouvelle. Faut-il rappeler qu’avant l’introduction du TYLCV au Maroc, l’adoption de la protection intégrée avait permis de réduire le nombre d’applications insecticides dans certaines exploitations à 5 applications insecticides pour tout le cycle de la tomate (9 mois). Actuellement, le nombre de traitements insecticides dépasse la moyenne de 50 ce qui représente presque 10 fois le nombre d’applications insecticides utilisées auparavant. Heureuse-ment, la plupart de ces traitements sont réalisés durant la phase précédant le début des récoltes.

La multiplication des traitements insecticides peut éliminer les auxiliaires et favoriser l’apparition de nouveaux ravageurs. L’application anarchique des pesticides peut être à l’origine de refoulement des exportations, à cause de problèmes de résidus.

Dans tous les cas, il est certain que l’utilisation abusive des insecticides produira l’effet inverse et conduira très probablement à une résurgence accrue du problème de la mouche blanche au Maroc. Une telle attitude bénéficiera en particulier à l’espèce Bemisia. Cette dernière a développé la résistance à une multitude d’insecticides appartenant à différentes classes chimiques de part le monde. Nos producteurs doivent savoir que l’utilisation anarchique des insecticides contre Bemisia a conduit leurs homologues dans certains pays comme le Soudan ou des pays du proche orient vers l’impasse.

Pour ces raisons, il ne faut appliquer des pesticides qu’en cas de besoin. Ne cherchez surtout pas à obtenir l’absence des mouches blanches (niveau zéro). Cette approche n’est ni économique ni écologique. Elle ne relève certainement pas des pratiques d’une agriculture raisonnée et risque de coûter très cher dans le court terme et surtout dans le moyen et long terme.