La mouche blanche et le virus des feuilles en cuillère de la tomate (TYLCV)

Quelles espèces de mouches blanches en cultures sous serre ?

Les aleurodes, ou “mouches blanches”, appartiennent à l’ordre des hémiptères. La principale caractéristique de cet ordre est l’appareil buccal de type piqueur-suçeur, particulièrement bien adapté à l’extraction de liquides et à la transmission de certaines maladies virales.

La mouche blanche des serres

La mouche blanche des serres, Trialeurodes vaporariorum (Photo 3, voir fichier PDF) est un ravageur de nombreuses cultures sous abri au Maroc (tomate, poivron, courgette, fraisier, haricot,…). T. vaporariorum était communément rencontrée dans nos cultures maraîchères mais était souvent considérée comme ravageur secondaire et par conséquent avait rarement nécessité des interventions insecticides spécifiques. Ceci est probablement lié au fait que l’aleurode des serres était sous contrôle biologique naturel par un certain nombre de prédateurs ou d’insectes parasitoides. Ces auxiliaires étaient rencontrés assez fréquemment dans les cultures sous serre au Maroc.

C’est en fait à partir de 1995, que nous avons constaté des pullulations de la mouche blanche dans certaines serres de tomate dans le Massa. Dans ces cas, nous avons pu vérifier que les exploitations concernées utilisaient un nombre excessif d’applications pesticides et par conséquent les ennemis naturels (Cyrtopeltis sp.) des mouches blanches étaient devenus rares. En 1999, nous avons pu vérifier, dans plusieurs serres, une nette domination de Trialeurodes (parfois plus de 70% de la populations des mouches blanches). Cette situation ne va pas persister pendant longtemps en raison de la multiplication (10 fois plus qu’avant) des traitements insecticides en culture de tomate.

La mouche blanche du coton

L’aleurode du coton (Bemisia tabaci) (Photo 4, voir fichier PDF) concerne beaucoup plus les producteurs maraîchers au Maroc en raison de sa transmission du virus TYLC. Bien qu’elle soit connue au Maroc depuis longtemps, elle était considérée comme ravageur uniquement pour certaines cultures de plein champ, autres que la tomate. Il y a quelques années, Bemisia tabaci était occasionnellement signalée dans les cultures maraîchères dans le Souss. Ces deux dernières années, nous avons observé ses populations s’accroître au dépend de la mouche blanche des serres. Il n’est pas exclu que cette espèce remplacerait dans un avenir proche la niche écologique traditionnellement occupée par l’espèce T. vaporiarum, qui a toujours colonisé nos cultures sous serre mais elle est plus sensible aux insecticides.

Le statut taxonomique de Bemisia est compliqué par une plasticité écologique impressionnante. Il en résulte des modifications anatomiques mais aussi des évolutions comportementales qui ont amené certains producteurs à croire que Bemisia ne cesse de réduire sa taille pour échapper aux barrières mécaniques qu’on lui impose. En fait, plusieurs biotypes ont été décrit et on continuera à en découvrir d’autres. Une manière pour Bemisia de survivre les différentes barrières mécaniques, physique ou chimiques que lui impose l’environnement ou les pratiques agricoles.