La Conduite et le pilotage de l’irrigation goutte à goutte en maraîchage

Durant ces dernières décennies, les zones de productions maraîchères marocaines ont souffert du manque d’eau, dû principalement à la sécheresse et à la sur-exploitation de la nappe phréatique. Cette rareté de l’eau rend presque impossible l’irrigation du maraîchage en sols sablonneux par le système gravitaire, d’où l’intérêt porté sur l’utilisation de l’irrigation localisée (appelée aussi le “goutte à goutte”).

Au Maroc, l’irrigation goutte à goutte des cultures maraîchères a occupé en 2002, une superficie de l’ordre de 20.000 ha dont 17.500 ha en maraîchage d’exportation et 2.500 ha en cultures maraîchères industrielles. Le développement de l’irrigation localisée des cultures maraîchères d’exportation et industrielles a induit une extension de ce type d’irrigation au maraîchage de saison et à la culture du maïs fourrager destiné à l’ensilage.

L’irrigation localisée est caractérisée par un apport d’eau localisé, fréquent et continu utilisant des débits réduits à de faibles pressions. Seule la fraction du sol exploitée par les racines est continuellement humectée. Le réseau d’irrigation (figure 1) (voir fichier pdf) est composé d’une station de tête (figure 2) (voir fichier pdf) qui comprend les systèmes de filtration et d’injection ainsi que des accessoires relatifs à la régulation de pression et à la protection du système, et d’un réseau de distribution. Celui-ci est composé de conduites d’amenée et de secteurs d’irrigation. Chaque secteur est contrôlé par une vanne et comprend des gaines ou des rampes portant des distributeurs. Les rampes sont branchées sur un porte rampe (ou antenne).

Le goutte à goutte permet une économie de l’eau (50 à 70 % par rapport au gravitaire et 30% par rapport à l’aspersion) et une utilisation de la fertigation. Il contribue à une augmentation des rendements, de l’ordre de 20 à 40%, et à l’amélioration de la qualité des productions maraîchères. Ce système de ferti-irrigation localisée assure une meilleure efficience de l’utilisation de l’eau et des engrais entraînant ainsi une réduction des pertes de solutions nutritives par lessivage et par conséquent une diminution de la pollution des nappes phréatiques par les engrais.

Par rapport aux autres systèmes d’irrigation, le goutte à goutte permet une baisse des dépenses en énergie utilisée dans le pompage, une réduction du coût de la main d’œuvre impliquée dans les opérations de l’irrigation et de la fertilisation, et une baisse des quantités d’eau et d’engrais utilisées.

Cet apport d’eau continu et localisé en bande, obtenue par le goutte à goutte en maraîchage, permet une réduction de l’évaporation, une diminution de la percolation de l’eau, une atténuation des effets du vent de chergui (vent chaud et sec) sur la culture, une meilleure conservation de la structure du sol, un accès facile aux parcelles pour la réalisation des différentes opérations culturales, et une réduction des mauvaises herbes. Ce système permet aussi d’exploiter des champs à topographie et configuration irrégulières, des sols lourds qui se fissurent en été, et des sol légers filtrant à forte percolation. La fréquence élevée des arrosages permet une dilution des sels présents dans la solution du sol sous le distributeur et un maintien des sels à la périphérie du bulbe humecté.

Pour une utilisation efficiente de l’irrigation goutte à goutte, on doit maîtriser la technique de conduite d’un réseau d’irrigation bien conçu et correctement installé. Ce mode de conduite doit tenir compte du risque potentiel posé à ce système, à savoir le problème de colmatage ou de bouchage des distributeurs. En effet, le colmatage entraîne une mauvaise répartition de l’eau dans le sol ce qui affecte la croissance et le développement des plantes. D’après des études réalisées au Maroc, plus de 80% des exploitations micro-irriguées souffrent de ce problème.

En vue de lutter préventivement contre ce problème, nous vous proposons dans le présent bulletin des techniques pratiques de conduite et de pilotage de l’irrigation goutte à goutte. Pour bien illustrer ces techniques, on prendra comme exemple la conduite des irrigations dans une exploitation de tomate industrielle située sur un sol limoneux dans le Gharb.