L’élevage caprin à viande au Maroc: opportunités et perspectives

Aït Bazza: une commune rurale typique du milieu montagnard pastoral

Aït Bazza est située dans la partie montagneuse de la province de Boulemane à une altitude variant entre 1400 et plus de 2000m. La topographie montagneuse couvre 80% du territoire de la commune et le reste constitué de petites vallées.

Aït Bazza est caractérisée par une mosaïque de types de sols. Toutefois, il y a une grande extension des sols minéraux et les sols peu évolués ainsi que les rendzines. Les données de la station d’Imouzzer Marmoucha concluent que l’étage climatique est sub-humide à hiver froid. Les précipitations annuelles moyennes sont estimées à 450mm et la température moyenne à 12°C avec une température des maxima du mois le plus chaud (juillet) de 31°C et une température des minima du mois le plus froid (janvier) de -2°C à Boulemane et de -1°C à Imouzzer Marmoucha.

L’économie rurale de la commune repose sur l’élevage pastoral, avec peu d’agriculture en sec et en irrigué. Le choix de la commune se justifie principalement par l’importance des parcours et de la forêt et la place du caprin dans les systèmes de production de la zone. La superficie totale de la commune est évaluée à environ 25 115 ha dont seulement 3 900 de superficie agricole utile soit 15,5 % alors que les parcours occupent 15 832 ha, la forêt 5 383 ha soit 63% et 21% respectivement. Si on considère les vocations naturelles des territoires, la commune s’apprête à l’élevage de petits ruminants, le caprin en particulier. Selon les données disponibles, en dehors des années de sécheresses des années 1980’s, les effectifs de caprins se situent autour de 5000 têtes avec une moyenne de 5300 au cours de la période 1995 et 2004.

En l’absence de données complètes, précises, et actualisées, les données véhiculées sont sous-estimées avec une tendance à la stabilité des effectifs qui concernent plutôt les chèvres. Selon les données récentes de la DPA de Boulemane, Aït Bazza compte environ 10 000 têtes caprines.

Avec une SAU très limitée, l’agriculture de la commune est essentiellement vivrière dont les produits sont destinés à l’autoconsommation alors que l’élevage constitue la principale source de liquidités pour les exploitants.

En plus des contraintes naturelles et techniques, Aït Bazza connaît des contraintes d’ordre social, notamment (i) la pauvreté de la population limitant sa capacité d’investissement; (ii) le taux élevé d’analphabétisme; iii) l’insuffisance de la formation et de l’encadrement technique; (iv) l’insuffisance des organisations socio-professionnelles et (v) l’absence d’opportunités de mise en valeur et de valorisation des productions. La production agricole est en majorité destinée à l’autoconsommation à l’exception de l’élevage et du maraîchage qui sont en partie vendus au niveau du souk de la zone.

Profils socio-démographiques des éleveurs

Au Maroc, les profils socio-économiques des éleveurs de caprins sont peu étudiés et rarement pris sérieusement en ligne de compte dans les décisions en matière de stratégies du développement de secteur alors qu’ils peuvent être indicatifs de modes établis de pensée, d’attitudes et de comportements. La prise en considération des profils des éleveurs est même nécessaire pour le choix des options et voies d’amélioration à considérer.

D’après l’enquête menée auprès de 70 éleveurs choisis aléatoirement parmi un total de 246 éleveurs avec une couverture de tous les douars de la commune, la moyenne d’age se situe à 48 ans avec 41% des enquêtés ayant moins de 40 ans. La taille moyenne des ménages des éleveurs est de 9 personnes. Le niveau d’instruction s’avère très faible avec 73% des enquêtés n’ayant jamais fréquenté l’école. Seulement 30% des enquêtés adhèrent à un cadre organisé quelconque, dont la moitié sont membres du groupement Marmoucha de l’ANOC.

Tous les enquêtés disposent de terres arables en bour dont les superficies varient entre 1 et 20 ha avec une moyenne de 8 ha. Par contre, deux tiers seulement parmi eux, exploitent des micro parcelles irrigables avec une moyenne d’un hectare éclatée en plusieurs petites parcelles situés dans les lits des oueds. Environ 67% des éleveurs tirent 100% de leur revenu de l’élevage de petits ruminants. Pour les troupeaux ovins, la taille moyenne s’élève à 80 brebis et 50 jeunes (agneaux et agnelles). Pour les caprins, la taille moyenne se situe à 55 chèvres et 35 jeunes (chevreaux et chevrettes). Seuls 8 éleveurs ont des bovins.