L’élevage caprin à viande au Maroc: opportunités et perspectives

Caractérisation du système d’élevage caprin à Aït Bazza

Le système d’élevage caprin de la commune incarne l’essentiel des caractéristiques typiques des systèmes d’élevage caprin les plus répandus en zones de montagne du Maroc telles qu’elles sont définies dans la littérature (conduite extensive, alimentation sur parcours et forêt, place de l’élevage dans l’économie locale, races / populations locales, marchés, taille des troupeaux, nature des contraintes rencontrées, etc.).

Les troupeaux caprins d’Aït Bazza sont constitués de plusieurs populations de taille variable généralement de petite conformation. Le nombre de populations caprines locales signalées par les éleveurs s’élève à 10 témoignant ainsi d’une forte diversité génétique avec prédominance de la noire (pour plus de détails sur ce volet, voir bulletin 2).

Le mode d’alimentation le plus pratiqué est l’alternance entre les pâturages de montagne d’Adrar où prédominent le buplèvre épineux (Bupleurum spinosum L.) et l’alysson épineux (Alyssum spinosum), [airbaz et ifessi respectivement] pour la période estivale en particulier et les forêts à chêne vert (Quercus ilex) [kerrouch ou akhlij], et genévrier oxycèdre (Juniperus oxycedrus) [taqqa] durant le reste de l’année. Certains éleveurs sont installés en milieu forestier toute l’année. D’autres éleveurs gardent leurs troupeaux dans la steppe d’Azinos avec Stipa tenacissima. La complémentation, tout particulièrement durant la période de neiges, est pratiquée par plus de 70% des éleveurs mais les quantités s’avèrent très faibles.

La reproduction est caractérisée par la présence permanente des boucs dans le troupeau, ainsi les saillies sont incontrôlables, la consanguinité est très répandue et les chevrettages sont répartis sur toute l’année. La prophylaxie est peu pratiquée. Les principales contraintes signalées par les enquêtés concernent les taux élevés d’avortement et de mortalité de jeunes.

Les niveaux de production du lait de chèvre se situent entre 0,1 à 0,5 l par chèvre / jour avec 80% des éleveurs rapportant des quantités entre 0,21 et 0,50 l. La période de lactation la plus indiquée est Avril–Juin. Toute la production est autoconsommée soit fraîche soit transformée en produis spéciaux. L’autoconsommation des caprins est reconnue par 63% des cas.

La viande caprine en général, celle du chevreau en particulier, vient en tête des préférences par 64% des éleveurs. Un éleveur sur deux recoure à l’abattage de brebis pour célébrer la fête Al Adha parce qu’elles donnent plus de viande et plus de gras et dont les prix sont abordables.

L’élevage de caprin local à viande est principalement une opération familiale. Plus de trois quart des 70 éleveurs enquêtés rapportent que toutes les taches requises pour l’élevage, notamment le gardiennage, l’abreuvement, l’alimentation, le nettoyage des locaux, la commercialisation, les soins, et la traite sont réalisées par différents membres familiaux, les fils en particulier. Environ 24% des éleveurs reconnaissent recourir aux services de bergers soit en famille ou tout simplement de jeunes bergers s’acquittant seulement de la tache du gardiennage. La traite des chèvres est une activité exclusivement féminine qu’elle soit l’épouse, la mère, la fille ou la belle fille de l’éleveur ou un membre féminin de la famille du berger.