Alternatives au Bromure de Méthyle dans la désinfection du sol en culture de tomate sous serre

La production annuelle mondiale de bromure de méthyle a été estimée à 76.000 tonnes dont 70% sont utilisées dans la désinfection des sols contre les parasites et ravageurs des plantes, notamment les nématodes, les champignons et les mauvaises herbes. Le reste est destiné à la désinsectisation des locaux de stockage de produits agricoles, des infrastructures industrielles et aux traitements des marchandises contre les maladies et ravageurs de quarantaine.

Au niveau mondial, 41% de la production de bromure de méthyle est consommée aux Etats Unis et au Canada, 26 % en Europe, 24% en Asie et en Amérique du Sud et 9% en Afrique.

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Le bromure de méthyle devait aussi se révéler un redoutable destructeur de la couche d’ozone d’où la nécessité de proscrire son utilisation. En effet, Il a été démontré qu’entre 30 et 85% de la quantité totale appliquée au sol (soit 58.000 tonnes environ en 1992) atteignent l’atmosphère. Malgré les enjeux économiques que pose l’élimination du bromure de méthyle, ses risques écologiques imposent la recherche d’autres alternatives pour la désinfection des sols.

Protocole de Montréal

Le 22 mars 1985, les gouvernements de plusieurs pays se sont engagés, à travers la Convention de Vienne, pour une action concertée en vue de protéger la couche d’ozone. Le 22 septembre 1987 fut adopté le Protocole de Montréal qui consacre l’accord des parties sur des mesures conjointes permettant l’élimination de substances destructrices de la couche d’ozone. Depuis cette date, le Protocole de Montréal a été révisé et amendé lors des rencontres officielles de Londres (1990), de Copenhague (1992), de Vienne (1995) et de Montréal (1997) et un fonds multilatéral a été mis en place pour assister les pays en développement (dits de l’article 5) pour financer les mesures permettant de l’appliquer.

C’est à la quatrième réunion des signataires du Protocole de Montréal à Copenhague, en Novembre 1992, que le bromure de méthyle a été retenu sur la liste des substances détruisant la couche d’ozone. Un plan d’élimination totale de ce pesticide a été adopté et une nouvelle réglementation de la consommation du bromure de méthyle a été arrêtée, à la neuvième rencontre à Montréal tenue du 9 au 17 septembre 1997.

Les pays industrialisés ont convenu d’avancer l’élimination graduelle de ce produit pour 2005 et les pays en voie de développement pour 2015 (Tableau 1, voir fichier PDF). Le Royaume du Maroc a ratifié le Protocole de Montréal le 9/11/1992, la Convention de Vienne et les deux Amendements de Londres et Copenhague le 13/12/1995. L’entrée en vigueur de ratification est intervenue le 27/03/1996.

Enjeux économiques

Dès 2005, les pays développés auront éliminé le bromure de méthyle et il y a un risque important qu’après cette date des restrictions commerciales soient imposées aux produits provenant des pays de l’article 5, comme le Maroc, encore utilisateurs de bromure de méthyle. Ce risque est d’autant plus menaçant que les Etats Unis et l’Europe envisagent d’éliminer le bromure de méthyle dès 2004, une année avant la date butoir imposée dans le cadre du Protocole de Montréal.

Ainsi, le délai de grâce accordé aux pays de l’article 5 pour n’éliminer le bromure de méthyle qu’en 2015 risque de se révéler une contrainte aux conséquences économiques importantes si leurs produits traités par ce pesticide de fumigation sont soumis aux barrières commerciales non tarifaires. On comprend dès lors que plusieurs pays d’Amérique Latine (Brésil, Argentine, Mexique, etc.) et du Moyen Orient (Egypte, Jordanie, Syrie, Liban, Turquie, etc.), exportateurs de produits agricoles vers les USA et l’Europe, aient déjà entamé des programmes permettant d’assister leurs producteurs à remplacer le bromure de méthyle dans les plus brefs délais possibles par des alternatives appropriées.

Le Maroc est dans le même cas et n’a de choix que d’entreprendre une stratégie lui permettant d’être en mesure de remplacer très vite le bromure de méthyle par des alternatives efficaces et économiques.