Alternatives au Bromure de Méthyle dans la désinfection du sol en culture de tomate sous serre

Techniques alternatives au bromure de méthyle dans la désinfection du sol

La faisabilité technique et économique des alternatives disponibles dans les conditions marocaines a été évaluée durant les deux campagnes agricoles 1998-99 et 1999-2000, au niveau des principales zones de production de tomate (Souss-Massa et région d’El Jadida). Ces techniques alternatives sont utilisées pour lutter contre les principaux ravageurs et maladies concernés par la désinfection du sol de tomate au bromure de méthyle, en l’occurrence les nématodes à galles Meloidogyne javanica) Ces alternatives ont été évaluées dans le cadre d’un programme de lutte intégrée contre les nématodes à galles par l’usage de deux variétés de tomate, Gabriela et Daniela greffée sur Beaufort, déclarées respectivement résistante et tolérante aux nématodes à galles et sont largement utilisées au niveau national.

La technique actuelle de fumigation consiste à injecter le bromure de méthyle dans le sol à une profondeur de 30 à 60 cm, avant plantation des cultures. Le bromure de méthyle étant un gaz plus lourd que l’air, ce procédé stérilise effectivement le sol jusqu’à 1m de profondeur. Immédiatement après injection, le sol est recouvert de bâches de plastique pour accroître le temps de contact du bromure de méthyle avec le sol (de 24 h à 120 jours, selon la culture). A la fin de la fumigation, 50 à 95% du bromure de méthyle s’est échappé dans l’atmosphère.

Les principales alternatives au bromure de méthyle retenues sont la solarisation, seule ou combinée à d’autres fumigants dont le bromure de méthyle à dose réduite, et le traitement du sol à la vapeur.

La solarisation

La solarisation consiste à couvrir un sol bien travaillé et humide avec un film plastique clair, pendant quelques semaines durant la période la plus chaude de l’année. Cette technique induit une élévation de la température pour atteindre des organismes associés au sol (Tableau 3, voir fichier PDF).

La solarisation a été testée seule pendant 3 à 6 semaines ou combinée avec la fumigation du sol au Métam sodium, au 1,3 Dichloropropène ou au bromure de méthyle à dose réduite (Tableau 4, voir fichier PDF). Ces opérations ont eu lieu au cours de la période estivale juin-juillet-août, pour réaliser des gains importants en température du sol et une durée minimale suffisants pour une désinfection du sol comparable à celle du bromure de méthyle appliqué à la dose homologuée au Maroc (70 g/m2).

L’usage du bromure de méthyle à 30 g/m2, combiné avec un plastique imperméable VIF (Virtually Impermeable Film) ou avec la solarisation, a été retenu et proposé ici comme solution alternative à court terme. L’utilisation du film imperméable réduit les pertes du bromure de méthyle vers l’atmosphère et permet de réduire sa dose en gardant la même efficacité.

Pour chaque alternative retenue, un itinéraire technique est exigé pour induire d’une part les éclosions des œufs et la germination des formes de conservation des champignons et des semences adventices et d’autre part pour maintenir la conductivité thermique et favoriser la dispersion des produits chimiques dans le sol. Les opérations pratiquées avec leurs coûts respectifs pour chaque alternative, sont résumés dans le tableau 4, voir fichier PDF.

Une irrigation jusqu’à la capacité au champ sur un profil de sol de 60 cm est exigée pour assurer la conductivité thermique en profondeur et pouvoir éliminer les nématodes, les champignons et les bactéries pathogènes susceptibles de se conserver en profondeur et constituer une source d’inoculum pour des ré-infestations, juste après les transplantations de tomate.

L’application du Métam sodium doit être faite parle système d’irrigation goutte à goutte. La concentration du Métam sodium dans l’eau d’irrigation doit être d’environ 1%. Après l’application totale du Métam sodium, continuer l’irrigation jusqu’à la dose de 100 m3 par hectare. L’eau d’irrigation va permettre la diffusion du Métam sodium dans le sol. Après cette irrigation, il faut procéder à la couverture du sol avec le film plastique transparent de 40 µ d’épaisseur pour la solarisation.

Le Métam sodium se transforme immédiatement en méthyle isothiocyanate, principe actif de ce produit. Ce métabolite est très toxique et très dangereux. De ce fait, il exigé de procéder au traitement dans des conditions bien aérées, au cours de la période la plus fraîche de la journée (tard dans l’après-midi), pour réduire sa volatilisation et minimiser l’exposition des ouvriers au cours de son application. L’usage d’un masque à gaz etde bottes au cours du traitement est exigé.

L’application du 1,3 Dichloropropène, produit liquide, doit être faite par des injecteurs tractés à une profondeur de 25 cm. Durant l’application de ce pesticide, le sol doit être proche du point de flétrissement pour permettre une bonne diffusion du gaz dans le sol. L’injection totale du produit est suivie par une légère aspersion du sol par l’eau d’irrigation afin de diminuer les pertes du produit vers l’atmosphère. Par la suite, procéder à une irrigation du sol jusqu’à la capacité au champ sur une profondeur de 60 cm puis couvrir avec un film plastique de 40 µ d’épaisseur, pour la solarisation.

Il est à noter que les formulations du 1,3 Dichloro-propène homologuées au Maroc sont très concentrés et corrosives pour le système d’irrigation goutte à goutte. De ce fait, il est vivement recommandé d’introduire la formulation EC, moins corrosive et applicable au sol comme pour le Métam sodium.

Le 1,3 Dichloropropène est aussi un produit très volatil. Les conditions de son application doivent être similaires à celles du Métam sodium.

Le traitement du sol à la vapeur

Il s’agit d’une technique de désinfection du sol dont le principe de base est similaire à celui de la solarisation. Elle consiste en l’élimination des micro-organismes du sol par leur exposition à des températures létales. Cette technique utilise un système de chaudière qui permet de chauffer l’eau à l’état de vapeur et de la propulser sous pression dans le sol (Voir photo, voir fichier PDF). L’itinéraire technique pour ce traitement et les coûts des différentes opérations sont présentés au tableau 4, voir fichier PDF.

Pendant le traitement à la vapeur, le sol doit être complètement sec pour permettre un bonne diffusion de la vapeur à travers le profil du sol.