Techniques d’économie de l’eau d’irrigation à la parcelle aspersion et localisée

Introduction

Dans le cadre de la coopération technique entre le Gouvernement du Maroc et la FAO, un projet est entrepris dans la zone du Loukkos dont l’objectif principal est de mettre au point une méthodologie d’appropriation par les agriculteurs, dans une zone pilote, de techniques et méthodes d’irrigation performantes assurant une bonne maîtrise et une utilisation efficiente de l’eau à la parcelle.

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Ce projet vise l’utilisation efficiente des eaux d’irrigation dans le but de:

• Diminuer les frais relatifs à l’entretien, la maintenance et l’exploitation des réseaux d’irrigation qui pèsent énormément sur le budget de l’Office (énergie, fonctionnement, etc);

• Améliorer le niveau de vie de l’agriculteur;

• Protéger l’environnement.

Les actions qui seront réalisées pour aboutir à ces résultats sont les suivantes:

• Installation d’essais de démonstration chez les agriculteurs de techniques d’irrigation performantes et efficientes;

• Mise au point d’une méthodologie de suivi et d’évaluation participative des performances des techniques proposées et de leurs conditions d’appropriation par les agriculteurs;

• Conduite des actions de formation et de sensibilisation des techniciens et des usagers;

• Réalisation de fiches et supports de formation;

• Echange d’expériences à travers les réseaux nationaux et internationaux.

Les thèmes retenus au titre du projet sont:

• Amélioration des techniques d’irrigation par aspersion;

• Tests et démonstrations de techniques alternatives d’irrigation à la parcelle;

• Amélioration de la conduite et du pilotage des irrigations;

• Gestion participative de l’irrigation et partenariat.

Méthodologie

La zone retenue pour la réalisation du projet est le sous-secteur A du secteur R’Mel. Ce sous-secteur a été retenu pour les raisons suivantes:

• Situation et accessibilité du sous-secteur;

• Ce sous-secteur est considéré comme zone pilote ayant bénéficié de plusieurs actions entreprises par l’Office dans le cadre de la stratégie d’amélioration des performances et de la gestion des équipements d’irrigation, avec le retour à la distribution à la demande.

Douze agriculteurs ont été sélectionnés pour abriter les essais de démonstration, suivant dix critères de choix. La superficie des parcelles de démonstration est de 1 ha pour l’irrigation localisée et toute l’exploitation pour l’aspersion.

Douze parcelles de 1 ha chacune ont été donc équipées, 6 en système d’irrigation localisée (les agriculteurs les mieux notés) avec une station de tête qui a une capacité d’irriguer 6 ha pour permettre à l’agriculteur d’étendre ultérieurement l’installation sur toute l’exploitation, et les six suivants en aspersion avec un matériel de caractéristiques différentes que celui adopté dans le secteur (pluviométrie de 4 mm/ha au lieu de 8 mm/h et 16 asperseurs au lieu de huit) avec deux types de matériaux (PVC traité contre les UV et alliage d’aluminium).

Les premiers résultats

Amélioration de l’aspersion
Objectifs

L’objectif principal de la mise en oeuvre de ce thème consiste à tester d’autres variantes de matériel d’irrigation par aspersion qui permettent une meilleure valorisation de l’eau d’irrigation.

Les équipements concernant l’irrigation par aspersion sont installés. Cette installation a été effectuée au cours du cycle de la culture de pomme de terre ce qui fait que les données obtenues ne peuvent pas être utilisés pour expliquer tous les paramètres.

Diagnostic du matériel existant

Un diagnostic du matériel mobile d’irrigation existant a été effectué. Il a concerné l’état des asperseurs et des tubes en aluminium ainsi que la conduite des irrigations.

Le diagnostic a été effectué par enquête auprès des agriculteurs et par essai au laboratoire du SEEN/AGR. Il a montré que le matériel en place présente des fuites au niveau des tubes et des asperseurs d’une part, et que l’irrigation n’est pas bien conduite au niveau de la parcelle d’autre part.

Paramètres d’irrigation

• Le temps d’arrosage ne doit pas dépasser 3 heures pour les cultures maraîchères et 5 heures pour la canne à sucre, du fait que la réserve facilement utilisable du sol est très faible (ne dépasse pas 16 mm) et la vitesse d’infiltration est très élevée (dépasse 25 cm/h);

• L’irrigation de l’après-midi est déconseillée, vue que la vitesse des vents devient importante, ce qui affecte sérieusement l’uniformité de la répartition de l’eau au niveau du sol.

• Les asperseurs en plastique sont défaillants (se bloquent souvent).

Des essais sur ce matériel sont aussi installés sur arachide pour étudier l’efficience du système.

Test et démonstration de techniques alternatives
Objectifs

L’objectif principal de la mise en oeuvre de ce thème consiste à tester en milieu paysan d’autres techniques d’irrigation alternatives, notamment l’irrigation localisée.

Les différents types de matériel retenus sont:

• La gaine souple (différents modèles);
• Les goutteurs (2l /h et 4 l/h);

Le thème a débuté au mois d’Octobre 1999 avec l’installation du fraisier sous irrigation localisée (deux agriculteurs). Au mois de Janvier, le système a été installé chez quatre agriculteurs pour irriguer la pomme de terre, de Janvier à Avril, et puis l’arachide d’Avril à Septembre.

Diagnostic

Dans le but de la mise en oeuvre des tests chez les agriculteurs, une enquête relative à l’emploi des techniques d’irrigation localisée dans la région a été effectuée afin de connaître la situation actuelle du matériel utilisé par les agriculteurs et faire ainsi le choix des techniques à tester.

Cette enquête a montré que la majorité des agriculteurs utilisent la gaine souple pour les cultures maraîchères. Les goutteurs et les micro-jets sont utilisés par des sociétés privées ou publiques pour l’irrigation des agrumes.

Culture de la pomme de terre

• Les goutteurs de 4 l/h ont permis d’avoir le meilleur rendement, à savoir 68 tonnes/ha en moyenne;

• Une économie d’eau minimale de 50 % par rapport à l’aspersion (3.450 m3/ha pour le localisé contre 6.570 m3/ha pour l’aspersion);

• Une augmentation du rendement de plus de 100 % (68 tonnes par hectare pour les 4 l/h contre en moyenne 33 tonnes à l’hectare pour l’aspersion);

• Une meilleure qualité de la production (calibre et poids);

• Une économie dans les frais d’entretien de la culture: main d’oeuvre, engrais, produits phytosanitaires (6 traitements en localisée contre 8 en aspersion);

• Le remboursement des frais d’investissement relatif au matériel d’irrigation peut se faire en une seule campagne;

• Précocité de la maturité, ce qui permet une vente de la production à un prix élevé.
Une étude économique est en cours pour déterminer avec plus de précision la marge bénéficiaire dégagée par cette technique.

Culture du fraisier

• Une économie d’eau de plus de 60 %(la consommation est inférieure à 5.500 m3/ha pour une durée de neuf mois);

• Un rendement élevé qui dépasse 55 tonnes à l’hectare;

• Une marge bénéficiaire nette qui dépasse 100.000 dh à l’hectare,

• Une précocité dans la production de plus de deux mois (entrée en production à partir du mois de Décembre).

Essais en station expérimentale

Parallèlement aux essais de démonstration en milieu paysan, les essais suivants ont été installés et suivis à la station expérimentale de Sakhsoukh:

• Comparaison des techniques d’irrigation localisée sur la culture de la pomme de terre. Le rendement pour les goutteurs a atteint 72 tonnes/ha.

• Essais d’irrigation localisée sur le melon sous paillage en plastique; la culture est installée en avril 99 et entrera en production en fin Juin 99.

• Comparaison des techniques d’irrigation localisée sur la culture d’arachide; cette essai a été installé en fin Mai 99.

Ces essais permettront d’avoir des références technico-économiques sur les différentes techniques d’irrigation et le choix des techniques performantes à diffuser aux agriculteurs.

De même, il est à noter que la Compagnie Agricole du Lukus (CAL) a déjà installé 56 ha de canne à sucre en irrigation localisée dans le secteur R’Mel. Cet essai fera l’objet d’un suivi en collaboration avec le projet pour obtenir des références quant à l’emploi de cette technique sur la culture de la canne à sucre.

YACOUBI SOUSSANE, M., Chef de division des Etudes,
Administration du Génie Rural (AGR)
MOUMEN, M., Ingénieur Génie Rural et BEKRAOUI, A., Ingénieur Agronome au Service des Expérimentations, des Essais et de la Normalisation (SEEN/AGR)
KHIATI, D., Ingénieur Génie Rural à l’ORMVAL
NAJIH, A., ancien Chef de la Station Oulad Gnaou