L’Agriculture Biologique au Maroc: Situation actuelle et perspectives futures

Aspects techniques et agronomiques

La gestion agronomique des cultures biologiques obéit à des principes qui respectent l’environnement et favorise l’amélioration de la fertilité des sols. Les engrais synthétiques et les pesticides étant interdits, seuls les produits naturels et les techniques non-polluantes sont autorisés. Pour les agriculteurs qui sont habitués à l’utilisation massive des engrais et des pesticides, cette nouvelle donne, peut causer désarroi et confusion au début de l’opération de reconversion, mais une fois cette période dépassée, l’agriculteur s’habitue à un nouveau mode de gestion et apprend progressivement à maîtriser la manipulation des moyens biologiques et physiques pour nourrir et protéger ses cultures.

Les agriculteurs qui se convertissent en bio sont appelés à fournir des efforts considérables pendant la phase de conversion qui dure deux à trois ans. Pendant cette phase, ils doivent entamer non seulement un changement des techniques de production mais aussi un changement dans leurs façons d’agir et de réagir: Les interventions “agressives” contre les ennemis et les parasites doivent être substituées par des interventions “douces” qui privilégient la tolérance à l’éradication totale.

Au niveau de la parcelle, la transition du conventionnel au bio s’accompagne souvent par une diminution des rendements, mais au terme de cette phase les cultures doivent théoriquement retrouver leur potentiel de production. Dans certains cas, cette amélioration n’arrive pas ou tarde à venir, ce qui pousse certains producteurs à qualifier le système bio de peu performant en comparaison avec le conventionnel. Cet argument n’est pas toujours vrai car l’expérience des pays européens et américains a démontré que les rendements en cultures biologiques peuvent atteindre les mêmes niveaux que ceux escomptés dans les cultures non biologiques pourvu que la nutrition et la protection sanitaire soient bien maîtrisées. Même au Maroc, là où la gestion raisonnée a été couplée aux innovations technologiques (micro-irrigation, fertigation, lutte biologique etc) les rendements ont été très importants. C’est le cas par exemple de la tomate où les rendements à l’hectare en culture sous-serre ont atteint 80 tonnes/ha. Pour les autres cultures les rendements restent encore faibles mais ils s’améliorent d’une année à une autre au fur et à mesure que les techniques de production sont mieux maîtrisées.

La fertilisation est probablement l’une des pratiques agronomiques qui posent actuellement le plus de problèmes, surtout pour les cultures maraîchères et fruitières qui ont des exigences nutritionnelles très importantes. La question traditionnellement posée par les débutants c’est comment satisfaire les besoins des cultures sans avoir recours aux engrais minéraux pour atteindre des rendements aussi élevés qu’en cultures conventionnelles. La fertilisation en culture biologique est basée sur l’apport de la matière organique sous forme de fumier, d’engrais verts ou d’engrais naturels tels que la farine des os, les roches minérales ou les algues. Dans les pays développés tous ces moyens sont combinés, alors que dans les pays en voie de développement, notamment au Maroc, la majorité des agriculteurs se contentent du fumier et négligent la pratique des engrais verts et le recours aux engrais naturels autorisés par la réglementation. Cela est peut être dû à la cherté des produits ou simplement à la non-disponibilité de ceux-ci sur le marché. Dans tous les cas, cette négligence explique en grande partie la faiblesse des rendements enregistrés dans certaines exploitations arboricoles et maraîchères.

En matière de protection phytosanitaire, l’agriculteur est appelé à gérer l’état sanitaire de ses cultures sur la base de principes qui interdisent le recours aux pesticides de synthèse. Pour les maladies et ravageurs, il doit utiliser des moyens biologiques et physiques non-polluants. En combinant les mesures préventives avec l’utilisation des auxiliaires et des bio-pesticides à base de végétaux ou de microorganismes (bactéries, champignons, levures), les dégâts causés par la faune pathogène ne sont pas complètement écartés mais ils peuvent être maintenus à des niveaux économiquement acceptables. Quant aux mauvaises herbes, la stratégie suivie en culture biologique consiste à diminuer leur incidence agronomique à travers le désherbage manuel, mécanique ou thermique sans pour autant prôner leur éradication totale en raison des effets bénéfiques qu’elles peuvent exercer sur le sol.

Sur le plan qualitatif, les experts du bio assurent que du point de vue commercial il est pratiquement impossible de distinguer entre les produits biologiques et les produits conventionnels si ce n’est par le label. C’est pour dire que les produits biologiques n’ont rien à envier aux produits conventionnels, lorsque la production est faite selon les règles de l’art.