Amélioration de la productivité des races locales ovines par croisement

Le croisement simple “D’man x Timahdite” permet des performances comparables à l’élevage Timahdite de race pure

Le croisement D’man x Timahdite (1er étage) a permis de sevrer par brebis autant de kilogrammes d’agneaux que l’élevage Timahdite en race pure soit 19,4 vs 20,6 kg. Les agneaux croisés du 1er étage ont réalisé, à tous les âges, une croissance et une viabilité comparable à celle des agneaux Timahdite voire supérieure. Plus encore, durant la phase d’engraissement, les agneaux avec 50% de gènes D’man ont montré une supériorité de +9 g/jour. Ils ont été plus lourds à l’abattage (+1,38 kg) et leur carcasse croît plus vite (+6 g/jour). Le rendement à l’abattage et la surface du muscle longissimus dorsi ont été légèrement supérieurs de +0,7% et +1,0 cm² par rapport aux agneaux Timahdite purs. Mais les agneaux D’man x Timahdite ont déposé plus de gras mésentérique (+40 g) et de couverture (+0,05 mm) dans leur carcasse.

Il apparaît que le croisement D’manxTimahdite n’affecte pas les performances de production des agneaux croisés. De plus, dans les conditions actuelles de commercialisation des agneaux vivants ou en carcasse entière ne pose aucun problème. Ces résultats permettent ainsi de lever les préjugés négatifs relatifs à la commercialisation des agneaux mâles (D’man x Timahdite). Les femelles croisées du 1er étage, étant porteuses de gènes de prolificité, n’auront aussi pas de problèmes car elles seront destinées aux élevages du croisement terminal (2ème étage). Nos résultats sont dès lors en faveur du développement du croisement D’man x Timahdite, pour la production des F1 car ce croisement a donné des performances en croisement intéressantes au niveau du 1er et aussi du 2ème étage.

La race “D’man” prolifique ne permet pas une productivité élevée dans les conditions d’élevage de pâturage

Bien que la race D’man a enregistré une forte prolificité de 2,17 agneaux, significativement supérieure à la race Timahdite de 1,17 agneaux, son utilisation en race pure dans le système d’élevage agro-pastoral a été sérieusement affectée par la faible viabilité des agneaux à 90 jours d’âge (67 vs 87%) et la modeste croissance des agneaux durant la période de pré-sevrage (142 vs 172 g/jour). De même, la productivité de l’élevage D’man pur a été inférieure à celle du croisement à double étage puisqu’elle a sevré seulement 22,53 kg de poids vif, ne reflétant pas ainsi le potentiel réel de la race prolifique D’man.

Pendant la phase d’engraissement, les agneaux D’man ont réalisé une croissance appréciable (196 g/jour) non significativement différente de celle des agneaux Timahdite (209 g/jour). Ce résultat est probablement dû à la croissance compensatrice pendant l’engraissement, particulièrement chez les agneaux nés dans les portées multiples. Durant la période d’allaitement, la croissance des agneaux D’man a été limitée (182 vs 194 g/j) par l’incapacité des mères D’man à subvenir aux besoins nutritionnels de leurs produits issus des portées de plus de deux agneaux.

A l’abattage, les agneaux D’man ont enregistré des performances inférieures de -1,71 kg, -1,0 kg et -8 g/jour, respectivement pour le poids à l’abattage, le poids de carcasse et le gain moyen quotidien de la carcasse. Plus encore, les agneaux D’man, comparés aux agneaux Timahdite, ont déposé significativement plus de gras mésentérique (+110 g) et leur carcasse était moins bien conformée (-0,60 points), moins compacte (-0,79 %), le gigot était plus long (+0,88 cm) et moins rond (-2,56 cm), et la surface de muscle longissimus dorsi a été plus faible de -2,13 cm².

Ces résultats limitent et confirment le faible intérêt de l’utilisation de la race D’man en élevage de race pure dans les conditions de pâturage, notamment dans la région de Rabat et Casablanca où la demande d’une carcasse de qualité est de plus en plus rencontrée. Par conséquent, il semble que la meilleure voie de valorisation de la race prolifique D’man, en dehors de son terroir d’origine, serait son utilisation en croisement avec les femelles de races locales pour la production d’une femelle prolifique (D’man x race locale). Cette dernière, ayant hérité les aptitudes de rusticité de la mère Timahdite, a montré une bonne adaptation dans le système d’élevage de la station El Koudia où les brebis ont été conduites toute l’année au pâturage.