Situations d’élevage bovin laitier au Maroc: Diagnostic et perspectives d’amélioration des performances

Performances et typologie d’étables laitières dans la zone irriguée du Gharb

Un suivi d’élevage couplé à un contrôle des performances ont été menés dans 111 étables du périmètre irrigué du Gharb. Ils se sont focalisés, en accord avec l’esprit d’une démarche de type systémique, sur les pratiques des éleveurs et leurs incidences sur les résultats techniques et économiques. En second lieu, une typologie d’étables a été dressée moyennant le recours à des analyses statistiques multidimensionnelles (analyse en composantes principales et classification ascendante hiérarchique).

Une très large variabilité des résultats d’étables a été observée, tant sur le plan des variables de fonctionnement (alimentation des vaches, reproduction…) que sur les résultats de lactation ou encore de rentabilité par vache. Ceci a renforcé l’idée d’une large gamme de types d’étables qui, même si elles élèvent exclusivement des vaches Holstein et pie-noir, n’en sont pas moins extrêmement diversifiées (Tableau 1)(voir fichier pdf).

Les résultats montrent ainsi que la rentabilité moyenne annuelle par vache n’est que de 1.730 Dh environ. De même, le rendement laitier moyen par vache ne dépasse pas les 2.600 kg, très loin du potentiel génétique exploité (Holstein). Par ailleurs, les ventes de bovins constituent en moyenne 78% des ventes de lait, ce qui montre que dans plusieurs étables, la spécialisation en lait est très réduite et les vaches assument simultanément le rôle de laitières et allaitantes (support à la production de viande).

Le traitement statistique des résultats a permis de distinguer cinq grands groupes de logiques d’élevage qui sont représentés dans la figure 1 (voir fichier pdf).

Le type Grands Troupeaux Laitiers correspond à 4 gros élevages laitiers dont les paramètres de structure (SAU, effectifs en vaches laitières) sont largement supérieurs à la moyenne. La moyenne de production laitière par vache et par an est de 4.588 kg et la marge brute est de 5.702 Dh.

Le type Petits Troupeaux Laitiers peut être considéré comme celui des éleveurs aux moyens de production plus modérés mais qui accordent à l’élevage laitier une place privilégiée dans leur système de production global. Il groupe 31 individus dont les performances atteignent 5.220 kg de lait pour chaque vache en lactation. La rentabilité est de 3.630 Dh par vache. Les limitations en terre et en capitaux empêchent l’extension.

Le type Polyculture-Elevage-Lait en Continu est composé de 22 individus qui se caractérisent par une SAU moyenne de 39 ha et par un troupeau moyen de 8 vaches. Cette classe présente tous les aspects de la diversification des activités aussi bien au niveau de l’élevage que des cultures. Ainsi, un troupeau ovin est présent. Moins de 30% de l’assolement est réservé aux cultures fourragères. Le rendement laitier est de 1.890 kg, très loin des niveaux atteints par les éleveurs spécialisés. La marge brute est de 3.844 Dh par vache. Cette valeur témoigne du poids de la production de viande par le troupeau bovin, considéré à priori comme laitier.

Le type Production Laitière Saisonnière, polyculture-élevage et production laitière saisonnière, est le plus important et il se compose de 43 éleveurs. Ces exploitations se distinguent par l’exiguïté des superficies (4,6 ha en moyenne) et par des troupeaux bovins de 5 vaches en moyenne. La part de l’assolement consacrée aux cultures fourragères est inférieure à 40%. L’alimentation du troupeau est déficiente pendant près de la moitié de l’année, dès que se clôt le cycle du bersim. Il en résulte une livraison de lait très saisonnière, qui s’arrête de juin à novembre. Le rendement laitier par vache est de 740 kg. La marge brute est estimée à 2.075 Dh.

Le type Grands troupeaux à tendance allaitante exploite des vaches croisées (locales x Holstein) menées sur parcours. Il groupe 11 individus qui se caractérisent par une SAU inférieure à 1 ha, mais avec des effectifs en vaches très variables, allant de 3 à 50. Aucune culture fourragère n’est pratiquée, et les éleveurs mènent leur troupeau sur des pâturages tantôt à proximité de leurs lieux de résidence, tantôt sur les pâturages collectifs de la forêt domaniale. La distribution de concentrés se fait de manière très sporadique, à l’occasion de l’engraissement d’un bovin destiné à la commercialisation, ou pour une utilisation marginale du lait produit dans les semaines qui suivent un vêlage. La marge brute par vache est de 1.246 Dh. La productivité en lait par vache est difficilement évaluée (correspond aux quantités de lait autoconsommées, en l’absence de commercialisation) à 250 kg.

Cette typologie confirme qu’en périmètre irrigué, la spécialisation laitière qu’aurait dû induire le recours à la race Holstein est loin de se concrétiser. L’émergence d’un système d’élevage bovin de type mixte et non pas “laitier intensif“ est évidente. Dans un certain nombre d’exploitations, ce mode de production joue de la complémentarité entre agriculture et élevage. Les élevages concernés, les plus nombreux comme on l’a vu, réclament donc une aide et des conseils spécifiques pour gérer au mieux cet équilibre lait/viande qui est véritablement la marque de ces systèmes qui pour survivre doivent être d’une grande adaptabilité. Rien ne s’oppose à ce que les élevages laitiers intensifs spécialisés et les élevages mixtes associés à l’agriculture se partagent harmonieusement l’espace agraire et les aides.