Situations d’élevage bovin laitier au Maroc: Diagnostic et perspectives d’amélioration des performances

Perspectives d’amélioration des résultats des étables laitières au Maroc: le nécessaire recentrage sur les pratiques d’élevage

Tous ces travaux démontrent que les plans de développement en élevage nécessitent du temps et ne peuvent être appliqués par la simple action sur une seule composante, tel que le changement de race (le passage de la race locale vers la Holstein): c’est ce qu’on nomme les temps longs du développement.

Pour accélérer le processus de la spécialisation en élevage laitier et accroître le bien-être tant financier que moral des éleveurs qui s’y sont engagés, il est donc plus que nécessaire de se pencher sur les termes mêmes de leurs modes de production. Par ailleurs, il serait illusoire de penser à mésestimer les milliers d’éleveurs de bovins qui n’ont pas encore franchi le pas dans la spécialisation en lait, car ils constituent encore le pivot de l’approvisionnement de la filière non seulement en raison de leur nombre mais aussi à cause des volumes qu’ils livrent.

La distinction de la diversité des types d’élevage est donc cruciale. Il est grand temps de dépasser l’éternelle différenciation entre grandes étables et petites unités qui ne permet pas de cibler les interventions et autres opérations d’appui technique. Pour cela, une voie d’entrée privilégiée en la matière de l’accroissement des performances laitières consiste à adopter des outils typologiques qui aident le chercheur et l’agent du développement à planifier leurs interventions à l’échelle d’une région donnée. Et pour ce faire, une obligatoire immersion dans la réalité des élevages, dans l’analyse des gestes quotidiens des éleveurs et dans la lecture de leurs projets est de rigueur.

Cette lisibilité que devrait acquérir cet objet complexe d’étude de la zootechnie qu’est la rentabilité des élevages laitiers n’en sera que plus renforcée. Elle permettra aussi de mettre l’accent sur les deux aspects fondamentaux qui caractérisent les élevages laitiers du Maroc, dans leur écrasante majorité: la gestion de la parcimonie fourragère et la flagrante carence en moyens de trésorerie. Les deux se conjuguent pour retarder voire entraver l’essor de l’élevage laitier intensif qui ne peut s’accommoder de “passages à vide” ou de ruptures de stocks alimentaires. Alors seulement seront identifiées les nombreuses situations intermédiaires qui caractérisent l’élevage bovin dans ce pays, entre les étables à vocation allaitante quasi exclusive, et celles qui exploitent à bon escient les races spécialisées.

Il deviendra alors aisé de saisir l’importance de la disponibilité réelle des ressources alimentaires dans la projection des actions de développement. En effet, il ne suffit plus de comparer les situations plus favorables généralement situées en zones irriguées et celles moins loties des zones pluviales. Il faudrait plutôt se pencher vers les cas concrets du terrain en se recentrant pas seulement sur les vaches et leurs productions mais encore plus sur les hommes, pilotes réels des systèmes animaux dont ils assument la gestion. Il est alors une certitude à laquelle aucune étude ne pourra déroger: agir sur les paramètres d’alimentation des vaches pour améliorer les performances. Car, dans l’état actuel, il est plus que flagrant que les techniques de rationnement sont absentes du terrain, et ce même dans les étables les plus performantes, qui continuent d’ignorer les différences entre les catégories de besoins du cheptel (énergie, azote, minéraux…). Mais l’action à ce niveau, la plus susceptible d’amener du progrès devra nécessairement intégrer à la base les réalités des éleveurs en grande partie illettrés et peu enclins à investir sur de nouvelles pratiques sans la garantie de succès rapides et de récupération de manques à gagner. Autant dire que la recherche zootechnique adaptée à l’élevage laitier a encore plusieurs défis à relever.

Prof. Mohamed Taher SRAÏRI

Département des Productions Animales
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat