Maladies de l’amandier dans la région de Tafraout

L’Amandier occupe une place très importante dans l’économie de la région de Tafraout au sud marocain, tant par la superficie occupée (72% de la sole arboricole) que par la valeur du produit. La région constitue un secteur dit de “Cueillette” dont la majorité des arbres, issus de semis non greffés, sont plantés en DRS (Défense et restauration des sols). Depuis 1979, plusieurs d’entre eux ont fait l’objet de sélections de clones à caractères intéressants tels que la précocité ou la tardiveté de la floraison, la productivité, la régularité de la fructification, et la résistance à certaines maladies ou ravageurs. Bien que la production soit généralement irrégulière et insuffisante, le sud marocain est considéré comme un réservoir de gènes assez riche pour l’amandier au Maroc.

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Les principales maladies

Les monilioses (Monilia laxa et Monilia fructigena)

Leurs symptômes peuvent être importants sur les différents organes de l’arbre:

– Destruction et flétrissement des bouquets floraux;
– flétrissement des jeunes pousses suivi d’une torsion des feuilles et d’un dessèchement des rameaux qui les portent;
– formation de chancres à la base des brindilles et des rameaux infestés;
– pourriture et dessèchement des fruits momies qui se couvrent de coussinets disposés en cercles concentriques de couleur grise pour M. laxa, et fauve pour M. fructigena.

La lutte contre ces parasites demeure imprécise, toutefois il est possible de réduire considérablement les dégâts, en éliminant les risques de blessures sur fleurs et fruits, et en traitant selon la gravité de l’attaque avant prédébourrement quand les sépales sont visibles, en début de floraison quand les pétales sont visibles et en pleine floraison après la chute des sépales.

La cloque du pêcher et de l’amandier (Taphrina deformans)

Les parties attaquées de la feuille s’épaississent, se boursouflent et prennent une coloration rougeâtre. Après un certain délai, l’épiderme supérieur se couvre d’une poussière blanche constituée par les fructifications du champignon. Les possibilités d’infestation sont cependant relativement rares dans la région.

La maladie criblée (Coryneum beijerinkii)

Ses dégâts ne sont pas négligeables. La maladie ne fut observée que sur feuilles qui présentent des taches délimitées de teinte brun rouge. Les tissus attaqués meurent, et les parties nécrosées se détachent plus tard du parenchyme vert de sorte que la feuille apparaît criblée de trous. Toutefois, cette criblure peut être occasionnée par d’autres champignons comme Cercospora circumscissa, des bactéries du genre Pseudomonas, et même des virus. Trois traitements sont recommandés contre le parasite: un premier avant floraison, un second après la chute des pétales et un troisième, 10 à 15 jours après la chute des calices.

La rouille des arbres fruitiers à noyau (Tranzchelia pruni spinoza)

L’espèce est moins importante dans la région. Ses symptômes apparaissent sous forme de ponctuations brunâtres sur les feuilles dont la chute peut avoir lieu prématurément. Les produits utilisés contre les monilioses peuvent assurer une protection contre la rouille.

La maladie des taches rouges (Polystigma occhraceum)

Ce parasite fréquent à Tafraout en été se manifeste sur les feuilles par des taches assez larges, d’un à quelques millimètres, de forme variable, de couleur d’abord jaunâtre puis brun rouge, parfois très foncée. Il contribue à avancer la chute des feuilles sans préjudice pour les rameaux ou les bourgeons. Il est probable que les traitements antifongiques de printemps limitent le développement du parasite.

Conclusions

Dans l’état actuel des observations, l’amandier peut donc faire l’objet d’attaques et de dégâts non négligeables par d’autres insectes ou agents de maladies que le scolyte qui contribuent à l’état sanitaire général assez médiocre de l’amandier à Tafraout, et imposerait des contrôles réguliers de ces vergers. Une observation sur ce point fut effectuée en Juillet 1986 sur 2082 arbres dans le site d’Adeï Aflawaeï. Le tableau ci-dessous indique les pourcentages d’arbres infestés par certains déprédateurs ou maladies à différents degrés d’une échelle de 0 à 5.

Il est certain que, en plus de leurs incidences sur la production, ces problèmes phytosanitaires, notamment le faux tigre, les acariens et le polystigma, constituent un important facteur d’affaiblissement des arbres, et par là, contribuent à les prédisposer aux attaques du scolyte. Ce dernier est le “tueur” des arbres, mais est réputé pour s’attaquer surtout à ceux préalablement affaiblies. Outre si nécessaire, des interventions directes, la lutte contre le scolyte devrait aussi passer par la lutte contre les facteurs d’affaiblissement que constituent les autres ravageurs ou maladies.

Prof. Abdeslam BENAZOUN
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II
Complexe Horticole d’Agadir