Système agroforestier à cacaoyers en Côte d’Ivoire: Connaissances existantes et besoins de recherche pour une production durable

SYSTÈMES AGROFORESTIERS à BASE DE CACAOYERS EN CÔTE D’IVOIRE

Identification des systèmes de cultures de cacao et leur évolution

Somarriba (1992) a défini les critères de base d’un système agroforestier (SAF), qui sont largement utilisés. Selon cet auteur, il faut au moins qu’une des composantes soit une espèce ligneuse et pérenne, la présence d’au moins deux espèces végétales qui ont des interactions biologiques significatives et qu’au moins une des espèces soit utilisée pour produire du fourrage ou obtenir des produits agricoles provenant d’espèces pérennes ou annuelles. A ces critères peuvent s’ajouter la structure et la diversité des composantes, leurs fonctions (production de biomasse par exemple), des facteurs humains, la variété de cacaoyer qui conditionne l’ombrage, la gestion des déprédateurs, la fertilisation minérale, pour identifier des SAF à cacaoyers (Kpangui et al., 2015). La combinaison de ces facteurs aboutit globalement à l’identification de cinq principaux systèmes de production: plein soleil, sous ombrage mixte ou simple, sous éclairci de forêt (ombrage complexe) et des polycultures commerciales (Rice et Greenberg, 2000; Somarriba et Beer, 2011; Deheuvels et al., 2012).
Sur la base de la description des pratiques agricoles existantes dans la cacaoculture et décrites par des auteurs et en faisant référence aux critères d’identification des SAF (Tano, 2012, Adou Yao et al., 2015; Vroh et al., 2015; Cissé et al., 2016), nous avons pu distinguer 3 types de systèmes agroforestiers dans le cas de la Côte d’Ivoire depuis l’introduction de la culture de cacao.
Le premier type de SAF regroupe toutes les pratiques paysannes traditionnelles telles que réalisées dans la majorité des zones cacaoyères de la Côte d’Ivoire. Il s’agit de pratiques où les paysans utilisent des techniques empiriques d’entretien des vergers telles que décrites par Adou Yao et N’Guessan (2006), Assiri (2007). Il n’y a pas de gestion intégrée des déprédateurs. De même la lutte intégrée contre les maladies et les insectes nuisibles du cacaoyer, l’utilisation des engrais sont quasiment absentes (Adou Yao, 2011). Les antécédents culturaux sont essentiellement de très vieilles jachères ou des «forêts noires». Ces plantations de cacaoyers comportent plus de 15 arbres matures par hectare, généralement grands de plus de 15 m de hauteur et qui sont indigènes aux forêts tropicales naturelles (Rice et Greenberg, 2000; Vroh et al., 2017). Ces systèmes n’ont, en général, pas moins de trois strates au-dessus du cacaoyer (Figure 2). L’ombrage par des arbres forestiers est permanent. Ces pratiques telles que décrites sont plus proches des caractéristiques d’un système agroforestier complexe (SAFc) de culture cacaoyère. Ces systèmes ont été aussi qualifiés de «gestion rustique du cacao» ou «agroforêt cacao complexe mature» respectivement par Rice et Greenberg (2000)  et Ruf (2011). Il s’agit du système le plus ancien, depuis l’introduction de la culture du cacao en 1888 avec une expansion dramatique des années 1940 aux années 1970 (De Planhol, 1947; Asare, 2006).

Dans les conditions de réalisation de ce système, la variété la mieux adaptée est celle dite «française» (Adou Yao et al., 2016). Les superficies de ces systèmes sont en nette régression. Elles sont passées par exemple de 2800 ha en 1990 à 2400 ha en 2002 puis à 100 ha en 2014 dans la zone de production du Centre-ouest de la Côte d’Ivoire (Kpangui et al., 2017). La cause principale a été les problèmes fonciers suite à la raréfaction des forêts disponibles.
Le deuxième type de SAF est décrit par des pratiques culturales de cacao caractérisées par un abandon des systèmes de culture de cacao sous ombrage des espèces forestières. En effet, les agriculteurs tendent à enlever les arbres natifs qui leurs fournissent peu ou même pas de retour financier (Doumbia et al., 1990). Ces pratiques comportent désormais 5 à 6 arbres émergents par hectare (Figure 3). La majorité des arbres présentent une hauteur de moins de 10 m et offrent moins de trois strates au-dessus des cacaoyers (Rice et Greenberg, 2000).

Contrairement au système complexe, ceux-ci sont plus pauvres en biodiversité (Assiri et al., 2012). Le paysage apparaît donc monotone comme les systèmes de monoculture. Ce sont en fait, des polycultures de plantations traditionnelles où les arbres d’ombrage destinés à la commercialisation, sont plantés occasionnellement avec des restes d’espèces forestières. Ces plantations résultent aussi des «pratiques modernes» développées par le Centre National de Recherche Agronomique (CNRA) qui ont eu pour principe de base de permettre, lors de la mise en place des cultures, des associations des jeunes cacaoyers avec soit des Légumineuses (Acacia auriculiformis, Acacia mangium; Albizia guachapele, Albizia adianthifolia et Albizia zygia) soit avec de vieux vergers de la variété française.
L’ensemble de ces pratiques permet de qualifier la plantation de système agroforestier simple (SAFs). Les variétés «Ghana» et «Mercedes» introduites à partir de 1980, peuvent supporter ce faible ombrage (Verdeaux, 2003). Rice et Greenberg (2000) qualifient ces pratiques de «système d’ombrage planté» alors que Ruf (2011) parle de «système d’ombrage léger». Ce système a été très rapidement confronté à de nombreux problèmes essentiellement de foncier, baisse de la production, le manque de superficie forestière disponible, l’envahissement des plantations par des insectes xylophages; d’où leur amélioration (Assiri et al., 2013) par le Centre National de Recherches Agronomiques (CNRA).
Un troisième type de système de culture peut être identifié. Il s’agit des plantations où il n’y a pas d’ombrage véritable durant toute la phase culturale. Ce système doit son application au souci d’accroître la production cacaoyère. Il est l’œuvre de nombreux centres de recherche dont le CNRA qui ont mis l’accent sur la sélection d’hybrides pour la mise au point des variétés à haut rendement et résistantes aux maladies (Gnahoua et al., 2012). Les performances des hybrides en l’absence d’ombrage ayant été confirmées (Besse, 1977; Lachenaud, 1987), plusieurs petits producteurs de cacao, ont opté pour leur culture (Ruf, 2011). Dans ce système (Figure 4), seuls les bananiers et d’autres cultures vivrières (l’igname et le riz) ou industrielles (palmier à huile), servent d’ombrage lors de la mise en place de la cacaoyère (Koulibaly, 2008; Tano, 2012). Dans ces plantations, l’on note la gestion intégrée des déprédateurs et la lutte intégrée contre les maladies et les insectes nuisibles du cacaoyer ainsi que la fertilisation minérale. Les bananiers sont éliminés progressivement à partir de l’âge de production des premières fèves de cacao et le paysan ne garde que maximum 3 arbres émergents à l’hectare. Ainsi, la plantation à partir de l’âge de 5 ans, est en plein soleil, d’où sa caractérisation de système agroforestier «plein soleil» de culture cacaoyère (Assiri et al., 2009).
Le système «plein soleil» est aussi qualifié de système «zéro-ombre» par Rice et Greenberg (2000). Les variétés adaptées à ce système sont principalement celles dites « Ghana » et «Mercedes» (Konaté et al., 2015). Le modèle de production à caractère extensif, caractéristique du système «plein soleil», a eu des répercussions sur la disponibilité foncière et a accélérer la dégradation du régime climatique. Cela a contribué à la disparition des formations végétales et l’empiétement des limites des aires protégées (Aké-Assi, 1998). Cette évolution a influé sur le milieu écologique avec l’apparition d’une nouvelle espèce d’adventice (Chromoloena odorata), des maladies du cacao (Swollen Shoot) et la contamination par l’Ochratoxine A des fèves de cacao (Dembélé et al., 2009; Tano, 2012).

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