Multiplication végétative de l’arganier (Argania spinosa) par bouturage et par greffage

Multiplication végétative de l’arganier (Argania spinosa) par bouturage et par greffage

M.L. METOUGUI1, M. MOKHTARI2, I. MACHATI2, I. AZEROUAL2, O. BENLHABIB1

1Département de Production, Protection et Biotechnologies Végétales, Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat, Maroc

2Département d’Horticulture, Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Complexe Horticole d’Agadir, Maroc

Résumé

L’arganier (Argania spinosa L. skeels) est un arbre oléifère endémique au Maroc et qui joue un rôle socio-économique important vue la valeur de son huile. Malgré l’importance de l’arganier, il est principalement multiplié par semis. Cette méthode de multiplication présente plusieurs inconvénients dont une longue phase de juvénilité et une variabilité génétique élevée entre les plants. Le but de ce travail est d’étudier (1) l’effet du génotype et de sources de calcium (CaCl2 et Ca(NO3)2) sur le bouturage, (2) l’étendue de l’effet du génotype, du porte-greffe et du greffon sur le greffage et enfin comparer entre les deux méthodes pour la production de plants d’arganier. Les résultats ont montré l’existence d’un effet génotype important sur le bouturage. En effet, chaque génotype a présenté un taux de multiplication différent. L’apport du calcium n’a pas apporté d’amélioration à l’enracinement des boutures pour l’ensemble des génotypes multipliés, alors que son pouvoir désinfectant s’est révélé dépendre du génotype. Les résultats ont montré aussi que la réussite du greffage dépendait principalement de la compatibilité greffon/porte-greffe, mais peu du génotype du greffon et pas du tout du génotype du porte-greffe. La comparaison entre les deux méthodes de multiplication a montré que le greffage serait mieux adapté que le bouturage pour la production de plants d’arganier. Le meilleur taux d’enracinement obtenu par bouturage était de 66,7 %, alors que le taux de reprise par greffage a atteint 95,8 % pour les meilleures combinaisons.

Mots clés: Arganier, Argania spinosa, multiplication végétative, bouturage, greffage.

Abstract

The argan tree (Argania spinosa L. skeels) is an endemic species of Morocco that plays an important socioeconomic role through the value of its oil. Despite the importance of the species, the main propagation method is still by seeds, which presents several disadvantages, including a long juvenile phase and high genetic variability between plants. The aim of this work is to study from one side the genotype and source of calcium (CaCl2 and Ca(NO3)2) effects on the cutting yield, and from the other side the effect of the rootstock and the graft genotype on the grafting method’s success and finally compare between the both methods for argan massive propagation. The results exhibited an important genotype effect on the cutting; in fact, each of the four propagated genotypes reacted differently to this propagation method. The calcium treatment did not improve the cutting rooting, whereas its disinfectant effect depended on the genotype. From the other side, the grafting success depended mainly on the graft/rootstock compatibility, but little on the graft genotype and not at all on the rootstock genotype. The comparison between the two propagation methods showed that grafting is more suitable for argan tree propagation. The highest success rate reached through the cutting was 66.7 % with the best genotype, whereas by grafting the best rate was off 95.8% attended by two of twelve graft/rootstock combinations tested.

Keywords: Argan, Argania spinosa, vegetative propagation, cutting, grafting

INTRODUCTION

L’arganier (Argania spinosa L. skeels) est une espèce forestière endémique qui occupe une superficie d’environ 952.200 ha au sud-ouest supérieur marocain (Lefhaili, 2014). En dehors de ce peuplement, l’arganier est aussiprésent dans la haute vallée de l’Oued Grou, au sud-est de Rabat et sur le versant méditerranéen du massif montagneux des Beni Snassen, au nord d’Oujda (Emberger, 1925). Il est aussi trouvé dans la région de Tindouf en Algérie où cette essence couvre environ 3.000 ha (Kaabèche et al., 2010).

L’arganier est un arbre à usages multiples; ses feuilles et la pulpe de son fruit sont utilisées pour l’alimentation du bétail spécialement les caprins et son bois de qualité supérieure dans la menuiserie et comme combustible (M’Hrirt et al., 1988; Prendergast et Walker, 1992). Cependant, le principal produit de cet arbre reste son huile, dérivée de ses amandes, très prisée pour ses usages médicales, cosmétiques et alimentaires (Lybbert et al., 2011).

Actuellement, les plants d’arganier, principalement multipliés par semis, sont destinés à la foresterie. Cette méthode de multiplication favorise la diversification du patrimoine génétique et entraîne une grande variabilité génétique, vu l’allogamie de l’espèce (Nerd et al., 1998). Les plants issus de semis nécessitent environ ‎sept ans avant d’entrer en production. Cette ‎méthode de ‎multiplication, ne présentant pas les mêmes avantages que la multiplication végétative, n’est ‎pas adaptée pour ‎l’établissement de vergers d’arganiculture. ‎La multiplication végétative, produisant des plants identiques au plant mère avec quasiment pas de période de juvénilité, reste la méthode la plus adéquate à l’installation de vergers de production et à la sauvegarde du patrimoine génétique menacé de disparition.

Les premiers essaies de multiplication végétative rapportés sur l’arganier datent des années 70 et ont porté sur le bouturage (Platteborze, 1976; El Mazzoudi et Errafia, 1977 ). Encore peu maîtrisé à l’époque, les taux de réussite atteignaient à peine 16%.D’autres travaux ont été entrepris sur la multiplication par bouturage (Kaaya, 1998;  Harrouni, 2002; Alouani, 2003), greffage (Mokhtari, 2002; Mokhtari et al., 2011) et marcottage (Bouiche, 2008).Les résultats acquis sur le bouturage des rameaux d’arbres adultes, montrent que les meilleurs rendements sont obtenus sous serre contrôlée (chauffage de fond, système de réfrigération par évaporation d’eau, système de nébulisation) et un traitement à l’acide β-indole butyrique (AIB). Sous ces conditions, les taux de réussite ont dépassé les 60%. Ces travaux ont mis en évidence un effet significatif du génotype sur les taux d’enracinement en plus de la pourriture des explants qui impacte directement le niveau du rendement de la technique.

Le greffage chez l’arganier consiste à réunir entre les performances du greffon et les avantages racinaires du porte-greffe. Cette technique de multiplication est considérée réussie quand le contact entre les tissus vasculaires des deux symbiotes est établi (Mokhtari, 2002). Jusqu’à maintenant, le greffage donne les meilleurs rendements sur l’arganier; son taux de réussite peut dépasser les 90%. La méthode de greffage en fente simple est la plus adaptée à la multiplication de l’arganier; toutefois, l’effet interaction greffon/porte-greffe constitue encore une limitation à la technique (Mokhtari, 2002; Mokhtari et al., 2011; Taoufiq et al., 2011).

Le présent travail a pour premier objectif d’étudier l’effet du génotype et de deux sources de calcium sur la réussite du bouturage. En effet, le calcium est un élément minéral connu par son activité stimulatrice d’enracinement et son rôle structural sur les tissus de végétaux (Eliasson, 1978; Bellamine et al., 1998). Cette étude a aussi pour but d’étudier l’effet du génotype du greffon et celui du porte-greffe sur la réussite du greffage chez l’Arganier, et en troisième lieu de comparer entre les deux techniques de multiplication végétative et proposer celle la plus performante pour la production rapide de plants vigoureux de génotypes sélectionnés destinés à la filière « arganicole ».

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