Valorisation du figuier de barbarie en élevage

Conduite technique de la culture

Espèces et variétés

Au Maroc, comme pour les autres pays du Maghreb, les espèces du cactus les plus largement répandues sont Opuntia dillenii, Opuntia vulgarie, Opuntia compressa et Opuntia ficus-indica. Cette dernière est la principale espèce qui produit les fruits comestibles (figues de barbarie) et la plus répandue au Maroc.

Il existe plusieurs cultivars qui se distinguent par:

  • la forme du fruit (oblongue ou ronde),
  • la couleur de la fleur (jaune, orange ou rose),
  • la couleur de la pulpe du fruit (verte, jaune, orange ou rose),
  • les périodes de floraison et de maturité (précoce ou tardive),
  • les caractéristiques organoleptiques des fruits (les fruits sucrés, juteux, de bonne consistance et avec le moins possible de graines sont les plus appréciés).

Ainsi, dans la région de Tiznit, les cultivars Achfri, Moussa et Aïssa se distinguent par rapport aux autres cultivars par la forme et la qualité des fruits.

Au Nord et dans le Rif, le cultivar Delahia est très apprécié par la qualité de ses fruits et par ses propriétés organolep- tiques. Ce cultivar peut faire l’objet de sélection et de multiplication afin de disposer d’une source d’approvisionne- ment en plants pour d’éventuelles extensions des superficies et dont la production pourrait être exportée.

Il existe également des cultivars réputés par la qualité de leurs fruits dans les autres régions de production du cactus telles que Marrakech, El Kelâa, Oued Zem, Doukkala.

Par ailleurs, les nombreuses variétés ou cultivars de cactus se distinguent en deux groupes:

  • les variétés inermes qui sont souvent domestiquées et cultivées sur des surfaces limitées. Les plants issus de semis sont épineux la première année et les aiguillons disparaissent à partir de la deuxième année.
  • Les variétés épineuses qui sont les plus répandues car elles résistent à la destruction par le bétail.

Il semble qu’il n’y a pas de variétés absolument inermes, mais à aiguillons plus ou moins rares. Il existe aussi plusieurs variétés intermédiaires entre la forme très épineuse et celle inerme. Cette variabilité entre espèces et variétés est due à l’hybridation naturelle résultant de l’influence des conditions pédo-climatiques diverses des régions de culture de cactus.

Par ailleurs, plusieurs travaux de sélection de cultivars de cactus à haute productivité ont été entrepris dans plusieurs pays. Ainsi, en Italie, les plus importants cultivars sont Gialla, Rossa et Bianca. En Israël, le cultivar Ofer est le plus répandu. En Afrique du Sud, les cultivars Algerian, Malata et Morado sont très répandus.

Préparation du sol

C’est une opération qui se limite généralement à confectionner des trous de plantation de 10 à 20 cm de profondeur et de 50 cm de diamètre, tout en procédant par un épierrage si le sol est très caillouteux et ceci pour ne pas entraver le dévelop- pement des racines. Certains confectionnent aussi des cuvettes pour augmenter les réserves en eau autour des jeunes plants.

Pour obtenir une plantation très productive, il importe d’éliminer au préalable les plantes vivaces concurrentielles, le chiendent en particulier, dont la concurrence risquerait de gêner considérablement les jeunes plantations en retardant leur entrée en production. Ce travail peut se réaliser facilement par une année de jachère travaillée. Il est déconseillé de procéder à un travail du sol profond, du fait du système racinaire superficiel des opuntias, ainsi un cover-cropage ou un hersage à moins de 10 cm est utilisé pour éliminer les adventices.

Plantation

L’époque de plantation varie d’une région à une autre. On considère l’automne comme la meilleure saison de plantation dans les conditions de la Sardaigne au Sud de l’Italie.

La période de plantation dépend aussi de la disponibilité du matériel végétal. En Italie, les boutures sont choisies parmi les raquettes prélevées lors de la taille en vert.

Au Maroc, elle est effectuée à partir de février-mars dans les régions du Sud ou en fin de printemps dans d’autre régions. Les nouvelles plantations sont établies à partir de grandes boutures de tiges constituées de 4 à 5 cladodes. Elles sont récoltées, séchées pendant quelques jours (une semaine à un mois) avant d’être directement plantées dans la sol. Le séchage des cladodes avant la plantation est nécessaire afin d’éviter la pourriture. La partie basale est placée horizontalement avec une légère inclinaison afin d’augmenter la surface de contact avec le sol.

La formation des racines a lieu après 15 jours. Les modes de plantation sont en quinconce dans la plaine et en lignes dans la montagne. Les espacements varient de 0,5×2 m à 4×4 m. Le plus utilisé dans la région de Tiznit est de 3×4 m ce qui donne une densité de 830 plants/ha. La forte densité (1600 à 2000 plants/ha) n’est recommandée que pour les zones qui sont relativement arrosées. En Italie, l’espacement est de 5-7 m entre lignes et 4-5 m entre plants. L’orientation N-S des lignes est importante pour assurer l’ensoleillent des plantes.

Entretien de la culture

Les pratiques culturales du figuier de barbaries sont cohérentes avec ses exigences agronomiques et environnementales. Elles sont donc limitées à des apports complémentaires en irrigation en cas de production tardive des fruits, à de rares traitements phytosanitaires et à des techniques d’entretien classiques (travaux superficiels du sol, propagation, taille, récolte).

L’entretien des plantations est souvent négligé, pourtant il est nécessaire si l’on désire obtenir une production importante. Des travaux superficiels du sol permettent d’éliminer les plantes adventices et garder un bon état physique du sol, d’autre part des apports de fumier, d’engrais et d’eau en cas de sécheresse prononcée augmentent la vigueur ainsi que le rendement en matière verte.

Au Maroc, aucun soin particulier n’est donné à la culture une fois que la plantation est réussie. La seule opération qui est pratiquée de façon systématique par la majorité des paysans c’est la taille. Elle est pratiquée au printemps (des fois même en automne) et consiste à éliminer les vielles raquettes situées à la base du tronc afin de donner à l’arbre une forme de vase. Trois à quatre branches sont sélectionnées et taillées 30 à 40 cm à la base au dessus du niveau du sol.

Dans d’autre pays méditerranéens, on pratique, à partir de la quatrième année, une taille en vert qui consiste à éliminer de façon systématique les fleurs et les jeunes cladodes. Une nouvelle vague de fleurs et cladodes apparaît 15-20 jours plus tard et donne naissance à une seconde génération de fruits. L’avantage de cette technique c’est qu’elle permet d’étaler la production sur une plus longue période et de profiter, par conséquent, des meilleurs prix du marché. En plus, les fruits de la seconde génération sont d’une meilleure qualité: ils sont plus gros et contiennent moins de graines. Cependant, il y a lieu de noter que la période d’intervention affecte aussi bien le taux de la seconde floraison que la période de maturité et les caractéristiques des fruits.

Comme problème phytosanitaire, les principaux parasites du figuier de barbarie sont la mouche méditerranéenne (Ceratitis capitata Wied), le phytophtora spp, responsable de la pourriture des racines et la gale (Phyllostica opuntiae) qui est probablement l’ennemie le plus redoutable des opuntia.

Fertilisation

Il n’y a pratiquement aucun apport d’éléments fertilisants pour le figuier de barbarie en culture traditionnelle. Cependant, avec le gain d’intérêt que cette culture a connu pendant ces dernières années et l’importance des prix offerts au marché local, certains agriculteurs ont commencé à apporter du fumier dans leurs plantations de figuier à raison de 1 à 5 kg par plant. Cela engendre une augmentation de 20 à 30 % dans la productivité.

Les recherches menées en Italie ont montré que l’application de l’azote à 120 kg/ha améliore la floraison et permet une production hors saison. Le phosphore et le potassium n’ont pas d’effet notable sur la productivité. En Israël, la culture est menée en fertigation depuis l’âge de deux ans.

Irrigation

Le figuier de barbarie est un arbre très peu exigent en eau. Il dispose de mécanismes physiologiques qui permettent d’optimiser l’utilisation de l’eau dans les conditions difficiles. Les essais menés en Israël dans des conditions similaires aux zones arides marocaines ont montré qu’avec 230 mm par an, la production de fruits est améliorée de façon significative par l’irrigation. Les recherches en Italie ont montré que les deux périodes critiques pendant lesquelles il est très recommandé de faire des apports d’eau sont la floraison et le grossissement des fruits.

Comparé à d’autres espèces fruitières telles que le jojoba, le figuier de barbarie ne consomme que le 1/5 de ce qui est apporté à ces espèces. Dans la région de Tiznit, même avec une pluviométrie de 100 mm/an, on arrive à récolter 30 à 40 kg de figues par arbre et par an. En année pluvieuse (200-250 mm), le rendement par arbre est le triple.

Les eaux salées ne conviennent cependant pas à la culture du figuier de barbarie. La production de matière sèche diminue considérablement dès que le niveau de salinité atteigne 50 ppm. La teneur en eau des raquettes et leur capacité de fixer le gaz carbonique sont sérieusement affectées.

Récolte

La récolte des fruits d’opuntia est encore souvent pratiquée de façon manuelle. Des outils locaux de récolte existent dans certains pays tel que le Mexique. Elle est effectuée généralement un peu après le virement de la couleur de la peau sans se baser sur aucun signe de maturité qui peut définir le stade optimum de récolte pour les fruits destinés à la consommation à l’état frais ou à la conservation.

La récolte des fruits est difficile par la présence d’épines et de glochides au niveau des raquettes et des fruits. Pour cela, la récolte peut se faire tôt le matin lorsque l’humidité empêche la chute des glochides par le vent. Différents outils à mains sont utilisés pour faciliter la récolte et éviter l’agression des épines et des glochides.

La récolte peut être échelonnée sur plusieurs mois. Au Mexique, elle commence en Juin pour les variétés précoces jusqu’au mois de Décembre pour les variétés tardives. Au Sud du Maroc, la récolte se situe entre Juin et Août pour la variété Aissa et de Juillet à Décembre pour la variété Moussa.

ARABA, A; EL AICH, A; SARTI, B
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II
BELBAHRI, L; BOUBKRAOUI, A et AIT HAMMOU, A
Direction Provinciale de l’Agriculture de Kelâa Sraghna
ZEMMOURI, A et SBAA, H
Centre de Travaux Skhour Rhamna