L’utilisation du centre pivot pour l’irrigation – Expérience des Domaines Agricoles au Maroc

Rentabilité du système

On peut, pour cette analyse se servir de la notion de bénéfice marginal, empruntée à la microéconomie et souvent utilisée pour étudier l’impact économique de l’emploi des intrants en agriculture. On a:

P1 DY = P2  DX

Où ∆Y désigne l’accroissement de production (par ex. de blé) obtenu pour chaque accroissement de consommation d’intrant ∆X (ici l’eau), P1 le prix unitaire du blé et P2 celui de l’eau. Le principe de l’approche consiste à continuer de produire tant que le bénéfice marginal P1 ∆Y reste supérieur au coût marginal P2∆X et d’arrêter la production quand P1 ∆Y devient égal à P2∆X, sinon on fait de la perte marginale.

En général, la réaction de la production agricole à un usage croissant des intrants est de type moins que proportionnel.

Au Maroc, on est en présence d’un climat à dominante globalement aride, avec une sècheresse estivale absolue sur l’ensemble du pays, et des sècheresses spécifiques d’automne /hiver/printemps croissantes sur l’axe nord/sud du pays (P autour de 750 mm à Larache; 400 mm à Rabat, 200 mm dans le Souss et 50 mm à Dakhla). Dans ces circonstances, toutes choses égales (P1 ∆Y et P2 constants), le bénéfice marginal serait tout naturellement à sa valeur plafond dans les zones bien arrosées du nord (Gharb, Loukkos) où un appoint de 50 – 100 mm suffit parfois pour obtenir des gains spectaculaires de productivité en année sèche, et à sa valeur plancher dans les zones très arides du sud (Souss, Haouz), où il faut irriguer depuis le semis jusqu’à la récolte.

Dans certaines circonstances, le bénéfice marginal peut être fortement grevé à cause du coût exorbitant des installations, de pompage ou des deux à la fois. C’est l’exemple du grand projet du Domaine Louata, sis en altitude, où la batterie de pivots les plus éloignés ont été installés à des côtes dépassant 200-300 m par rapport au point de pompage.

D’une manière générale, dans les systèmes de culture de type tout ou rien des zones arides, comme le Maroc, on peut démontrer que l’irrigation au pivot reste très bénéficiaire, même en année sèche avec une forte dose d’appoint.

L’illustration est présentée dans le tableau 7, en considérant la culture du blé tendre, un gain de productivité ∆Y de 20 qx, le prix de vente P1 de 350 Dh/ql, un coût fixe des installations de 2.500/ha/an, un prix de l’énergie de 1,00 Dh/kW et un prix de l’eau de 0,25 Dh/m3. Le calcul est en outre réalisé, selon l’axe sècheresse (dose d’eau variant de 500 à 3000 m3, ligne 1) et l’axe élévation ou coût énergétique (HMT en mCE variant de 50 à 300m, colonne 1).

Dans ce tableau, plusieurs familles de courbes d’iso-profits apparaissent:

bulletla famille > 4000 Dh/ha simulant les années humides à faible appoint d’irrigation (50 – 100 mm);

bulletla famille intermédiaire 3500-3000 Dh/ha simulant les campagnes sèches demandant un appoint conséquent en irrigation sur une forte HMT;

bulletla famille < 3000 Dh/ha simulant les cas typiquement secs avec une très forte HMT.

D’autre part, ces chiffres suggèrent qu’il y a intérêt de continuer d’irriguer même dans les cas d’extrême sécheresse et de pompage sur d’importantes hauteurs comme à Louata. Quoi que cette notion de bénéfice marginal présente des limites, puisqu’on peut paraître gagnant au sens du bénéfice marginal et perdre de l’argent au sens du bilan comptable. C’est le cas où la production totale est égale à la production marginale, avec un bénéfice marginal ne couvrant pas les autres frais de production (zone désertique, culture dérobée de plein été).