Les principaux ravageurs de l’olivier – la mouche, la teigne, le psylle et la cochenille noire

La Mouche de l’olivier (Bactrocera oleae)

Synonymes: Musca oleae, Daculus oleae, Dacus oleae 
Noms communs: Mouche de l’olive, Olive fruit fly, Mosca del olivo, mosca olearia

Répartition géographique, plantes-hôtes et dégâts

La mouche reste le ravageur le plus préoccupant pour les oléiculteurs. Elle s’établit sur l’olivier cultivé et sauvage. Après l’éclosion, la larve pénètre dans la pulpe du fruit qu’elle ronge, creusant ainsi des galeries. Généralement, les fruits véreux tombent. Les dégâts de la première génération passent souvent inaperçus car les fruits, encore verts et fermes, ne présentent pas de traces d’attaques visibles de l’extérieur.

Pour sa ponte, la mouche choisit des variétés à gros fruits, utilisés plus spécialement pour la conserve. Le fruit attaqué présente une petite cavité brunie qui entoure le trou de ponte. Plus tard, il arrive souvent qu’il se déforme et que sa cuticule éclate au voisinage des galeries.

Le fruit tombe, se momifie parfois sur l’arbre et présente des plages dures, circulaires où l’on peut apercevoir la présence de cryptogames. Assez souvent, il pourrit, envahi par des bactéries qui liquéfient sa pulpe.

Aux dégâts directs, il faut ajouter les altérations chimiques, physiques et gustatives que causent le développement de certains champignons et micro-organismes secondaires réduisant davantage la qualité de l’huile. Une élévation de l’acidité et des péroxydes et une diminution de polyphénols dans l’huile issue d’une production enregistrant plus de 30% de fruits attaqués sont à présent bien établies.

Biologie

Les premières mouches volent tôt (février – mars) mais, faute d’olives, elles meurent sans se reproduire. Ce n’est que vers mi-mai – début juin que les imagos peuvent réellement procréer et pulluler. Deux jours après son émergence, la femelle est apte à s’accoupler et l’oviposition a lieu une semaine plus tard. Le fruit destiné à héberger l’œuf fait l’objet d’une exploration soignée. En général, les femelles ne pondent qu’un œuf par fruit. Avant la ponte, la mouche inspecte vraisemblablement le fruit pour se prévenir s’il n’est pas déjà fréquenté ou rongé par d’autres œufs ou larves.

Habituellement, pour pondre, la mouche favorise les fruits verts. En leur absence, elle se porte sur des fruits d’autres stades où elle produit des blessures triangulaires, en forme de points noirs. Les variétés précoces sont les plus chargées, et l’attaque maximum s’observe durant la lignification du noyau.

La durée d’incubation est de 2 à 6 jours. La larve passe toute sa vie à l’intérieur d’une même olive. Son développement complet exige 2 semaines par temps chaud et au-delà de 3 semaines quand la température est basse. Arrivée au terme de son évolution, elle se transforme en pupe soit à l’intérieur du fruit, soit à l’extérieur de celui-ci. À l’intérieur du fruit, la larve creuse une chambre nymphale juste sous la cuticule; celle-ci se dessèche et se déchire pour laisser une brèche par où s’échappera la mouche. Toutefois, dans la plupart des cas, les larves sortent des fruits et vont se nymphoser en terre ou dans l’écorce de l’arbre.

Dans les stocks, la larve se nymphose sous les piles de sacs, entre les olives et dans toutes les cavités du sol et des murs du lieu d’entreposage. La durée de vie nymphale est de 2 semaines environ.

Le plus important facteur de mortalité est la température. Lorsque les températures estivales (> 33°C) coïncident avec le début de l’infestation (œufs et LI), les populations s’effondrent et les femelles arrêtent de pondre (cas de l’été 2004). Inversement, quand l’été est tempéré, leur évolution est catastrophique pour la récolte (cas de l’année 1997). Les températures favorables à la mouche sont comprises entre 11 et 33°C. À 15°C, les adultes commencent à voler et à se nourrir. Au-dessous de 9°C et au-dessus de 33°C, les jeunes stades larvaires cessent leur activité.

Le nombre de générations de Dacus est variable suivant les conditions climatiques, l’état de l’arbre, le cultivar, l’époque et les méthodes de récolte. Il développe 4 à 5 générations par an dont une est partielle, car il passe l’hiver à l’état de pupes. Les trois ou quatre autres se succèdent à 30-40 jours d’intervalles. Dans le Nord du pays (Taounate, Taza et régions), les premières infestations des olivettes par la mouche ont lieu vers fin juin avec un arrêt pendant le plus chaud de l’été. En septembre, elles reprennent et se maintiennent jusqu’à la récolte.

Stratégie de lutte

Dans la lutte contre la mouche, l’approche la plus adéquate consiste à estimer périodiquement l’état d’infestation de l’oliveraie. Les évaluations sont faites par ramassage de 100 olives/ha réparties sur 10 à 20 arbres. Sur cet échantillon, on dénombre les fruits piqués ayant des larves vivantes à l’intérieur et on définit le pourcentage de l’infestation active. Le seuil de dégâts justifiant un traitement est de l’ordre de 15%. Cette limite est plus basse pour les olives de table.

En matière de lutte, même si la technique la plus répandue demeure la lutte chimique, il faudra s’orienter vers les principes d’une protection intégrée: réduction des doses de produits pour épargner les auxiliaires et l’environnement, choix de matières actives moins liposolubles pour réduire les résidus dans les fruits et l’huile, travail du sol en hiver pour exposer les pupes hivernantes au péril des prédateurs et des agents climatiques, piégeage massif des mouches, développement des haies composites, ramassage des olives chutées, etc. Un moyen rapide de procéder à la destruction des olives infestées tombées par terre est le passage dans les olivettes des troupeaux de moutons et de chèvres.

La lutte chimique curative est réalisée lorsque l’infestation active est de 15%. Pour mieux positionner les applications sur les premiers stades, l’échantillonnage doit être fréquent (une fois par 10 jours). Si la première génération est mal contrôlée, les générations suivantes mettent à mal la production. À présent, les matières actives qui remplissent au mieux les caractéristiques requises précédemment sont spinosade, diméthoate, formothion et fenthion.

La lutte préventive est basée sur la pulvérisation d’hydrolysats de protéines (leurres attirant les adultes) mélangés à un insecticide. Les applications débutent lorsqu’on attrape 2 à 3 mouches/piège/semaine. Cette technique, suffisante dans les régions ou les attaques sont modérées et régulières, ne protège pas efficacement la culture lorsque la pullulation est grave. Il faut alors la compléter avec une pulvérisation d’insecticide à effet larvicide.

Le piégeage massif, procédé peu envisageable dans les olivettes traditionnelles, offre pour les variétés précoces, en vergers modernes, une solution de remplacement à la lutte chimique. La technique consiste à suspendre en début d’été sur les arbres des panneaux de bois (15 x 20 cm) non colorés et trempés pendant 48 heures dans une solution de déltaméthrine (10%) puis imprégnés d’un attractif (carbonate d’ammonium + buminal + capsule de phéromone). Les panneaux sont changés tous les mois.

Des auxiliaires existent en oliveraie, mais leurs populations sont faibles pour pouvoir assurer un contrôle efficace du ravageur. Leur polyphagie les conduit à migrer sur d’autres plantes où ils parasitent diverses espèces de Diptères, de Coléoptères, de Lépidoptères et d’Hyménoptères. La lutte biologique par lâchers du Braconide Opius concolor est onéreuse. La lutte autocide, par lâcher de mâles stériles, est applicable dans certains pays, en  combinaison avec les appâts empoisonnés.