Le Chérimolier (Anonier): une culture fruitière tropicale prometteuse pour le Maroc

Parmi les cultures fruitières tropicales prometteuses pour le Maroc, nous avons déjà présenté l’ananas. Nous traiterons d’une autre culture fruitière qui est le chérimolier ou cherimoya, communément appelé chez nous ‘anonier’.

Origine et Importance de la culture

Les ‘‘anones’’ sont des fruits produits par plusieurs espèces du genre Annona ou de leurs hybrides, de la famille des Annonacées. Elles sont originaires de l’Amérique tropicale. Au Maroc, l’espèce plantée est le chérimolier, Annona cherimola Mill., une des principales espèces cultivées du genre Annona, et l’arbre est communément appelé ‘anonier’.

Le chérimolier vient en troisième position des cultures fruitières tropicales, après le bananier et l’avocatier. Actuellement il occupe près de 60 ha et sa production totale est estimée à près de 200 tonnes de fruits. Cette espèce est essentiellement plantée au niveau des régions de Rabat (27 %), de Benslimane (18 %) et de Moulouya (19 ha) (MAMVA, 1994).

Utilisations du fruit

Le fruit est cordiforme, et de couleur vert lumineux. La pulpe est blanc-crème, d’excellente qualité, est parfumée et sucrée et englobe généralement plus de dix graines très dures et de couleur brun foncé à noire. La pulpe du fruit est principalement consommée fraîche, mais peut être utilisée pour la préparation de jus. Le fruit est riche en hydrates de carbone (22-24 %), en phosphore (0,4‰) et en calcium (0.24‰) et contient aussi des protéines (1,3-2,1%) et des vitamines (particulièrement A et C). Sa valeur énergétique est de 92-94 calories.

Ce fruit est en réalité le résultat de la fusion de plusieurs petits fruits (carpelles), contenant chacun une graine, avec le réceptacle. La surface du fuit, sa forme, son poids, le nombre de graines et la composition de la pulpe sont parmi les paramètres qui dépendent de la variété.

Exigences pédo-climatiques

Le chérimolier est une culture des zones d’altitude des régions tropicales et s’adapte bien aux conditions de climat subtropical. Cependant, il est sensible aux gelées, à la chaleur et aux vents. L’ombrage des jeunes plants est recommandé après plantation. La température optimale semble être 21-27 ºC.

Le niveau de pluviométrie considéré comme optimal est de 1200 mm, chose qui traduit que cette culture doit nécessairement être irriguée sous nos conditions. Selon certains auteurs, des niveaux de précipitations nettement inférieures, mais régulières, suffisent pour assurer une production convenable. Il a aussi été rapporté qu’une période relativement longue lui est convenable pour assurer une production de fruits de qualité.

Différents types de sols conviennent à la plantation du chérimolier, mais ce sont les sols légers bien drainés, relativement profonds et moyennement riches en matière organique qui sont, généralement, rapportés comme étant les plus adéquats. Le pH optimal semble être 6, et des niveaux légèrement supérieurs (6,5-7,5) ont aussi été rapportés comme adéquats.

Cycle de la culture

L’arbre est de petite taille, pouvant atteindre 7 m de hauteur, et ses feuilles sont caduques. L’entrée en production a lieu à partir de l’âge de 3 à 4 ans pour les variétés greffées. La période allant de la pollinisation à la maturité des fruits dure environs 5 à 8 mois.

Contrôle de la floraison

Les fleurs du chérimolier sont hermaphrodites. Cependant, la durée de réceptivité des stigmates et de très courte durée (quelques heures), et le pollen n’est disséminé que lorsque les stigmates ne sont plus réceptifs (protogynie). Ceci traduit la nécessité de recourir à la pollinisation contrôlée pour favoriser la fructification et assurer une production convenable.

En l’absence de fécondation, la durée de survie de la fleur est limitée seulement à quelques jours. Il est à noter que la réceptivité des stigmates est aussi influencée par les conditions du milieu, notamment l’humidité de l’air et la température ambiante, et que le résultat de la pollinisation naturelle est fonction des variétés.

La pollinisation peut être effectuée par certains insectes mais les résultats sont généralement très aléatoires. En conséquence, le recours à la pollinisation manuelle est nécessaire en production commerciale pour garantir des taux de nouaison convenables et des productions conséquentes.

Il a aussi été rapporté que la pollinisation contrôlée permet d’améliorer le calibre des fruits et réduit la production de fruits déformés. L’un des effets qu’il faut prendre en considération dans le cas de pollinisation croisée est la métaxénie, en d’autres termes, l’effet de l’origine du pollen sur certaines caractéristiques du fruit.

Densités de plantation et origine des plants

Les arbres peuvent être plantés à des distances de 6 à 7 m, soient des densités de 200 à plus de 250 arbres/ha. Des densités plus élevées peuvent être pratiquées selon la variété et les conditions de culture.

Les plants peuvent être obtenues par semis des graines récoltées, mais pour une plantation commerciale, nécessitant l’utilisation de variétés intéressantes (production satisfaisante, fruits de qualité particulière, etc…). Il est recommandé de ne planter que des plants greffés.

Production

Les fruits sont de tailles variables et peuvent dépasser 500 grammes par unité. Certains auteurs ont rapporté un intervalle de variation de 100 à 2000 g.

La production est variable et dépasse généralement 100 kg/arbre en phase de pleine production, soit un rendement de plus de 20 tonnes/ ha.

Les fruits sont récoltés à maturité, quand ils sont encore fermes, et toutes les précautions doivent être prises pour ne pas endommager les fruits lors des opérations de récolte et de transport.

La culture de chérimolier au niveau de la région de Rabat

Certains vergers modernes sont plantés à des densités dépassant légèrement 300 arbres/ha. Cette densité est élevée et l’arrachage d’un arbre sur deux doit être considéré, après un certain nombre d’années de production, selon le niveau d’encombrement en verger. Mieux serait d’opter pour une seule densité optimale dès le départ.

L’irrigation est soit gravitaire ou localisée selon les exploitations. Une taille de formation est pratiquée les premières années après plantation. Un apport de matière organique et/ou de fertilisants N-P-K a aussi été noté. Concernant la taille de fructification, elle consiste seulement à supprimer les rejets, le bois mort, encombrant ou mal placé et les gourmands. Les maladies et les ravageurs de cette culture restent très limités.

L’opération la plus délicate, et qui nécessite une attention particulière reste la pollinisation. Certaines exploitations ont franchi un pas en avant et pratiquent déjà une pollinisation contrôlée, en utilisant un pulvérisateur manuel.

Concernant les rendements, ils sont variables selon le matériel végétal utilisé, la densité de plantation, l’âge, le niveau de réussite de la fécondation et bien d’autres facteurs (environnementaux, culturaux). Nous avons pu enregistrer, au niveau de certaines exploitations, des productions moyennes de 12 tonnes/ha. La récolte reste échelonnée sur plusieurs mois et s’étale, généralement, entre Octobre et Janvier.

Le prix de ventre, encore très intéressants, est variable selon l’année, le calibre et la forme des fruits. Lors de la réalisation de notre enquête, le prix exploitation à varié entre 14 et 20 dh/kg.

Le chérimolier reste une culture fruitière prometteuse pour certaines régions du Maroc, et des bénéfices importants peuvent être réalisés si la pollinisation est bien maîtrisée. Un choix judicieux du matériel végétal à planter permettrait d’optimiser les résultats obtenus.

Prof. Abdelhadi ABOUSALIM, Département d’Horticulture

Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II