Economie de l’eau d’irrigation

Introduction

Depuis son indépendance, le Maroc a consenti des investissements considérables pour la mobilisation des ressources en eau, l’extension et la modernisation de l’irrigation dans le cadre d’une politique harmonieuse et d’une gestion intégrée des ressources en eau.

Les efforts déployés par les pouvoirs publics en matière de mobilisation des ressources en eau permettent de disposer actuellement en année moyenne de 13,7 milliards de m3, soit 65% du potentiel dont 11 milliards de m3 d’eau de surface (69% de leur potentiel) et 2,7 milliards de m3 d’eau souterraine (54% de leur potentiel).

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Actuellement, 911.000 ha sont déjà irrigués d’une façon pérenne et 93.000 ha sont en cours d’équipement. Bien que cet ensemble ne représente environ que 10% de la superficie agricole utile, il contribue pour 45% de la valeur ajoutée, 75% des exportations des produits agricoles et 50% de l’emploi direct dans le secteur.

Au regard de la superficie agricole utile qui s’élève à environ 9 millions d’hectares, répartis dans les différentes régions agro-climatiques du pays, ce sont les ressources en eau disponibles qui limitent le potentiel des terres irrigables.

Problématique

L’irrigation est un des choix stratégiques essentiels au développement économique et social du Maroc. Le potentiel irrigable de façon pérenne est estimé actuellement à 1,35 Millions d’ha, compte tenu des ressources en eau mobilisables. Ce potentiel reste cependant limité. Sa valorisation exige donc en plus de la réalisation de l’infrastructure hydraulique nécessaire à l’extension de l’irrigation, la création des conditions techniques, économiques et sociales favorables pour une mise en valeur agricole intensive et efficiente dans les zones irriguées.

Malgré les énormes efforts déployés et les progrès considérables réalisés au niveau de l’aménagement et la mise en valeur, la grande irrigation connaît des problèmes aussi bien techniques qu’organisationnels qu’il est impératif d’identifier et résoudre. Parmi ces problèmes on trouve:

La trame d’aménagement

Les périmètres modernes ont été conçus de telle sorte que la superficie du quartier hydraulique (ou bloc tertiaire) varie entre 20 et 30 ha pour une main-d’eau de 30 l/s. Un bloc est découpé en bandes rectangulaires dont la largeur est com- prise entre 80 et 120 m et qui sont perpendi- culaires ou parallèles au canal porté tertiaire, suivant la trame. Un arroseur quaternaire en terre dessert chacune d’elles sur toute sa longueur, de 400 m environ.

La trame B a été retenue de préférence à la trame A dans les périmètres équipés à partir de 1962 pour atteindre quatre objectifs majeurs: (i) la mise en place des assolements préconisés; (ii) la mécanisation collective des petites exploitations agricoles; (iii) l’irrigation suivant un tour d’eau identique pour tous les agriculteurs; (iv) l’introduction de la raie longue.

Trente ans plus tard, la trame B n’existe plus que sur le papier: (i) les assolements ont été progressivement libéralisés (ii) la mécanisation lourde n’a jamais été réellement adoptée par les agriculteurs; (iii) le tour d’eau est plus ou moins établi à la demande; (iv) la raie longue n’est pratiquée à grande échelle que sur un seul secteur du périmètre du Tadla.

Les arroseurs

Le canevas hydraulique de la trame B est conçu de telle sorte que, dans un même bloc, tous les agriculteurs utilisent en commun tous les arro-seurs. C’est un des obstacles majeurs à l’entretien des quaternaires et surtout à leur remise en état dans la mesure où ils sont généralement très dégradés. La présence d’une végétation abon-dante dans les arroseurs est apparemment la démonstration visible d’une absence d’entretien.

Les pertes en eau dans les arroseurs ont fait l’objet d’un certain nombre de mesures dans le Gharb et dans le Tadla: les valeurs obtenues en régime stabilisé varient entre 8 et 15%. Les parcelles les plus éloignées du tertiaire sont alors systématiquement défavorisées.

Irrigation à la Robta

Technique traditionnelle consistant à irriguer à la raie courte ou à plat dans les bassins de petite taille (50 m2 environ), l’irrigation à la Robta est largement prédominante dans les périmètres gravitaires.

Parmi les raisons poussant les agriculteurs à utiliser la Robta, la mauvaise qualité du planage. Dans les périmètres entièrement aménagés, le nivellement initial s’est peu à peu dégradé du fait des pratiques culturales agressives (charrues à disques et cover-crop) et des mouvements de terre occasionnés par la confection manuelle des séguias et diguettes en irrigation à la Robta.

En plus de l’incidence néfaste qu’elle a sur le nivellement, la technique de la Robta entraîne une perte de terrain non négligeable (de l’ordre de 15%); le rendement de l’irrigation dans le bloc est de 50 % à la Robta, soit un rendement de l’irrigation à la parcelle de 60 % si les pertes dans les arroseurs sont de 15 %.

L’uniformité de la répartition dans un même bassin n’est vraisemblablement pas très bonne car le débit utilisé détruit en partie les billons (raies courtes) ou transporte de la terre (dénivellement des micro-bassins). L’uniformité au niveau de la parcelle est probablement encore plus faible dans la mesure où le remplissage des bassins est soumis à l’appréciation visuelle de l’irriguant qui coupe l’alimentation lorsque l’eau a ruisselé sur toute la surface du sol, l’opération est particulièrement délicate et pénible avec une culture couvrante comme la betterave.

L’irrigation à la raie

Malgré les nombreuses campagnes de démonstration organisées dans certains périmètres, l’irrigation à la raie n’a pas connu le développement qu’on attendait. La contrainte de l’entretien du nivellement est probablement la cause principale de cet échec. Il est indispensable d’entretenir le nivellement, en procédant par exemple à un surfaçage annuel comme cela se fait dans le Tadla avec l’appui technique de l’Office.

La distribution par siphon n’est pas non plus très répandue, bon nombre d’agriculteurs ayant abandonné cette technique, jugée difficile à mettre en œuvre. Les irriguants invoquent les risques de désamorçage (en cas de réduction du débit dans l’arroseur par exemple) qui impliquent une surveillance accrue pendant les irrigations de nuit, mais également le manque et l’insuffisance de l’encadrement et de l’assistance technique tout au début de l’utilisation de cette pratique.

D’après les observations effectuées dans le Gharb, le rendement de l’irrigation à la parcelle varie de 40 à 80 % lorsqu’on ne fait pas la distinction entre raies bouchées et raies non bouchées. La plupart du temps, les raies sont bouchées, la valeur de 70 % mesurée dans le Tadla peut être retenue en première approximation, soit un rendement de l’irrigation dans le bloc d’environ 60 %.

La durée d’irrigation pratiquée par les agriculteurs est plus faible en irrigation à la raie qu’à la Robta puisqu’elle est de 8 h/ha (au lieu de 11 h/ha), donc plus en rapport avec la dotation accordée.

L’irrigation par aspersion

Lorsqu’elle est bien conduite, l’aspersion donne d’excellents résultats dans la plupart des situa-tions, notamment celles où le sol est trop permé-able ou trop accidenté pour l’irrigation de surface. Elle permet théoriquement d’importantes économies en eau, du fait de sa meilleure uniformité d’arrosage. Or, c’est l’inverse qui se produit dans la plupart des périmètres marocains irrigués en aspersion (les volumes d’eau consommés dans certains périmètres sont plus élevés en aspersion qu’en gravitaire).

Des essais d’évaluation des performances des bornes d’irrigation ont été réalisés sur presque tous les périmètres irrigués par aspersion et ont montré qu’en règle générale, toutes les bornes présentent de sérieuses défaillances:

(i) L’état défectueux des compteurs empêche la réalisation du comptage des volumes d’eau con- sommés par les agriculteurs; la facturation se fait alors sur la base des superficies irriguées. Ceci ne manque pas de poser de sérieux problèmes (augmentation des volumes consommés).

(ii) Les régulateurs de pression, ne jouant pas leur rôle, laissent l’eau sortir avec des pressions supé-rieures de 70% à la valeur maximale admissible. Cette situation peut créer des problèmes au niveau de la répartition spatiale de l’eau et réduit la durée de vie du matériel mobile d’irrigation (MMI).

(iii) Les limiteurs de débit laissent passer des débits supérieurs de 80% à la valeur limite, ce dérèglement entraîne une mauvaise efficience de l’irrigation et provoque des perturbations fâcheuses au niveau de la distribution de l’eau aux agriculteurs et dans les stations de pompage.

Par manque d’entretien et de renouvellement, le MMI présente de nombreuses fuites (tuyaux percés ou clapets manquants) et il n’est pas toujours utilisé rationnellement (les irrigants font tourner plus d’asperseurs sur une rampe que ce qui est prévu dans le projet); c’est une cause supplémentaire de mauvais fonctionnement des réseaux, ce qui pénalise naturellement les exploitants situés en extrémité et incite certains d’entre eux à irriguer gravitairement à partir des bornes. Pour lutter contre le gaspillage, il a été souvent instauré un tour d’eau entre les antennes.

Les principales causes de ces situations peuvent être la collectivisation du matériel, la non maîtrise de la technique par les agriculteurs et la qualité du matériel qui ne fait pas l’objet de contrôle rigoureux avant sa mise en eau.

L’irrigation localisée

Ce mode d’irrigation est surtout répandu dans la zone d’intervention de l’ORMVA du Souss-Massa où l’on compte actuellement plus de 8 500 ha équipés. Ce développement local est lié à la surexploitation des nappes souterraines, aggravée par la sécheresse de la période 1981-1984. Cependant, bien que les superficies équipées sur l’ensemble du territoire ne soient pas bien connues, cette méthode d’irrigation n’est pas suffisamment répandue eu égard à ses nombreux avantages, notamment l’amélioration de la quan-tité et la qualité de la production, l’économie d’eau, d’engrais et de main d’œuvre.

Les matériels présents sur le marché sont très diversifiés, en nombre mais aussi en qualité. En arboriculture, les systèmes utilisant des ajutages calibrés seraient les plus répandus; les micro-jets connaissent également une certaine popularité. Quant au maraîchage, la gaine souple est la plus utilisée, certainement à cause de son pris très bas. L’irrigation localisée souterraine est presque inexistante malgré les avantages qu’elle présente.

Les Offices interviennent dans le choix et le dimensionnement des équipements subventionnés par la CNCA; le contrôle des travaux dont ils ont également la charge n’est généralement pas assuré de façon satisfaisante, par manque de moyens.

Les techniques de pilotage utilisées présentent les mêmes caractéristiques que les matériels puisqu’elles vont du pilotage “à vue” au contrôle automatique des arrosages pour certaines cultures sous serre. Certains Offices ont déjà une expérience pratique dans le domaine, basée sur l’utilisation de techniques opérationnelles simples comme les tensiomètres, le bac classe A ou la cuve lysimétrique.