Economie de l’eau d’irrigation

La Maîtrise de l’Eau et le Développement Rural

Compte-rendu de journées de sensibilisation

Le secteur agricole est constamment confronté à l’irrégularité des précipitations et à la récurrence de la sécheresse. Les agriculteurs continuent à utiliser des techniques traditionnelles d’irrigation sans se soucier de l’exploitation optimale des potentialités agricoles même en années favorables. Il en résulte des pertes hydriques et énergétiques considérables qui peuvent être investies dans l’adoption des nouvelles techniques économes d’eau. Face à cette situation, le CT 11-04 de Kasba Tadla a principalement focalisé ses actions d’animation durant la campagne agricole 98/99 sur l’importance de l’utilisation rationnelle et de la valorisation optimale des ressources hydriques.

En effet, deux journées ont été organisées, en collaboration avec les autorités locales, en vue de sensibiliser les agriculteurs sur la nécessité de maîtriser le mieux possible les eaux d’irrigation par le passage du système gravitaire au système sous pression. Le thème de la première journée s’est articulé autour des volets suivants: objectifs; évaluation des pertes d’eau au cercle de Kasba Tadla; exposition du matériel d’irrigation sous pression et financement des projets d’investissement. La deuxième journée a été consacrée à la visite d’une exploitation agricole pilote.

Objectifs

En considérant l’eau comme un élément fondamental du développement rural et de la sécurité alimentaire, il est temps d’opérer des choix judicieux en matière d’irrigation en vue de minimiser les pertes d’eau, ressource qui devient de plus en plus rare pour une demande de plus en plus forte. Il importe donc d’évoquer à une centaine d’agriculteurs présents les finalités multiples qu’engendre le système d’irrigation sous pression et qui se résument comme suit:

•Economie de 30 à 60% de l’eau et conservation de la nappe en dégradation continue;

•Indépendance vis-à-vis des conditions climatiques difficiles qui induisent des inquiétudes au sein de la population;

•Mise en place d’une agriculture compétitive et diversifiée en raison du poids de ce secteur sur l’économie nationale;

•Promouvoir un développement rural générateur d’emploi et de revenus, limitant ainsi l’exode rural;

•Maîtrise non seulement de l’eau, mais aussi des autres facteurs de production tels que les fertilisants et les produits de traitement;

•Amélioration de la qualité, du rendement et d’autres paramètres de production pour une meilleure rentabilité de l’exploitation.

Évaluation des pertes

La superficie agricole utile du cercle de Kasba Tadla est de l’ordre de 61.000 ha dont 52.500 ha (86%) en bour et 8.500 ha (14%) irrigués, essentiellement par des stations de pompage. Le volume d’eau mobilisé est estimé à 68 millions de m3 dont seulement 7 millions de m3 (10%) utilisés sous pression, et le reste (90%) en gravitaire.

Les résultats d’une enquête menée par le CT auprès d’une vingtaine d’agriculteurs ont montré que le système d’irrigation traditionnel engendre deux formes de pertes: pertes hydriques et pertes énergétiques en plus des plans d’assolement pratiqués qui ne sont pas judicieusement choisis de manière à maximiser le profit global.

Pertes hydriques

Sur 61 millions de m3 d’eau utilisée en gravitaire pour une superficie de 7.600 ha, 20 à 40 millions de m3 sont perdus annuellement par percolation et infiltration. Un tel volume permet d’irriguer 2.500 à 5.000 ha supplémentaires. En termes monétaires, il s’agit d’une perte d’environ 20 millions de dh, soit 10 dh/heure par station de pompage.

Plusieurs stations de pompage n’ont pas été choisies en fonction des besoins propres à chaque exploitation, avec le souci de mettre en place le matériel le plus efficace et le moins coûteux. En effet, la puissance moyenne installée des 900 stations de pompage est de l’ordre de 20 MW (27.174 CV). Compte tenu de la profondeur moyenne des puits, du débit moyen pompé et des pertes de charge des installations, la puissance moyenne consommée est évaluée à 12 MW, soit 60% de la puissance installée. Il en résulte une perte énergétique de 8 MW qui se traduit par un gaspillage d’environ 1.320 l/h de gasoil, soit une consommation excessive de 1,5 l/h par station, équivalente à 6 dh/h.

En somme, les méthodes classiques d’irrigation sont très coûteuses à cause de leur faible efficience et de la sous-exploitation du matériel installé. Ceci entraîne de lourdes charges qui pèsent fortement sur la balance des comptes de l’agriculteur. Le recours à l’irrigation sous pression est donc incontestable, afin d’épargner ces pertes qui peuvent être investies dans l’achat du matériel.

Il est donc de conviction générale que le passage du système gravitaire au système sous pression se trouve au premier rang des moyens à mettre en oeuvre pour un développement harmonieux de l’agriculture et du monde rural.

Exposition du matériel d’irrigation sous pression

Il s’agit de la projection commentée de diapositives de différents systèmes d’irrigation sous pression disponibles sur le marché avec leurs champs d’application:

•L’irrigation par aspersion (le système à rampes mobiles, la couverture totale, les enrouleurs, les pivots et la micro-aspersion)

•L’irrigation goutte à goutte.

Le financement des projets d’investissement

Ce volet a été axé sur le rôle important que joue la caisse nationale du crédit agricole dans le développement agricole et les modalités d’octroi des subventions et crédits pour tout projet d’investissement visant l’amélioration de l’environnement socio-économique du monde rural n.

Ahmed MESSAADI, Directeur du CT 11-04 de Kasba Tadla