Mécanisation de la culture des Légumineuses alimentaires au Maroc

Recommandations pour la mécanisation des légumineuses

Mécanisation du semis

La mécanisation du semis a pour objectifs essentiel d’assurer après le semis, l’obtention d’une parcelle ayant une surface uniforme et nivelée. Les travaux du sol doivent être faits de façon à obtenir un lit de semence composé d’éléments fins. Si après le semis, des mottes persistent, ainsi que dans le cas de sols caillouteux, il convient alors de faire passer un rouleau crosskill qui casse les mottes et enfonce les pierres, laissant derrière lui une surface plate et uniforme. Cet outil traîné par un tracteur a en plus des effets très positifs sur la germination et la levée en conditions de faibles humidité du sol car il améliore le contact terre- graine.

Les semoirs potentiellement utilisables pour semer les légumineuses sont:

  • Les semoirs classiques à distribution mécanique
  • Les semoirs classiques à distribution pneumatique
  • Ces deux types de semoirs peuvent semer le pois chiche, la lentille et le pois sec.
  • Les semoirs monograine à distribution mécanique
  • Les semoirs monograine à distribution pneumatique

Les semoirs monograine permettent un semis de précision. ils sont très bien adaptés pour les graines de grande taille, au moyen de disques interchangeables selon la taille de la graine. Ils sont recommandées pour le semis de la fève, du pois sec et du pois chiche.

Mécanisation des traitements chimiques

La mécanisation des traitements chimiques ne constitue aucun problème, du fait que les pulvérisateurs mécaniques sont polyvalents et utilisables sur pratiquement toutes les cultures. Une rampe de pulvérisation à hauteur réglable est conseillée pour être applicable à tous les stades de toutes les cultures.

Mécanisation de la récolte

Rappelons que la mécanisation complète de la récolte, requiert que la culture ait été conduite selon un “itinéraire technique mécanisé” qui permet, entre autres, d’obtenir une surface du sol bien nivelée et uniforme pour permettre la coupe des tiges le plus bas possible et très près de la surface du sol. En raison des différences entre espèces, chacune des légumineuses sera traitée séparément.

Récolte du pois chiche d’hiver

Parmi toutes les légumineuses, le pois chiche d’hiver est l’espèce dont la récolte pose le moins de problèmes, en raison de la taille haute de la plante (40 cm en moyenne), et de son port érigé. Le stade optimal de récolte doit se situer juste avant que les tiges ne deviennent cassantes, autrement des pertes peuvent être enregistrées à la barre de coupe. Une moissonneuse-batteuse standard peut effectuer la récolte du pois chiche d’hiver (moisson et battage en une seule fois) comme cela se fait pour les céréales. Les réglages à effectuer sur la moissonneuse-batteuse pour le battage figurent dans le tableau 2 (voir fichier PDF).

Récolte de la lentille

Les variétés de lentille cultivées et appréciées au Maroc et dans la plupart des pays du bassin méditerranéen, sont caractérisées par des plantes courtes, une tendance à la verse, déhiscence et rupture des gousses à la maturité. Le stade idéal de récolte avec un minimum de pertes ne dure pas plus de 3 à 7 jours.

Pour ces raisons, il est recommandé de procéder à la récolte mécanique de cette espèce en deux étapes. L’objectif étant de minimiser les pertes en procédant à la moisson précocement avec un outil qui peut couper les tiges très bas. Ensuite, on laisse sécher la récolte au champs pendant quelques jours avant le battage.

1° étape: Quand les gousses commencent à changer de couleur et sont moitié sèches et moitié vertes, on moissonne la récolte avec une faucheuse-andainneuse. Suite à des expérimentations effectuées à l’INRA-Settat, la faucheuse-andainneuse Busatis, a donné de bons résultats.

Cet outil est monté à l’avant du tracteur. Il permet de faucher la récolte à un niveau très près du sol (à condition qu’il soit bien nivelé) et de mettre la récolte en andains pour sécher et la prépare à l’opération battage effectuée à l’aide d’une moissonneuse-batteuse. La Faucheuse andainneuse Busatis est recommandée pour opérer sur de grandes parcelles.

2°étape: Battage à la MB équipée d’un pick-up ramasseur

Pour réaliser le battage des andains séchés il faut équiper la moissonneuse-batteuse d’un pick-up ramasseur, qui permet de collecter et ramasser les andains au champs. Cet outil est monté sur une MB conventionnelle après avoir démonté tout le système de coupe des céréales. Les réglages à effectuer sur la moissonneuse-batteuse sont spécifiés dans le tableau 2 (voir fichier PDF).

Le système de récolte de la lentille en deux étapes tel qu’il a été décrit précédemment est le plus répandu en Turquie, où la production de la lentilles est très importante.

Récolte de la fève

Bien que le port de cette culture soit érigé et droit, à la maturité, la gousse la plus basse, sous l’effet de son poids et de la sénescence, se trouve à quelques centimètres du sol ou bien touche carrément le sol. Ceci rend difficile la mécanisation de la récolte.
Dans ce cas deux options sont possibles:

  • Récolter directement à la moissonneuse batteuse qui opère à la fois la moisson et le battage moyennant les réglages nécessaires pour un battage correct. Dans ce cas, il faut s’attendre à des pertes car la gousse inférieure ne sera pas toujours récupérée. Pour cette raison, ce système est peu pratiqué à travers le monde.
  • Moissonner manuellement avec la faucille, mise en andains au champs pour séchage de la récolte. Quelque jours après, on procède au battage avec une moissonneuse-batteuse alimentée manuellement au moment de son passage au champs entre les andains. Cette formule de récolte a été pratiquée par des agriculteurs marocains visitées lors de cette étude. Elle est aussi pratiquée dans d’autres pays. Les modifications et réglages à effectuer sur la MB sont spécifiés dans le tableau 2 (voir fichier PDF).
Récolte du pois-chiche de printemps et du pois sec

Pour ces deux espèces, l’option la plus faisable techniquement et aussi la plus rentable est d’effectuer la récolte en deux étapes séparées; moisson, ensuite battage.

  • La moisson: A la maturité, et avant que les tiges ne deviennent cassantes, on procède à la moisson avec une faucheuse-andainneuse du même type que celle décrite précédemment pour la lentille. Les andains sont laissés au champs pour séchage pendant quelques jours pour avoir tout le matériel végétal à une humidité uniforme.
  • Le battage: Le battage est fait au champs avec une moissonneuse-batteuse équipée d’un pick-up ramasseur du même type que celui utilisé pour la lentille. La MB doit être réglée conformément aux normes du tableau 2 (voir fichier PDF).

Outils et équipements recommandés pour la mécanisation de la culture des légumineuses alimentaires au Maroc

Dans les paragraphes précédents nous avons passé en revue les différents types de machines et outils potentiellement utilisables pour chaque espèce, les réglages nécessaires dans chaque cas ainsi que les modalités d’utilisation. Pour faciliter l’adoption de ces nouvelles technologies, les propositions d’équipement à introduire a tenu compte de la situation des légumineuses au Maroc, et de l’état actuel de mécanisation des légumineuses dans les plus grandes exploitations marocaines, ainsi que du seuil de rentabilité économique défini comme étant la surface minimale sur laquelle l’équipement proposé doit être utilisé pour être amorti et devenir rentable économiquement.

Ainsi, les équipements suivants sont actuellement les plus appropriés et les plus convenables à introduire et vulgariser pour la mécanisation de la culture des légumineuses au Maroc. Il s’agit de:

  • Semoir classique pour le semis de la lentille, du pois chiche et du pois sec. Il peut aussi être utilisé pour les céréales et d’autres espèces.
  • Semoir monograine préconisé pour un semis de précision des quatre espèces de légumineuses. En plus, c’est le seul outil en mesure de mécaniser le semis de la fève. Le semoir monograine est recommandé pour remplacer le semis demi-mécanisé dont le coût de réalisation (toutes charges comprises) s’élève actuellement à 229 dh à l’hectare. Pour être rentable économiquement, le semoir préconisé doit semer au minimum 66 hectares annuellement.
  • Rouleau crosskill pour niveler la surface du sol après le semis. Cet outil est polyvalent et utilisable pour toutes les culture semées à plat.
  • Bineuse à lames qui ne retourne pas le sol et ne creuse pas un sillon.
  • Pulvérisateur mécanique à hauteur réglable, pour tous les traitements chimiques sur toutes les cultures.
  • Moissonneuse-batteuse standard normalement acquise pour la récolte des céréales, sera aussi utilisée pour le battage de la lentille, du pois chiche de printemps, des fèves, et du pois sec, ainsi que la récolte directe (moisson + battage) du pois chiche d’hiver, moyennant les réglages ci-dessus spécifiés.
  • Faucheuse-andainneuse, portée et actionnée par un tracteur pour la moisson et mise en andains de la lentille, du pois chiche et du pois sec. Cet outil pourrait aussi être utilisé sur l’exploitation pour la récolte d’autres cultures (cultures fourragères). L’analyse du coût de la moisson révèle que pour être rentable économiquement, la faucheuse-andaineuse doit moissonner un minimum de 48 hectares par année.
  • Pick-up ramasseur, à installer au devant de la moissonneuse-batteuse pour ramasser les andains de la lentille, du pois chiche et du pois sec. Le pick-up ramasseur concerne ceux qui possèdent déjà une moissonneuse-batteuse (MB) et qui font le battage en alimentant manuellement la MB. Cet équipement permet de rendre la MB en mesure de ramasser et collecter elle même les andains au champs. L’analyse faite a permis de conclure que pour être rentable économiquement, cet outil doit être utilisé sur une superficie minimale de 43 hectares annuellement.

Impact de l’itinéraire technique mécanise sur le rendement et les superficies des légumineuses

Après avoir présenté les outils et équipements à développer pour la mécanisation des légumineuses alimentaires, il convient de présenter les grandes lignes de l’itinéraire technique mécanisé dont l’objectif est d’adopter ces nouveaux équipements, tout en les accompagnant de mesures techniques à même de garantir la réussite de leur introduction pour ainsi aboutir à l’objectif final escompté qu’est l’augmentation des rendements et des superficies des légumineuses alimentaires au Maroc.

Le tableau 3 (voir fichier PDF) présente la séquence des différentes opérations à réaliser dans le cadre de l’itinéraire technique mécanisé.

Dans l’ensemble, la comparaison des rendements réalisés chez les différents agriculteurs enquêtés permet de conclure que l’adoption de l’itinéraire technique mécanisé entraînera une amélioration des rendements estimée entre 40 et 60 % au minimum par rapport aux rendements actuels de la région et de l’année. Cette amélioration pourrait être bien plus importante avec la généralisation de la lutte contre l’orobanche sur fève, le développement d’herbicides pour lutter contre l’orobanche sur le pois sec et la lentille, ainsi que la mise au point de nouvelles variétés performantes.

Pour les superficies, et vu la réduction des temps de travaux des principales opérations, on peut s’attendre à ce que l’agriculteur qui adopte l’itinéraire technique mécanisé sera en mesure de doubler sa superficie de légumineuses alimentaires selon sa volonté, le système de culture et la disponibilité du terrain, d’autres considérations interviennent dans le choix de l’espèce, notamment les prix de vente sur le marché.

Pour l’adoption de l’itinéraire technique mécanisé, un certain nombre de mesures doivent être entreprises dont les plus importantes sont:

  • Des parcelles de démonstration de l’itinéraire technique mécanisé devraient être installés dans les principales zones de production des légumineuses alimentaires pour faire tâche d’huile et servir d’exemple.
  • De même, les propriétaires des moissonneuses-batteuses doivent être formés pour apprendre comment régler les machines pour récolter les légumineuses alimentaires, notamment ceux qui font la récolte à l’entreprise en parcourant le pays du sud au nord, ce sont là de très bons vecteurs de transmission de la connaissance.
  • Enfin, les efforts doivent continuer et se multiplier pour lever les autres contraintes à l’augmentation des superficies et des rendements des légumineuse alimentaires (contrôle de l’orobanche, développement de variétés performantes, stabilisation des prix du marché à un niveau convenable, etc…).

Par Dr. Ali Chafai Elalaoui
Ecole Nationale d’Agriculture de Meknès