Eléments d’aide pour la réussite d’un projet d’agrumes

Eléments sur la rentabilité des agrumes

Pour étudier la rentabilité financière d’un projet agricole, le plus souvent on utilise le taux interne de rentabilité (TIR) défini comme étant le taux d’actualisation pour lequel la valeur actuelle nette (VAN) s’annule. Les limites d’interprétation du TIR en agriculture sont, à quelques détails spécifiques près, les mêmes que pour n’importe quel type de projet à risques. Elles sont liées à la qualité du modèle chronologique utilisé pour prévoir l’avenir à partir de l’analyse des informations du passé.

D’une manière générale, l’incertitude dont le TIR est entachée vient en particulier des incertitudes sur les recettes et les charges dont dépendent les cash-flows. Celles-ci étant supposées, ce qui n’est pas évident, ne devant pas trop s’écarter des valeurs prévues.

Un agrume bien entretenu peut vivre et produire durant 50 ans, en particulier s’il est indemne de maladies virales ou cryptogamiques graves (psorose, gommose). Par conséquent, le TIR est également fonction de la durée conventionnelle sur laquelle il a été décidé d’amortir le projet, qui peut être de 15, 20 ou 30 ans, selon le délai de récupération (Pay Back) du capital choisi.

Dans un souci de simplification, voici les hypothèses utilisées pour réaliser les calculs (les commentaires sur les autres sources de variations étant faits après):

1- Marché de l’Export sans grands bouleversements au niveau des prix dans l’avenir et dans lequel le Maroc conserve au moins sa position actuelle;

2-Durée d’amortissement du projet de 20 ans;

3-Amortissements des bâtiments, forages, électrification, sur 20 ans;

4-Amortissements du matériel agricole, des véhicules et du matériel d’irrigation sur 10 ans, ce qui signifie leur renouvellement une fois en cours de route;

5- Rendement moyen des petits fruits de 35 t au stade adulte (8 ans) avec 70 % exportés pour un prix moyen de 3,00 Dh/kg et 30 % vendus sur le marché local pour un prix moyen de 1,30 Dh/Kg;

6- Rendement moyen des oranges (excepté Salustiana) de 45 t au stade adulte (8 ans) avec 70 % exportés pour un prix moyen de 1,60 Dh/kg et 30 % vendus sur le marché local pour un prix de 1,00 Dh/Kg;

7- Charges d’exploitation directes hors frais financiers à partir de la huitième année de 32.225 Dh/ha pour les petits fruits et 25.500 Dh pour les oranges;

8- Cash folws négatifs durant les quatre premières années, équilibre autour de la cinquième année, et s’établissant à partir de la huitième année à 54.925 Dh/ha pour les petits fruits et 41.550 Dh pour les oranges;

9- Valeur résiduelle du projet après 20 ans supposée égale à zéro;

10- Sauf changement entre temps, l’agriculture étant supposée exempte d’impôt jusqu’en 2020, le TIR est donc calculé hors frais financiers et hors impôts.

Le tableau 4 (voir fichier PDF), présente les résultats sur les TIR pour les 3 scénarios d’investissement précédents après itération.

Du fait des différences de dépenses d’investissements, les TIR sont tout naturellement plus élevés pour le scénario 1 (variante basse), que pour le scénario 2 (variante intermédiaire) ou le scénario 3 plus coûteux (variante haute). En raison des écarts substantiels de prix de vente entre les deux, les TIR des petits fruits sont nettement plus élevés que pour les oranges.

Dans une étude antérieure, réalisée dans le cadre du plan d’action agrumicole national, il a été conclu à des rentabilités globales avec une hypothèse de 100 ha, de 18,5 % lorsque l’eau d’irrigation vient du barrage et 12 % lorsque l’irrigation est assurée par des forages.

Les TIR sont peu influencés par la valeur résiduelle du projet. Les facteurs aggravants ou améliorants de rentabilité sont par contre les charges de location (TIR= Ro – 1.25 % si l’investisseur paye un loyer trop élevé, par exemple de 4000 Dh/ha et TIR = Ro + 1.25 % s’il est propriétaire et ne paye rien). Dans certaines régions comme le Souss, l’autre facteur aggravant peut être le coût exorbitant de l’eau (TIR= Ro – 2.00 % pour un coût de pompage de 8000Dh/ha).

La rentabilité peut également être grevée ou améliorée selon que l’entreprise réalise des rendements plus faibles ou plus élevés que les standards des 35t/ha et 45t/ha utilisés plus haut pour les calculs, ou que le projet a été implanté dans une région où les agrumes entrent en production de façon un peu plus tardive (Gharb) ou un peu plus précoce (Marrakech, Souss).

L’effet variété n’est pas non plus à sous estimer. Il peut intervenir par sa date d’entrée en production (Nova et NLL semblent entrer en production plus tardivement que Marisol), sa productivité, la part qu’elle représente dans la composition variétale du projet, son taux d’écart spécifique, le prix qu’elle procure,…

L’amélioration la plus spectaculaire de rentabilité (TIR = Ro+ 9.22 %) est obtenue lorsque l’assortiment variétal est à dominante petits fruits composés de clones très rentables (Nour, Afourer,…) laissant des prix nets producteur élevés à l’export (de 4 à 5 Dh/kg), à condition toutefois que ces prix se maintiennent sur le long terme.

L’analyse de l’historique sur les trente dernières années, montre que les incertitudes liées au calcul du TIR sont plus faibles pour les variétés classiques (Clémentinier de saison, Navel, Salustiana, W. sanguine, Maroc Late) qui se démodent peu ou pas avec le temps.

L’incertitude est par contre maximale, lorsque la part de rentabilité la plus importante du projet est générée par une nouveauté menacée à tout moment de chute draconienne de prix par suite, soit d’une montée en tonnage (le produit n’étant pas une exclusivité de l’entreprise pour en réguler l’offre), ou d’apparition subite sur le marché, de clones meilleurs.

Avec une rentabilité en véritable étoile filante, l’Ortanique a été le cas d’école au Maroc. Introduite sur le marché dans les années 89, la variété avait laissée un prix spectaculaire de 11 Dh. En 8 ans, le prix a chuté de façon irréversible pour atteindre 2 Dh, soit moins que le prix de revient, et deux années plus tard, les marchés n’en voulaient plus, même à ce prix.