Tiques et maladies transmises par les tiques chez les bovins au Maroc

Ecologie des tiques

La dynamique saisonnière des tiques exerce une influence majeure sur la dynamique de transmission des agents pathogènes.

Les préférences écologiques des tiques sont variables. Pour chaque espèce de tique, il existe des conditions environnementales optimales lui permettant de vivre dans un biotope particulier qui influence sa distribution géographique.

Plusieurs facteurs écologiques influencent la survie et le développement des tiques, en particulier la température, l’humidité relative et le couvert végétal.

Au Maroc il existe 14 espèces de tiques appartenant à trois genres:

– Genre Hyalomma (H. m. marginatum, H. lusitanicum, H. anatolicum excavatum, H. dromedarii, H. impeltatum, H. d. detritum).

– Genre Rhipicephalus (R.bursa, R. turanicus, R. sanguineus).

– Genre Boophilus (B. annulatus).

Nous nous intéresserons uniquement aux trois espèces ayant une incidence directe sur les protozooses bovines à savoir H .d. detritum, B. annulatus et R. bursa.

Hyalomma detritum detritum est le principal vecteur de la theilériose à Theileria annulata dans certaines zones de l’Afrique du Nord. C’est une tique à vie domestique. Elle se rencontre dans les étables, dans les fentes, les crevasses des murs, des rochers et des pierrailles. Il est très important de distinguer H. d. detritum des autres Hyalomma avec lesquels elle coexiste. En général, son cycle biologique est diphasique monotrope, le cycle complet se déroule en une année. Les bovins domestiques sont les hôtes habituels de cette espèce. Les adultes de H. d. detritum apparaissent sur les bovins à la fin du printemps avec un pic en juillet, puis disparaissent début septembre. Les larves et les nymphes se gorgent sur les bovins en automne, de septembre à novembre.

Au Maroc H. d. detritum se localise principalement dans les régions du Rif méridional, du Gharb, du Saiss, du Plateau central, du Haouz, de Sraghna et de Doukkala. Cette tique à une prévalence de 7 % dans le Haouz, 18 % dans le Gharb, 19 % dans le Tadla. Elle est prédominante dans la région de Doukkala avec une prévalence de 34%.

Boophilus annulatus est considéré comme le vecteur majeur de B. bovis, B. bigemina et A. marginale chez les bovins. C’est une tique hygrophile à cycle monophasique; c’est par excellence un parasite des ruminants, principalement les bovins. B. annulatus est actif en Afrique du Nord au début du printemps ou à la fin de l’hiver, ainsi qu’à la fin de l’été et au début de l’automne. Sa prévalence est de 34% dans le Gharb, 8% dans le Haouz, 6% dans le Tadla et 3 % dans la région de Doukkala.

Rhipicephalus bursa est le vecteur de B. bovis, B. bigemina et A. marginale chez les bovins. C’est une espèce commune chez le bétail dans la région méditerranéenne. C’est une tique diphasique, monotrope et exophile, qui évolue naturellement sur les ruminants. Il y a suppression de la phase libre entre la larve et la nymphe avec mue sur l’organisme hôte, avec un seul cycle complet par an. Aux stades immature et adulte ces tiques infestent le même type d’hôte, à savoir les ruminants et les équidés. L’activité saisonnière de R. bursa est unimodale, avec un seul pic d’activité, elle s’installe en saison chaude pour les adultes (de mars à septembre avec un maximum en juin) et s’étend d’octobre à mars pour les immatures. Au Maroc, R. bursa a été signalé au niveau des régions suivantes: Tangérois, Jbalas, Rif méridional, Gharb, Sais, Plateau central, Moyen Atlas occidental, Doukkala, Tadla, Haha, Sraghna, Haouz et Anti-Atlas occidental.

La prévalence de R. bursa est de 11% dans la région de Doukkala, 13% dans le Gharb, 16 % dans le Haouz et 20% dans leTadla.

La répartition des tiques a bien évidemment subi des changements majeurs, et ce en raison de différents facteurs tels que les conditions climatiques locales, l’aménagement hydro-agricole des différentes régions, l’utilisation et l’élevage de différentes espèces d’herbivores domestiques, qui varient en fonction de conditions locales spécifiques, de même que l’introduction de nouvelles espèces de tiques, par les mouvements non contrôlés d’animaux et par les oiseaux migrateurs, complique davantage l’histoire naturelle des tiques au Maroc.