Gestion des grandes salles de traite au Maroc

Rentabilité des installations de la salle de traite

La salle de traite, objet de la présente étude, a coûté environ 9 millions de Dh, répartis entre 4.998.632,00 Dh pour le matériel de traite, 3.685.025,00 pour le génie civil, 89.104,00 pour les accessoires, et 99.705 Dh pour le programme informatique de gestion. A ce montant d’investissement direct, il faut ajouter le coût de la laiterie, soit 2.250.000,00 Dh, pris directement en charge par la COPAG, qui est l’organisme de collecte du lait dont Mazaria est membre adhérent.

Le coût est de 112.500 Dh/poste. Il est légèrement supérieur aux valeurs de référence de 9000 €, citées en Europe pour les installations modernes.

Amortie sur une période raisonnable de 10 ans, le coût de revient correspondant est de 450 Dh/vache/an et 5,76 centimes/litre de lait, en prenant l’hypothèse de lactation de 7800 kg/vache présente, calculée sur la norme usuelle de 305 j, et le prix de 4 Dh/L auquel est payé le lait à la COPAG.

Gestion des déjections et des effluents

Le projet, objet de la présente étude, a été réalisé dans une zone vulnérable, déjà suffisamment polluée par les nitrates, comme le montre l’analyse du Lac et des puits voisins (tableau 4), effectuée avant la mise en place du projet en 2007.

En conduite mixte lisier/fumier, un élevage de 2000 vaches avec leurs veaux, peut produire plus de 30.000 t/an de lisier et autant de fumier frais/an, qui sont tous deux des produits très riches en principes polluants (tableau 5). Il est donc susceptible d’avoir un impact négatif sur l’environnement si les déjections sont mal gérées, particulièrement dans des milieux comme Larache, caractérisés par un fort coefficient d’écoulement et une nappe superficielle proche de la surface (sol sableux très poreux, P> 600mm/an, nappe à moins de 5 m).

Afin de ne pas aggraver la pollution de l’environnement, le projet a été doté d’ouvrages de gestion des déjections, composés d’une aire pour le dépôt du fumier et le lisier (1,5 ha) et de 3 bassins étanches pour le stockage des effluents liquides. Deux d’entre eux sont réservés à l’eau brune des couloirs de circulation et des aires d’exercice (B1 = 6000 m3 et B2 = 30.000 m3) et un troisième (500 m3), équipé d’un séparateur solides/liquides, destiné aux eaux de lavage de la salle de traite. En moyenne, la salle de traite produit environ 40 t/j d’eaux vertes et 12 t d’eaux blanches.

La gestion de ces déjections est raisonnée autour de l’idée de leur recyclage permanent comme fertilisants par le goutte à goutte, avec comme objectif un risque minimum de pollution des aquifères, en s’inspirant de la méthode agronomique des bilans. Les paramètres usuels de calculs de ce bilan sont les suivants:

B = [R x Ex] Ce – [Ef + E]

Dans cette relation, B représente le bilan pour l’élément fertilisant considéré, R le rendement réalisable des cultures de la ferme (maïs, sorgho, agrumes,…), Ex l’exportation en N, P, K,…Ce le coefficient d’efficacité, Ef la quantité de fertilisant contenue dans l’effluent et E le complément apporté par l’engrais en cas de nécessité.

A l’évidence, la stratégie non polluante est celle où il n’y a pas d’excès de fertilisants qui franchit la zone racinaire pour atteindre les aquifères. Par conséquent, le bilan global doit être équilibré et les modalités d’apports ajustées aux courbes des besoins périodiques des cultures, pour ne pas créer de fausses conditions de lixiviation.

Le besoin global pour un rendement de 55-60 t/ha de maïs ensilage à 33 % de MS, est de l’ordre de 250 U/ha d’azote, 100 U de P et 250 U de K2O. Il en est de même pour les agrumes en régime de croisière malgré la différence entre les deux espèces.

La matrice des paramètres du milieu où se situe le projet est celle d’un milieu accélérateur de la pollution de l’environnement (pluie hivernale de 80-100 mm en 2-3 jours, texture sableuse poreuse à faible Hcc et à faible CEC retenant peu les fertilisants, nappe proche de la surface,…). De ce fait, que ce soit pour les déjections solides ou liquides, il faut s’interdire l’avance aux cultures, de type apport bloqué au départ, durant le repos végétatif, ou (ce qui est encore plus grave) l’épandage sur sol nu, à moins d’être modéré et suivi par une culture piège tel un engrais vert en céréales semé dense.

Globalement, pour le maïs ensilage, la période du faible besoin instantané se situe entre la levée et le stade 5-6 feuilles tandis que celle du plus gros besoin s’étale de ce stade jusqu’au brunissement des soies. Pour les agrumes, la période hivernale froide est une période de repos végétatif et l’absorption active s’étale entre début février et fin octobre.

D’autre part, être équipé en goutte à goutte ne suffit pas pour contrôler la migration des éléments fertilisants dans la nappe, encore faut-il piloter l’irrigation avec des moyens appropriés et d’utilisation pratique aisée, tels que les mini-lysimètres afin d’éviter les excès de doses d’eau.

La lecture des premiers chiffres obtenus en 2009 (tableau 4), suggère une certaine pollution du lac voisin depuis l’implantation de l’élevage il y a deux ans. Mais ce résultat a peu de signification sur le long terme. Il correspond en fait à la période transitoire de mise en place du projet, durant laquelle il y a eu beaucoup de fuites vers ce lac, par suite de débordements des bassins provisoires utilisés pour la collecte des eaux vertes et des eaux brunes de l’aire d’exercice.

La mise en place d’ouvrages spécifiques ‘protection de l’environnement’ n’est pas une garantie absolue de zéro pollution mais plutôt une démarche ‘pollution minimale’. Dans ce projet, les aires d’exercice ont de grandes surfaces qui ne sont pas couvertes. Les lixiviations des urines et des eaux brunes après forte pluie, produites par ces aires d’exercice, sont donc susceptibles de polluer la nappe. Même si cette pollution est peut-être infinitésimale devant les autres sources comme les engrais minéraux (bassin agricole de 25.000 ha), la pollution urbaine véhiculée par l’eau d’irrigation et les rejets de l’industrie.