Changements climatiques au Maroc: quels systèmes de culture et quelles biotechnologies pour s’y adapter ?

CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET RÉGIONS DÉSERTIQUES

Avec plus de 471.000 km2, le désert représente l’essentiel du sud et de l’est du Maroc. C’est un milieu particulièrement aride où les changements climatiques de la fin du tertiaire ont déjà produit les effets néfastes maximum (Arambourg et al,, 1953; Zohary, 1973). A la limite, il n’y a plus grand-chose à craindre concernant l’avenir agricole de la partie ‘pluviale’ de cet espace, puisque les ressources végétales y sont déjà à leur niveau plancher, et en équilibre naturel avec la sévérité du climat.

Dans ce désert, généralement utilisé comme parcours pour les élevages extensifs de dromadaires, caprins et ovins, très peu nombreux sont les projets de réhabilitation qui ont été réalisés, avec d’ailleurs peu de succès et peu d’impact positifs. L’effort de l’État y est limité généralement à la création de points d’abreuvement et de contrôle sanitaire du cheptel. L’immensité du territoire concerné, la difficulté d’y réaliser aisément des progrès significatifs, la capacité limitée du pays pour y promouvoir l’élevage en particulier, en sont les raisons majeures.

C’est dans la partie oasis de ces déserts que des procédés ingénieux de biotechnologie et d’agronomie ont été inventés et appliqués depuis des siècles. Le plus connu est le concept binaire ou ternaire en strates (Toutain, 1979; Resagro, 2016). Il combine des cultures basses (maraîchage/fourrage), avec parfois en dessus un second étage d’arboriculture, l’ensemble protégé par une interface biologique en palmier dattier, résistante à la pression du climat sec et venté environnant (Rôle de brise-vent, de régulateur d’ambiance de température et d’hygrométrie).

Dans le cadre du plan Maroc-Vert pour la relance de l’Agriculture, ces oasis sont déjà fortement concernés par le recours à la biotechnologie et à la technologie agricole d’une manière générale, dans le but d’une meilleure valorisation des ressources hydriques disponibles. Les récents projets de rosier pour la concrète et de plantes médicinales et aromatiques dans la vallée du Dadès, équipés en goutte à goutte, les projets de tomate sous serre à Dakhla, avec des variétés indéterminées très valorisantes de l’unité de volume d’eau consommée (250-300 T/ha) en sont des exemples. Mais le plus grand projet du Maroc reste le programme d’accélération de la réhabilitation des palmeraies du pays dans l’Oriental, à Souss-Massa, Goulimine-Oued Noun et Draa-Tafilalet (Tableau 1). Grâce aux laboratoires de production des vitroplants, 2,9 millions de plants sont prévus d’ici à 2020, avec comme variété tête de liste, le Mejhoul en raison surtout de sa qualité et de son prix élevé sur le marché, mais aussi les autres variétés de qualité un peu moindre mais tolérantes à la maladie du Bayoud, comme Boufegouss, Bousekri, Nejda, Elfayda, Degulet Nour, Soukkari, NP3, NP4 (Guennouni, 2012; Sedra, 2012).

En termes de durabilité, il faut bien faire la distinction entre l’eau de surface dont profitent les vallées oasiennes et l’eau des aquifères autour de ces vallées. La première est une ressource renouvelable, son exploitation ne soulève a priori aucune objection particulière concernant sa durabilité si ce n’est d’ajuster les programmes de culture à la baisse de disponibilité que le changement climatique aura produit dans l’avenir, dans chaque oasis. Il n’en est pas de même des aquifères où la biotechnologie et la technologie agricole d’une manière générale (micro-irrigation, fertigation, protection,…), risquent d’être une arme à double tranchant. Tout en mettant à la disposition du producteur d’excellentes variétés sur le plan commercial, en augmentant considérablement la productivité/ha et en améliorant l’efficience de l’eau, l’on craint qu’elles soient en même temps des facteurs accélérateurs de tarissement de la nappe en cas d’exploitation minière à la manière de Guerdane dans le Souss il y a 30 ans (Nakhli, 2011; Kedima, 2014). Cette eau qui est d’une valeur particulière, soit parce que la nappe n’en recèle pas beaucoup, soit parce qu’elle est fossile et non renouvelable, ou que l’aquifère en contient en quantité appréciable mais représente un capital précieux de l’écosystème qui lui fait mériter un effort de valorisation spéciale sous surveillance.

Après Zagora, dans le Draa, où l’État a déjà décrété l’arrêt de cultures grandes consommatrices comme la pastèque précoce, faute d’eau, c’est vers la vallée d’Erfoud et environs que les regards sont maintenant tournés, par suite des milliers d’ha de palmier dattier programmés autour de ces oasis (Resagro, 2016).

Il faudrait aussi parler durabilité économique. Une tomate produite à Dakhla et envoyée sur l’Europe (plus de 8000 km aller/retour), sera-t-elle rentable surtout par camion avec des coûts de transport qui peuvent excéder 7500 Euros/voyage (Aït Houssa, 1996). Les marchés africains ne sont-ils pas plus indiqués que ceux de l’Europe. Le Mejhoul est un produit comme les autres, il obéit à la loi de l’offre et de la demande. Vendu aujourd’hui à 80 Dh/kg, le sera-t-il encore dans quelques années quand l’ensemble des projets en cours seront à leur plein régime de production.

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