Changements climatiques au Maroc: quels systèmes de culture et quelles biotechnologies pour s’y adapter ?

CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET RÉGIONS AGRICOLES ARIDES

C’est un espace où il pleut entre 150 et 300 mm/an selon les campagnes et où s’alternent épisode de faible pluviométrie et d’extrême aridité avec prédominance de cette dernière. C’est le continuum spatio-climatique naturel du désert avec lequel il partage plusieurs points de ressemblance. Il partage avec lui le type de système d’élevage dominé par les dromadaires et les caprins, auquel il faut ajouter les ovins en extensif, à mesure qu’on remonte vers le centre du pays, mais aussi l’absence de ressource fourragère suffisante en années d’extrême sécheresse. Il en diffère par contre par l’apparition à partir d’une certaine latitude d’iso- pluie (200-300 mm/an), d’une agriculture vivrière avec des systèmes de type céréales pour le grain et jachère non travaillée pour le pâturage des animaux. Dans ces régions, l’espérance réelle de produire du grain n’est que d’une année sur 4 ou 5 avec en plus des productivités insignifiantes de 5-6 qx/ha en cas de terrains squelettiques ou peu profonds. Souvent, faute de pluie, la céréale pour le grain se dessèche tôt et la masse végétative produite est consommée directement en parcelle à l’état fané par les animaux. Chaque début de campagne, il y a une partie des terrains qui partent avec un statut de terrains agricoles mais avant même la fin de l’hiver ou le début du printemps, repassent au statut de terrains de pâturage. Et, pression de sécheresse oblige, l’ensemble de l’espace est finalement exploité comme s’il était un espace de parcours semi-désertique.

Avec une hypothèse pessimiste d’un emballement climatique dans l’avenir, accompagné d’une plus grande aggravation de la sécheresse en durée et en intensité, cet espace déjà très vulnérable sera donc le premier à être menacé d’intégrer la désertification.

En outre, beaucoup parmi ces régions ont comme inconvénient majeur, en plus de l’aridité, une qualité des terres médiocre. Des sols squelettiques ou de texture grossière, ou de profondeur limitée de type rendzine, avec une capacité de rétention en eau faible qui n’aide pas à valoriser le peu de pluie hivernale.

Si pour différentes raisons, la monoculture de céréales pour le grain doit impérativement continuer dans ces régions, en cohabitation avec l’élevage, l’espoir de préserver la durabilité du système en place face à une sécheresse éventuelle encore plus pressante, nous semble plus porté par la biotechnologie et l’amélioration génétique que par l’agronomie. Le plan A consisterait à se procurer, si elles existent déjà dans les catalogues actuels, des variétés de céréales précoces particulièrement résistantes à la sécheresse ou à défaut engager la recherche pour en créer.

Du blé de type Y-Rojo à cycle très court, importé d’Amérique latine dans les années 90 pour essai conviendrait probablement à ces régions quoi que d’un aspect roux, il est peu apprécié par le consommateur. Sur le plan agronomique, il y a aussi l’idée de l’usage de gels de silice ou de polyacrylate de potassium pour l’amélioration de la réserve utile du sol, mais le coût très cher de ces produits est incompatible avec la petite marge des céréales en régions arides. Ou encore la possibilité d’allier à l’effort de recherche variétale, comme certains auteurs l’ont suggéré (Aït Houssa et al., 1998), l’idée d’un peu plus de Dry Farming dont l’importance en nombre d’ha et en nombre d’années, est établi selon une roue de raisonnement utilisant l’année sèche comme outil d’aide à la décision.

A défaut du plan A ci-dessus, le plan B serait une reconversion totale de ces régions au profit de la production fourragère avec introduction à la place du blé pour le grain, d’espèces plus tolérantes à la sécheresse comme l’orge, le triticale, l’avoine, semées denses pour produire plus de biomasse exploitable tôt, soit directement soit à l’état immature comme foin. C’est une solution difficile qui doit être acceptée par le producteur et prouvée comme étant économiquement plus rentable.

Dans les régions arides, en particulier, il y a toujours eu et il y aurait encore davantage d’épisodes de disette de 4-5 années d’affilée à l’image de 1980-1985, où un plan C de sauvegarde du cheptel est inévitable. Traditionnellement, c’est le recours à des plantes xérophiles telles que le cactus, le palmier nain, les asphodèles mais aussi l’arganier ou le chêne vert, quand on est proche du domaine forestier. Habitué depuis très longtemps à ces crises, l’État a déjà quelque peu devancé les événements en plantant à titre de démonstration, d’importantes superficies de terrains rocailleux de cactus, ressource utilisable en industrie certes, mais aussi comme aliment de bétail dans les cas ultimes. Mais la question demeure comment en faire un programme plus étendu chez les populations qui, pour l’instant, ne donnent pas l’impression d’être convaincues que nous sommes à la veille d’un réel changement climatique où il faudrait se préparer à des conditions plus draconiennes que par le passé.

L’aggravation des conditions climatiques dans l’avenir dans les régions arides suggère aussi des cheptels plus rustiques composés de races locales qui valorisent mieux les fourrages pauvres et plus adaptées aux conditions rudes de ces régions.

En parlant de durabilité agricole et/ou d’élevage, avec ou sans changement climatique, il faut sous-entendre aussi des conditions de vie acceptables pour la population concernée. Si c’est dans la pauvreté, il n’y a pas à s’inquiéter pour l’avenir de ce système qui a pu survivre à l’épreuve de l’aridité depuis des siècles, mais n’a jamais disparu. Il y a eu des périodes de famine avec d’importants mouvements migratoires des populations (Stour et Agoumi, 2008), notamment du Souss vers le Haouz, mais le système est toujours en place.

Handicapées à plus d’un égard par l’aridité, la mauvaise qualité des terres, la micro propriété et le morcellement, à terme la solution radicale pour ces régions arides est peut-être, comme l’État a commencé à le faire sur les terres collectives, dans la création de projets structurants Win-Win entre grands investisseurs privés et ayant droits, avec un départ d’une partie des populations dans d’autres secteurs de l’économie. Il y a plus de chances de profiter de la biotechnologie et de la technologie agricole d’une manière générale pour développer une région, quand on dispose de moyens que quand on n’en dispose pas.

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