Changements climatiques au Maroc: quels systèmes de culture et quelles biotechnologies pour s’y adapter ?

CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET RÉGIONS AGRICOLES DU LITTORAL

La solution définitive au déficit en eau du Maroc est à terme dans le dessalage de l’eau de mer, à laquelle il faudrait ajouter les eaux saumâtres des terres émergées des grandes régions agricoles comme le Gharb, les Doukkala, l’Oriental, le N’Fis,…Sur le plan agricole, c’est dans le littoral que le pays dispose d’un potentiel caché considérable non encore exploité, en particulier pour les cultures spéciales ou de primeurs à forte marge (myrtille, framboise, fleur coupée, tomate,…), qui peuvent supporter le coût élevé du dessalage. C’est d’ailleurs le seul espace où le réchauffement climatique est plutôt un avantage et non un inconvénient. Dans plusieurs de ces régions, la température minimale est autour de 12°C et la température maximale autour de 27°C, un éventail thermique idéal pour les cultures hors saison. Quelques degrés Celsius de plus ne feraient qu’améliorer le bilan énergétique en hiver/printemps et de là la productivité et la qualité. Sur les 3500 km que compte le littoral marocain, il y a un important potentiel en terres de qualité, formées parfois de substrat naturel utilisable en l’état ou après simple tamisage pour la culture en hors sol, c’est le cas du sable côtier de Dakhla (Ait Houssa et al., 1996).

Le dessalage, bien que techniquement réalisable, est une technologie onéreuse à l’installation et requiert de l’énergie (Bissonnette, 2008). Des progrès considérables ont été réalisés sur le dessalage à l’osmose inverse depuis son apparition, il y a 15-20 ans. La consommation énergétique est passée de 4-5 KW/h/m3 d’eau dessalée à 2 KW/h/m3 pour les nouvelles installations (Wikipédia, 2015). Au coût actuel du KW/h au Maroc, de l’ordre de 1 Dh, l’eau produite par ce procédé reste encore chère. C’est un coût plus compatible avec des usages de type industriel ou domestique. En dehors des cultures spéciales citées ci-dessus, son utilisation n’est pas justifiée pour les autres produits agricoles à faible marge.

Avec de grands projets solaires comme NOOR-I à Ouarzazate et de nombreux projets éoliens dans plusieurs régions (Tétouan, Tarfaya,…), le Maroc est aujourd’hui l’un des leaders en énergies renouvelables. Il a en même temps capitalisé une expertise de plus de 40 ans en matière de dessalage puisque sa première installation à Tarfaya remonte à 1975. L’usage de ces énergies, notamment pour traiter l’eau de mer, offre le double avantage d’être une ressource à la fois inépuisable et en même temps sans incidence négative sur le bilan carboné de l’atmosphère. Le projet d’avenir pour le Maroc est de trouver un montage utilisant les énergies renouvelables pour le dessalage à des coûts plus faibles en vue d’une irrigation de la grande agriculture, avec option de transfert de l’eau produite vers les plaines intérieures. L’objectif économique doit être de 2 Dh/m3 pour une eau livrée en tête de parcelle au lieu de 4-5 Dh/m3 actuellement. On envisage déjà un premier projet exclusivement agricole pour Dakhla (MAPM, 2016), afin d’éviter l’utilisation de l’eau fossile.

La biotechnologie est aussi une voie envisageable comme processus d’exploitation de l’eau et des milieux salés. C’est entre autres à Lapicque (1925) et à certains chercheurs de son époque que reviennent les premiers grands travaux sur la compréhension des mécanismes de biogestion de la salinité, avec notamment la découverte des phénomènes d’épictèse en milieu hypertonique.

Dans le monde végétal, on sait que chaque groupe d’espèces est doté d’un niveau de tolérance au sel spécifique. Des halophytes vraies ou para-halophytes telles que le palmier dattier, le riz, le cotonnier ou d’autres espèces ont la capacité de neutraliser les effets toxiques endocellulaires de l’excès de sel. Elles peuvent être irriguées avec des eaux pouvant atteindre 10-15 gr/L, n’ayant besoin que d’un traitement partiel en cas de dessalage de l’eau de mer. Tandis que des glycophytes peu tolérantes au sel tels que le haricot, le pois, les agrumes, le noyer, requièrent un dessalage poussé, grand consommateur d’énergie.

D’autre part, l’usage de l’eau salée est plus indiqué en sols sableux très perméable comme le sable du littoral, qu’en sols argileux très lourds présentant d’importants risques de dégradation de structure par suite de l’effet dispersant du sodium sur le complexe (Sigala et al., 1989). Des espèces comme le bersim et la betterave, en plus d’être tolérantes sans être des halophytes vraies, ont une affinité remarquable au NaCl, peuvent servir de cultures nettoyantes de l’excès de sel dans le sol. A 90 T/ha, une betterave peut exporter une tonne de NaCl/ha s’il n’y a pas de retour des verts et collets dans le sol (Aït Houssa, 1989). Pour les agrumes, comme pour d’autres espèces, des porte-greffes existent aussi pour atténuer l’effet de la salinité à condition que celle-ci ne dépasse pas une certaine limite, qui est de 1,3-1,5 mmhos/cm pour l’eau et 0,5-0,6 mmhos/cm (extrait 1/5ème) pour le sol (Aït Houssa, 1989).

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