Intensification de la céréaliculture en irrigué dans les Doukkala

Recommandations

Les itinéraires techniques testés ont été conçus en fonction des objectifs de rendement considérés. Le choix de l’objectif de production dépend cependant des facteurs et conditions susceptibles d’être limitatifs étant donné le milieu et le système de culture. A cet égard, le seul moyen utilisable pour déterminer l’itinéraire technique le plus pertinent dans un système de contraintes donné, est la simulation. Il faut pour cela disposer de logiciels ou de systèmes “expert” prenant en charge l’effet des techniques culturales et du milieu ainsi que le rendement visé. Chaque fois que la surveillance d’une parcelle est difficile, que l’organisation du travail risque d’empêcher de réaliser des traitements herbicides, fongicides ou régulateurs de croissance à un stade précis, ou qu’on voudra réduire les coûts, on aura intérêt à réduire l’objectif du rendement.

Aussi, serait-il intéressant d’expérimenter une démarche de construction des itinéraires techniques à grande échelle dans les Doukkala en choisissant un échantillon représentatif d’agriculteurs et en utilisant un logiciel tel que GERBLE. L’objectif de rendement sera défini en concertation avec chaque agriculteur et un itinéraire technique prenant en compte les contraintes liées à l’organisation du travail au sein de l’exploitation agricole correspondante, sera défini. les comparaisons, aussi bien sur le plan agronomique qu’économique, seront faites avec un itinéraire technique témoin relatant la conduite propre de l’agriculteur.

Enfin, vue la masse des résultats disponibles, en matière d’amélioration des itinéraires techniques sur les Doukkala, on peut émettre les recommandations suivantes:

  • Semer vers le 15-20 Novembre, pour profiter de la période pluvieuse, tout en essayant de ne pas s’isoler des autres agriculteurs, sachant que les semis trop précoces peuvent être attaqués par les moineaux.
  • Choisir des variétés productives, de bonne qualité, résistantes aux maladies et à la verse et utiliser des semences certifiées ou au moins traitées.
  • Désherber précocement, c’est à dire au stade 3-4 feuilles du blé, contre les dicotylédones et les monocotylédones selon le degré d’infestation, à une semaine d’intervalle lorsque l’on doit utiliser les deux types de désherbants.
  • Apporter les quantités d’engrais nécessaires, en se basant sur les analyses du sol ou sur la formule moyenne le cas échéant.
  • Apporter l’eau nécessaire par irrigation, en se renseignant auprès des CDA ou des arrondissements de l’ORMVAD, qui devrait suivre le bilan hydrique et apporter le conseil en d’irrigation.
  • Traiter si c’est nécessaire en s’informant auprès des techniciens sur les risques encourus en fonction des variétés utilisées et des conditions climatiques.
  • Eviter les pertes à la récolte en assurant un contrôle au champ lors du passage de la moissonneuse-batteuse.
  • En matière d’organisation des agriculteurs, il est recommandé d’organiser la profession localement pour que les agriculteurs soient près de leurs intérêts, par CDA ou arrondissement. Nous proposons dans ce sens de mettre sur pieds une organisation d’agriculteurs qui pourrait s’intituler «le club des 80 quintaux», en sélectionnant par CDA les agriculteurs qui produisent pour vendre et non pas pour auto-consommer. Cette structure peut avoir un bureau régional avec des antennes locales avec leur propre bureau. Ces agriculteurs bien encadrés et assistés du point de vue gestion, peuvent s’équiper en matériel et équipements de stockage. Ils peuvent aussi être sensibilisés sur les aspects qualité et devenir des partenaires à part entière des minotiers. Comme ils peuvent s’organiser en matière de recours au service d’autrui, achat de semences, d’engrais, travaux à façon…

D’autres mesures d’accompagnement sont indispensables pour lever un certain nombre de contraintes, notamment:

  • Le financement: allègement des modalités d’octroi de crédit, tout en s’assurant des possibilités de recouvrement, sachant que le blé n’est pas automatiquement livré à la CAM.
  • L’encadrement des agriculteurs: il doit être renforcé pour les agriculteurs qui veulent intensifier pour vendre et non pour auto-consommer. Sans oublier ces derniers, mais il peut y avoir un effet d’entraînement
  • La promotion du privé (jeunes promoteurs et autres) notamment en amont de la production (intrants, travaux à façons) et aussi en aval pour résoudre les problèmes de stockage, de conditionnement et aboutir à une meilleure qualité.
  • La formation continue des cadres (ingénieurs et techniciens) et des agriculteurs par l’organisation de visites ailleurs sur des thèmes précis ou de séances de durée limitée avec un programme ciblé.
La conduite actuelle de la culture

Avant de chercher les variantes d’itinéraires techniques performants, nous avons jugé utile de rappeler les grands traits qui caractérisent la conduite technique des blés en irrigué dans les Doukkala:

Place de la culture du blé dans la succession des cultures: Le blé peut succéder à huit précédents culturaux, dominés par la betterave et le maraîchage en dérobé après betterave. Aucune différence n’a été décelée entre les précédents à blé dur et à blé tendre en irrigué. Le blé dur occupe 2/3 de la sole céréale.

La pré-irrigation (Demkel): Cette pratique n’est pas fréquente pour l’installation des céréales dans les Doukkala. On gagnerait cependant à la pratiquer pour éviter les problèmes de levée sur les sols Faïd et gagner en terme de précocité si des variétés à cycle long sont mises au point.

La préparation du sol: Les séquences de travail du sol pour l’installation des blés dans la région étudiée sont représentées par les trois combinaisons “nCC”, “CD+nCC” et “CS+nCC” qui représentent respectivement 57, 39 et 4 % des cas. La plupart des agriculteurs enquêtés (70%) visent l’affinement des lits de semences après un travail du sol. Cet objectif reste cependant non encore atteint.

Le semis: Pour les blés durs, les agriculteurs des Doukkala disposent d’une large gamme de choix de variétés, comparativement aux blés tendres. Les semences sélectionnées sont utilisées dans 80% des situations suivies. Le choix de telle variété est fonction de sa productivité (75 %), de sa qualité semoulière (15 %) et de son prix de vente au marché à la récolte (10%). La date de semis marque une nette variabilité entre les agriculteurs. En effet, la période des semailles s’étale sur Novembre (63 %), Décembre (34 %) et début Janvier (3 %).

Conscient des pertes en semences au moment de l’installation, les agriculteurs forcent les doses de semis afin de garantir un peuplement pieds de départ adéquat. Les doses moyennes de semis, pour le semis à la volée (85 % des cas) et le semis au semoir (15 % des cas) sont respectivement de 2,45 et 2 qx/ha.

La fertilisation minérale: Pratique très courante dans la zone d’étude. Les engrais de fond sont souvent apportés sous forme ternaire (NPK) ou binaires (NP) avec une dominance (50%) de la formule 14-28-14. Les engrais de couverture sont représentés dans 80% des situations par l’urée (46%). L’analyse de la dose totale apportée par chaque élément fertilisant a montré que le précédent cultural n’est pas pris en considération dans le raisonnement de la fertilisation minérale.

L’irrigation: Deux modes d’irrigation à la parcelle sont utilisés sur blés dans les Doukkala: l’irrigation gravitaire par planche ou bassins et l’irrigation par aspersion avec matériel mobile. Le nombre d’irrigations oscille entre 2 et 3 pour le gravitaire et entre 2 à 5 pour l’aspersif. Les doses totales moyennes apportées sont de 1.844 et 2.151 m3/ha respectivement pour l’aspersif et le gravitaire. Ce qui, en plus de la pluviométrie, permettrait de subvenir aux besoins des cultures qui sont de l’ordre de 550 mm (5.500 m3/ha).

Désherbage de la culture: Une quinzaine de mauvaises herbes, dont les dicotylédones représentent 75 %, ont été inventoriées sur les blés dans les Doukkala. Les principales graminées sont l’avoine, l’alpiste et le ray-grass. Chercher un grain propre et commercialisable est le principal objectif visé par les agriculteurs qui traitent contre les adventices. Pour lutter contre ces adventices, les agriculteurs ont recours surtout à la lutte chimique avec l’utilisation des désherbants comme Agroxone, Printazol 75 et 2,4D contre les dicotylédones, Grasp 604 et Illoxan contre les graminées. Le travail du sol et la succession des cultures contribuent aussi à limiter l’envahissement des champs par les adventices.

La protection de la culture: Sur les parcelles visitées, nous avons constaté l’existence importante aussi bien des pourritures de racines et collets (fusariose) que des maladies de feuillage (septoriose et rouille). Toutefois, les agriculteurs en cherchant un épi sain et un bon remplissage du grain ne traitent que dans 47% des cas et seule la lutte chimique est signalée. Les produits utilisés sont Impact, Tilt, Horizon et Plantazon.

Devant le manque de méthodes appropriées de lutte, les moineaux causent d’énormes dégâts sur les blés dans les Doukkala. En outre, la cécidomyie et la mouche grise du blé, peu fréquentes dans la zone, échappent à tout traitement.

La récolte: Cette opération est réalisée de façon mécanique entre la fin Mai et la mi-Juin. Il n’y a pas de différence entre les situations suivies. Les pertes à la récolte varient de 0,5 à 3,5 qx/ha avec une moyenne de 1,7 qx/ha.

Par Dr. Ahmed BOUAZIZ
Coordinateur du projet
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II